La Momie 2


Un beau coffret réunissant les célèbres Universal Monsters est sorti à l’occasion du centenaire du studio, en 2012. Trois ans plus tard Universal sort les films un par un. Une telle occasion ne se refusant pas, faîtes place à la célèbre Momie !

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Good night Mummy

Petite, je voulais devenir égyptologue spécialisée dans les autopsies de momie, biberonnée aux Chair de poule, aux cassettes d’autopsies de momies – comment et pourquoi je me suis retrouvée à en posséder, bonne question – et au super remake de The Mummy portant le même nom (Stephen Sommers, 1999), et sa géniale suite, je m’imaginais telle une Rachel Weisz accompagnée d’un beau Brendan Fraser combattre de vieilles malédictions à dos de chameaux. Malheureusement la réalité m’a rattrapée ainsi que mon gros problème avec les maths mettant ainsi fin à ce rêve en 6eme. Ce qui a également mis fin à ma fascination pour les momies et l’Egypte antique. En oubliant la signification des signes hiéroglyphes j’ai également délaissé le momies du cinéma et ça c’est vraiment un peu con, car je n’avais jamais, jusqu’à présent, vu cet Universal Monsters qu’est La Momie interprété par le légendaire Boris Karloff.

Resituons le contexte : c’est la grande dépression de 1929 et le petit studio, à l’époque, qu’est Universal, au bord de la faillite, tente le tout pour le tout et produit Dracula (Tod Browning, 1931) qui obtient le succès qu’on lui connait et enchaîne la même année avec Frankenstein (James Whale, 1931) où le grand public découvre le désormais célèbre acteur Boris Karloff, qui était dans le métier depuis plus de 10 ans. Fort de ce succès il enchaîne l’année suivante avec The Mummy (Karl Freund, 1932). C’est la naissance du cinéma d’horreur américain. Ce troisième film vit le jour 10 ans après la découverte de la tombe de Toutankhamon et ses trésors enfouis depuis plus de 2000 ans, le succès de cette découverte fit les choux gras de la presse qui, suite à la mort de certaines personnes liées de près ou de loin à la découverte du tombeau, inventa la malédiction du pharaon. La vraie malédiction c’est la mode et la fascination qui eut lieu pour les momies – surtout en France – où chaque musée devait posséder sa propre relique. Pillage de tombeaux à foison et momies qui se dégradent et pourrissent à cause de l’humidité européenne finissant au fond de la Seine, voilà le vrai drame. Mais soit, l’engouement pour ces corps embaumés et les légendes qui les entourent eurent raison des scénaristes d’Universal qui ne choisissent pas cette fois-ci d’adapter un troisième roman (Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley et Dracula de Bram Stocker) mais inventent leur propre histoire, celle d’Imhotep grand prêtre de l’ancienne Egypte, embaumé vivant comme punition pour être tombé amoureux de la prêtresse d’Isis Ank-Souh-Namun, son amour le forçant à voler le Livre des Morts pour ranimer la princesse fraîchement décédée. 2000 ans plus tard une équipe trouve la momie du prêtre et le Livre des Morts. Comme toujours un petit malin déchiffre les hiéroglyphes à haute voix et ranime la momie derrière lui. Moins funeste mais non pas moins terrifiante que la momie de son remake, Imhotep ne tue personne et part tranquillement, le Livre des Morts sous le bras. Dix ans plus tard et bien ridé, il revient sous le nom d’Ardath Bey et indique à la nouvelle expédition du British Museum où se trouve la tombe d’Ank-Souh-Namun, évidemment dans le but de la ramener à la vie. Malheureusement pour lui la momie de sa fiancée n’est pas pourvue de l’âme de cette dernière mais vu qu’il est un peu chanceux, sa réincarnation, Helen Grovesnor, traîne en ville et il cherche à la posséder. Pas de chance de nouveau si la Ank-Souh-Namun en elle est encore amoureuse du prêtre, Helen Grovesnor, elle, tombe en pâmoison devant un jeune Egyptologue.mummy2

Tandis que le remake de ce film est tourné vers la vengeance d’un Imothep – qui lui, n’avait rien profané 2000 ans auparavant, il était juste tombé amoureux de la maîtresse du pharaon – dévoreur d’humains qui cherche à récupérer sa promise en foutant le bordel un peu partout – l’original lui est une histoire d’amour contrariée puisque finalement Ank-Souh-Namun ne veut pas accompagner Imothep dans son suicide. Une idée qui sera reprise dans la suite plus que réussie du remake : Le retour de la momie, (Stephen Sommers, 2011). Tout comme son Frankenstein, Boris Karloff insuffle suffisamment d’émotions dans ses personnages pour qu’ils soient plus que des vilains monstres terrifiants, mais des monstres vilains dotés d’une âme et d’états d’âmes. S’il est difficile aujourd’hui pour moi d’être effrayée par cette momie, plus vraie que nature, il n’est pas pour autant difficile d’avoir de l’empathie envers cet impressionnant et ténébreux prêtre qui après tant d’années et une agonie lente et douloureuse se prend un râteau par celle pour qui il a sacrifié sa vie. Le maquilleur Jack Pierce fait une nouvelle fois des merveilles, un maquillage qui permet au monstre de prendre vie et à l’acteur d’afficher sa palette d’émotion sans être coincé derrière un masque. La comédienne incarnant Ank-Souh-Namun / Helen Grovesnor est charmante et dégage une mysticité incroyable. Dans les nombreux bonus proposés dans cette édition Blu-Ray, un documentaire de 30 minutes est dédié à la genèse du film dont une grande partie est consacrée à Zita Johann, donc, nous apprenant les relations tendues et difficiles entretenues avec l’équipe du film pour cette grande comédienne issue de la nouvelle vague de Broadway et qui détestait Hollywood – mais bon, faut bien manger et c’était très bien payé ! – on y apprend son intérêt pour les sciences occultes et l’impression qu’elle était hantée par son personnage. Et puisque je ne peux décemment pas porter de jugement sur cette approche ésotérique du jeu d’acteur, force est de constater qu’elle servira pour donner une justesse incroyable à son personnage. Le directeur de la photographie Karl Freund réalise ici son premier film et fait le job avec brio !

téléchargementConcernant donc cette édition Blu-Ray on ne boudera pas son plaisir devant les bonus proposés. Si certains semblent un peu issus d’un recyclage de bonus des films de 1999 et 2001 (Héritage de la momie), néanmoins intéressant, d’autres sont de précieux documents d’archives consacrés au film et à son histoire (Mummy dearest : Exploration d’un classique de l’horreur, ainsi qu’un commentaire audio proposé par l’historien du cinéma Paul M. Jensen) et au célèbre et talentueux maquilleur Jack Pierce (L’art de créer un monstre). Plus de deux heures de bonus, ce qui, ma foi, est plus qu’agréable.

La Momie aura dont connue pas moins de quatre suites (sans Boris Karloff), pour l’instant, un très bon remake qui connut lui deux suites – dont une très mauvaise – et un spin-off – également mauvais et qui fut également transposé en série d’animation. L’engouement pour cette momie influencera sans doute la Hammer qui en 1967 sortira Dans les griffes de la momie (John Gilling). Au jour d’aujourd’hui un autre remake est, déjà, en production chez les studios Universal. Pour l’instant seul Tom Cruise est annoncé au casting et gageons qu’il ne saura égaler ni Boris Karloff, ni Brendan Fraser.


A propos de Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie avant d'ouvrir sa propre salle de cinéma. Ses spécialités sont les comédies musicales, la filmographie de Jean Cocteau, les sorcières et la motion-capture.


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