Chair de Poule – Le film 4


Après avoir été une série de livres à succès, puis une série télévisée d’anthologie, les histoires de R.L Stine reprennent vie au cinéma. 

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Nuit de terreur au cinéma

Mes parents ont été convoqués quand j’étais en CE1 pour un motif important, inquiétant pour l’élève sage et tranquille que j’étais. Tellement sage et tranquille que je passais mon temps à lire telle une Matilda des années 90, sur les fauteuils colorés de la bibliothèque de l’école primaire. Le motif donc de ce rendez-vous urgent ? Mademoiselle ne lisait pas des lectures de son âge. Pas de son âge ? Non, elle lisait des livres à partir de 9 ans, elle en avait 7 vous comprenez ? Ces livres pourtant, je ne les ai pas lâchés, ils sont le fondement même de mon imagination. Ces livres ? Les Chair de Poule. Autant vous dire que par la suite la série – plus effrayante que les livres si vous voulez mon avis – a fait les choux gras de mes matinées d’enfance et que l’annonce il y a quelque temps d’un film Chair de Poule m’a réjoui au plus haut point. Et j’ai eu raison de me réjouir.

Une voiture sur des routes sinueuses de l’Amérique du nord filmée par un hélicoptère, cliché ou pas, inévitablement cela me rappelle l’introduction du Shining (Stanley Kubrick, 1980) adapté du livre de Stephen King, dont le plan d’ouverture est l’un des plus étudiés en long, large et travers dans les cours de cinéma. Et mon petit doigt me dit que cette ouverture de film n’est pas une coïncidence. Zach enfant de la ville, un adolescent un peu plus âgé que ceux des livres, de surcroit récemment orphelin de père, accompagne sa mère dans un déménagement à la campagne. Il y découvre sa nouvelle maison et de ce fait, ses nouveaux voisins : Hannah une jeune fille fraiche et rigolote et son père à lunettes, flippant et colérique qui en guise de message de bienvenue lui interdit fermement de parler à sa fille. Sympathique voisinage n’est-ce pas ? Et comme Zach est déjà amoureux de sa nouvelle voisine il cherche à la sauver de ce père hyper-protecteur et pénètre un soir par effraction dans la maison de son voisin persuadé que ce dernier frappe sa fille. Dans son escapade, le jeune homme passe devant une vieille horloge dont le coucou est un corbeau empaillé et évite de justesse une charmante collection de piège à ours qui peuplent l’entrée de la cave. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Pour compléter le chair de poule slappytableau du bizarre : trône sur une étagère une collection de manuscrits de ces livres pour enfants, les fameux Chair de Poule, cadenassés, et qui, comme tout héros de ces histoires effrayantes, notre héros Zach ne tardera pas à ouvrir. Manque de chance pour nous pauvres français, c’est The Abominable Snowman of Pasadena qui fut ouvert, l’un des seuls livres qui ne fut pas traduit dans notre langue ni même adapté dans la série TV. Ce qui n’empêche pas l’enfant en nous de prendre un charmant plaisir devant ce nouveau monstre amateur de friandises, prenant forme et vie en se délivrant du manuscrit magique. La ville bien abîmée par le passage de cette espèce de yéti sera sauvée, pendant quelques minutes, par le voisin flippant à lunettes qui n’est autre que R.L Stine, l’auteur des livres en personne délicieusement incarné par Jack Black. Un auteur en manque d’inspiration, qui cultive un complexe face à l’indétrônable Stephen King – qui a pourtant vendu bien moins de livres que R.L Stine comme ce dernier aime à le rappeler assez souvent. Quelques minutes disais-je parce qu’évidemment un livre s’est ouvert en tombant et pas n’importe lequel, celui où Slappy prend corps et âme. Slappy ? Cela ne vous rappelle rien ? Oui votre pire cauchemar, les pires des Chair de Poule – trois volumes dont deux adaptés en français, le troisième conclura la collection – ceux qui ont marqué toute une génération d’enfants, Slappy ce salaud de Pantin maléfique, qui décide ici de prendre sa revanche contre Stine en libérant les quelques cent monstres imaginés par l’auteur.

Le film prend le parti de faire de Stine et des trois adolescents des chasseurs de monstres dont le seul moyen de les capturer à nouveau, est d’écrire un nouveau volume des Chair de Poule pour conter leurs aventures en direct. Mais pour cela, rien de simple, il faut obligatoirement remettre la main sur la machine à écrire magique de Stine entreposée dans une vitrine du lycée de la ville. Pour y accéder, les héros devront affronter l’armée de nains de jardin (Revenge of the Lawn Gnomes, non adapté en français), le garçon invisible (My Best Friend Is Invisible, non adapté en français également) loup-garou (Le Loup-garou des marécages) et quelques extra-terrestres (L’Invasion des extra-terrestres I et II). Mon esprit d’enfant et de fan est tenté de vous faire l’inventaire des monstres et des livres mais le plaisir du film en serait gâché. Car le scénario parvient à ressortir des monstres oubliés et enfouis dans nos mémoires pour les faire resurgir sur l’écran, nous rappelant les lectures flippantes et interdites la nuit sous la couette, jolie madeleine de Proust. Tous les codes des films d’horreurs pour adolescents et grands enfants sont là, bal de fin d’année une chair de poule 2nuit dans un lycée américain et quelques supérettes vides. R.L Stine – qu’on appellera Stine durant une heure trente, ses prénoms sont trop sacrés pour être connus – est confronté à la fois à son éternel comparaison à Stephen King – le pauvre se retrouve même à écrire son nouveau volume dans les décors d’une pièce de théâtre scolaire adaptant Shining, souvenez-vous de mon petit doigt – et à Slappy qui l’appelle Papa, lui rappelle sans cesse qu’il n’est que le double de son auteur et que l’affronter revient à ce que Stine s’affronte lui même. Une thématique autour de l’auteur suffisamment abordée pour qu’on en tienne compte et que le film ne soit pas qu’un film de monstres. Les acteurs sont tous sympathiques, Jack Black incarne un Stine plus en chair et à la bonhomie plus sympathique que le visage émacié et ténébreux du véritable écrivain. Et d’ailleurs, regardez bien qui incarne le nouveau professeur d’art dramatiques, monsieur Black, vous y reconnaîtrez le vrai Stine qui fait un petit caméo bien senti. La bande originale composée par l’indétrônable Danny Elfman a le bon goût de nous rappeler celle des films d’horreurs familiaux des années 90, époque révolue et regrettée, avec des accents de SOS fantômes (Ivan Reitman, 1984) saupoudrés d’un peu de Gremlins (Joe Dante, 1984). Un plaisir qu’on ne boude évidemment pas, le compositeur emprunte même au passage quelques notes de Mars Attacks ! (Tim Burton, 1996). Bref, en toute objectivité je n’arrive pas à trouver de point négatif à ce film tant je n’ai pas boudé mon plaisir ! Je me permets également de placer ici que la série est sortie dans un coffret intégral et qu’un DVD regroupant les 4 épisodes de Slappy avec Hayden Christensen tout petit – dont le bonus est l’épisode Dangereuses photos avec un Ryan Gosling pré-pubère – est sorti en début de mois. La série est également disponible sur Netflix et je cherche encore des numéros de Chair de Poule, n’hésitez pas à contacter la rédaction. En attendant que je trouve une fin ouverte et terrifiante à cet article qu’on croyait tous terminé, comme un bon Chair de Poule qui se respecte ! BOUH !


A propos de Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie avant d'ouvrir sa propre salle de cinéma. Ses spécialités sont les comédies musicales, la filmographie de Jean Cocteau, les sorcières et la motion-capture.


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