Batman V. Superman : L’Aube de la Justice 7


Après des années d’attente et de faux départs, l’Homme d’acier et le Chevalier noir se retrouvent enfin dans le même film, et c’est à Zack Snyder que revient la lourde tâche de mettre en scène cet affrontement défiant l’imagination. Mais le film tient-il la route ?

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Le Choc des Titans

Après Man of Steel (2013) qui avait déçu les fans de Superman mais aussi ceux du réalisateur de 300 (2006), Zack Snyder fait taire les mauvaises langues : Batman v. Superman… est un film de Snyder. Ni plus, ni moins. La concurrence est enterrée et ce dès l’ouverture du film. L’origin story de Batman est traitée de manière différente par Snyder mais son principal intérêt est que le réalisateur renoue avec l’esthétique et la stylisation de Watchmen, Les gardiens (2009). Mais le grand coup vient avec la scène à Metropolis. Véritable réinvention de l’affrontement entre Superman et le Général Zod, on se retrouve propulsé dans une course contre la montre dans une ville en proie à la destruction du point de vue de Bruce Wayne. En l’espace d’une séquence, Snyder parvient à ancrer des personnages à la stature mythologique dans un monde réaliste où la rage et la violence des surhommes est observée à la hauteur des victimes. C’est donc une œuvre plus mature et sombre dans laquelle Snyder explore la thématique du surhomme sans pour autant délaisser un questionnement politique, en évitant habilement le recyclage maladroit d’une imagerie poste batman-v-superman-aube-justice9/11 pour mieux s’interroger sur les conséquences – la question du bien commun, la guerre préventive ou encore la notion de dissuasion – en mettant les héros face aux conséquences de leurs actes. Mais la réussite vient surtout dans le traitement des deux héros.

Le défi du film était de faire cohabiter deux figures iconiques sans que l’un ne prenne véritablement le dessus sur l’autre. Un équilibre que Snyder parvient à trouver avec un Batman très millerien. Rappelant le comic book The Dark Knight Returns, le justicier est ici un être redoutable mais usé par la violence et prêt à tout pour accomplir la mission qu’il s’est imposée : spectateur privilégié du ravage de Metropolis et de la destruction de la tour Wayne, Bruce Wayne incarne une haine aveugle et a perdu la foi en l’humanité qu’il retrouvera au contact de Superman, qui va peu à peu évoluer et perdre sa candeur. Snyder ramène ses personnages à leur dimension mythique avec un traitement plus mature où les héros sont aux prises avec leurs incertitudes et leur morale. Cette réussite doit beaucoup aux acteurs ; si Henry Cavill rend compte d’un personnage en proie aux conflits, il demeure profondément humain. Mais la surprise vient de l’interprétation de Ben Affleck, qui impressionne de par l’intensité de son jeu.

Visuellement, Snyder renoue avec la beauté et la nervosité de ses précédents films avec des combats relativement bien rythmés et moins répétitifs que ceux de Man of Steel comme en témoignent les combats impliquant le Batman. D’une férocité hallucinante – que l’on pourrait rapprocher de ceux de la série de jeux vidéo Batman Arkham – il montre tout le talent de Snyder qui réussit à s’approprier toute l’imagerie de Miller et de son comic culte. Mais après ces deux premiers tiers qui sont une réussite, la machine semble s’essouffler dans la dernière partie.

batman-v-superman-l-aube-de-la-justice-ben-affleck-henry-cavill-952748Si le film réussit à être une suite de Man of Steel et un reboot de Batman, il se fait très vite rattraper par une troisième facette : celle d’introduire l’univers étendu de DC. Snyder montre son envie de secouer le genre et le faire entrer dans une nouvelle ère mais a dû également se plier aux exigences du studio, le dernier tiers relevant plus d’une très longue bande-annonce assez indigeste de Justice League. Et là, rien ne va plus. La présentation plus ou moins longue des autres Justiciers, la séquence de rêve/prémonitoire de Batman où il se prend pour Mad Max ou encore le combat final, tous ces éléments, en plus de détruire tous les efforts et la crédibilité du film, propulsent le film vers de tout autres horizons plus commerciaux. Warner veut clairement marcher dans les traces de Marvel et veut sa part du gâteau. Mais l’autre problème vient des autres personnages, délaissés au profit des deux héros. C’est le cas de Lex Luthor. Jesse Eisenberg propose une vision de la Némésis de Kal-El de jeune patron de start-up, un millionnaire qui peut rappeler son personnage dans The Social Network (David Fincher, 2010) sous cocaïne, une intention de jeu intéressante mais qui n’est pas exploitée. Le personnage devient lourd et son manque de motivation claire démontre un acteur en roue libre qui finit par s’éloigner de son personnage. Même constat pour le personnage de Wonder Woman. Introduit comme l’aurait pu être Catwoman, la princesse guerrière apparaît comme « un cheveu sur la soupe » – même Batman et Superman se demandent ce qu’elle peut bien faire là ! – et ne parvient pas vraiment à intéresser malgré les efforts de Snyder pour iconiser le personnage interprété par Gal Gadot à chaque image.

Batman v. Superman est un divertissement de qualité qui pose des questions pertinentes sur la place des supers-héros dans nos sociétés en tant que figures mythologiques. Se démarquant de la concurrence, le film se dessert dans sa volonté d’être une fresque épique et le point de départ d’un film collectif comme Avengers (Joss Whedon, 2012) nous laisse sur notre faim. On espère que la version longue saura donner ses lettres de noblesses à une oeuvre qui a toutes les cartes pour devenir un grand film du genre super-héroïque.


A propos de Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique).


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