Daredevil – Saison 2 1


Netflix poursuit sur sa lancée de production de contenu à l’usine avec le deuxième chapitre des aventures du Casse-Cou masqué, Daredevil. Une saison assez similaire à la première quant au sentiment imprimé dans la rétine et l’esprit de son spectateur.

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Justice aveugle et déjà vue

Difficile d’attendre cette saison 2 en trépignant si on se rappelle à la fin de la première (sans pour autant oublier les qualités du show) de l’impardonnable sabordage du personnage de Wilson Fisk qui passe de méchant ambigu et charismatique à gros bébé psychanalytique. Les hurlements pleurnichards de ce dernier illustrant un traumatisme enfantin sont tellement ridicules qu’ils m’ont mis mal à l’aise, que je me demande comment l’excellent Vincent D’Onofrio a accepté de le jouer, et qu’ils engouffrent avec eux toute la série. C’est dur, mais c’est comme ça….Vous l’avez compris, au-delà même de cette bouffonnerie, les débuts de Daredevil sur petit écran ne m’ont pas ébloui des masses, et je ne fais ni partie de ceux qui ont trouvé que c’était l’adaptation la plus proche dans l’esprit de la BD, ni qui pensent qu’elle apporte un regard réellement Daredevil-saison-2-Elektranovateur sur son sujet. J’irai même plus loin en disant qu’à mes yeux l’adaptation ciné Daredevil (Mark Steven Johnson, 2003) n’est pas un navet et peut-être même que j’en préfère certains des aspects à la série. Le 18 mars 2016, Netflix a donc comme à son habitude balancé d’une traite toute la suite des aventures de l’aveugle masqué et nous a permis de voir se concrétiser ou mourir les espérances forgées durant la première fournée d’épisodes.

Maintes fois valorisé par le public et la critique, l’aspect vigilante est toujours présent et plus encore que durant la saison 1. La saison 2 est en effet plus violente, plus graphique que son aînée : Daredevil n’a jamais été aussi brutal et il n’y a jamais eu autant de personnages assoiffés de sang (le Punisher, Elektra…), de blessures, de tortures et de macchabées autour de lui. Netflix profite de sa liberté de pure-player web pour badigeonner, et ce n’est pas la rédac de Fais pas Genre qui va s’en plaindre. Là où l’angle est plus intrigant, surtout dans l’historique du traitement de Daredevil, c’est dans son inclusion d’un imaginaire fantastique et oriental qui rafraîchit le show en en faisant clairement une série genresque. De surcroît en restant tout à fait homogène malgré des genres assez séparés, entre le vigilante donc, la série procédurale, le film de yakuza, le fantastique…Malheureusement, la qualité des scénarios (rien à dire sur celle des comédiens, notamment celle d’un Charlie CoxJon-Bernthal-as-the-Punisher-in-Daredevil-Season-2 parfait) gâche le potentiel qui épisode après épisode tremble en sous-sol.

Comme s’ils avaient peur de ne pas nous intéresser, les scénaristes accumulent d’abord les explications redondantes (dialogues où les personnages nous expliquent bien les enjeux et les turpitudes philosophiques ou émotionnelles) dans une verbalisation excessive, puis les effets cliffhanger à chaque fin d’épisode… Et pis encore, à la fin de la saison, se permettant (décidément) de niquer cette fois le personnage du Punisher en le traitant par-dessus la jambe dans le dernier épisode de la saison en mode « Vous le reverrez à la prochaine fournée ». Lors de ce dernier épisode justement, on échappera guère mieux à la fameuse scène où une journaliste écrit un article qu’elle récite à voix haute spéculant sur ce que c’est, au fond, d’être un vrai héros. Ce genre d’outil narratif est proprement abrutissant en plus d’être une fainéantise abyssale, et est révélateur du problème plus profond de la série : l’attristant règne du déjà-vu. Les notions de la frontière mince entre la justice et le crime, la légitimité de la violence, la perception médiatique du héros, et même le rapport amoureux Daredevil-Elektra sonnent toutes comme une redite des différents films Batman (et là j’imbrique autant ceux de Tim Burton que ceux de Christopher Nolan) et des long-métrages super-héroïques de Zack Snyder (The Watchmen, Man of Steel, Batman vs Superman) sans aucun prolongement thématique. Hormis le fait que la série est plus violente que ce qui a pu être visionné ces dernières années dans le genre, elle n’apporte clairement rien au super-héros en tant que sujet artistique…Par contre, quel bien elle aurait fait si elle était sortie il y a dix ans.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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