L’Homme Invisible 4


Après avoir sorti pour l’anniversaire de ses 100 ans un beau coffret réunissant les rééditions Blu-Ray de ses grands classiques de la collection Universal Monsters, le studio Universal sort enfin chacun des films indépendamment des autres. L’occasion pour nous de revenir sur chacun d’entre eux. Aujourd’hui, retour sur L’Homme Invisible (1933).

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Mad Men

Réalisé en 1933 par James Whale – l’homme déjà derrière le mythique Frankenstein des mêmes studios Universal avec Boris Karloff dont nous vous avons déjà parlé – L’Homme Invisible est sans nul doute l’un des monstres les plus célèbres de la firme. L’histoire est celle de Jack Griffin, un scientifique un brin maso qui a réussi à trouver le moyen de devenir invisible grâce à une formule chimique de sa propre création. Pour que sa découverte soit complète, le malheureux doit désormais trouver comment inverser les effets et retrouver son aspect initial. Il trouve refuge dans une petite auberge de village pour travailler, isolé du monde, sur ce qu’il espère devenir une antidote. Au fur et à mesure de ses recherches, qui ne fonctionnent pas comme ils l’entendent, Griffin va changer et sombrer dans une folie agressive. Son invisibilité lui conférant un avantage certains sur ces concitoyens, il tombe vite épris d’une terrifiante envie de pouvoir et d’un plaisir malsain à tuer. La police et les habitants du village se mettent donc en quête d’une img3b603fc2m11ns0technique pour mettre le grappin sur cet individu, qui, de par son pouvoir, a toujours deux ou trois coups d’avance.

Qu’on se le dise, de tous les films de la collection Universal Monsters, L’Homme Invisible n’est peut-être pas celui qui marqua le plus les esprits d’un point de vue de son histoire, du charisme iconique de son monstre – difficile de lutter face à un seigneur des vampires et une créature comme celle créée par Frankenstein – probablement celui de ceux qui marquèrent le plus les esprits pour ses effets spéciaux largement en avance sur leur époque. L’une des séquences les plus marquantes du film – peut-être même de l’histoire du cinéma – montre Griffin débarqué dans l’auberge enrubanné tel une momie sous d’épais bandages et des vêtements amples. Plus tard, il finit par s’effeuiller devant clients et tenanciers, retirant un à un ses vêtements pour découvrir non pas son corps nu mais son corps invisible, en même temps que son incroyable effet spécial que l’on doit à un trio : John P. Fulton, John J. Mescall et Frank D. Williams. Concrètement, pour figurer les mouvements du personnage quand il est entièrement invisible et « nu » des effets spéciaux assez traditionnels ont été utilisés – les objets sont déplacés à l’aide de fils dissimulés ou d’ingénieux dispositifs mécaniques – mais c’est clairement l’effet précédemment cité, lors du déshabillage – ou d’un habillage partiel, avec seulement un pantalon, un chapeau… – qui constitua la plus grosse révélation du film. Pour ce faire, le trio de spécialistes – il s’agissait à l’époque, non pas de spécialistes en informatique maniant des logiciels ultra-pointus comme ceux qui ont permis de faire disparaître Harry Potter sous sa cape d’invisibilité, vous vous en doutez bien, mais bel et bien de techniciens de l’image, plus précisément de la pellicule – a combiné deux tirages. Pour essayer d’être clair, la scène était d’abord tournée sur fond noir avec l’acteur Claude Rains – dont la performance fut saluée et boosta considérablement sa carrière – lui-même endimanché dans une combinaison moulante noire. Le tirage était ensuite combiné avec celui réalisé dans les décors et par un effet de masquage du noir appelé le matte process, l’acteur était substitué au décor pour ne laisser apparaître que ses vêtements.

Capture d’écran 2016-02-13 à 22.13.13En dehors de la prestation hallucinante de Claude Rains et de ses effets spéciaux toujours aussi saisissants plus de soixante dix ans plus tard, le film vaut aussi le coup d’œil pour sa magnifique photographie, sublimée ici dans son format original en 1:33 et dans le plus belle des HD. Considéré comme l’un des monstres de l’âge d’or des Universal Monsters, L’Homme Invisible reste toutefois encore aujourd’hui en France, l’un des films les plus méconnus de cet univers qu’il est grand temps de redécouvrir avec cette édition Blu-Ray d’une incroyable beauté. Vous y retrouverez, en plus du film, un petit documentaire d’une trentaine de minutes fort instructif L’homme invisible se dévoile ainsi que des commentaires passionnants de Rudy Behlmer, historien du cinéma et spécialiste de ces monstres des années 30 à 50. Pour couronner le tout, Universal s’offre en bonus quelques featurettes revenant sur ses cent ans d’existence (désormais cent trois) d’une grande richesse. Espérons que nous pourrons profiter bientôt des re-sorties des nombreuses suites : Le Retour de l’homme invisible (1940), La Femme Invisible (1940) et L’agent invisible contre la Gestapo (1942) mais pour cela, il faut se tourner non pas vers Universal mais peut-être d’avantage vers nos amis de Elephant Films qui ont déjà fait ce travail pour les suites de Frankenstein dont nous vous avions déjà parlé et de Dracula dont nous n’allons pas tarder à vous dire quelques mots.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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