Cadavres à la Pelle


Il aura fallu douze ans à John Landis pour retrouver ce terrain conquis puis abandonné qu’est le cinéma. L’argument : deux criminels pilleurs de tombes dans l’Edimbourg du 19ème siècle. Si sur le papier l’idée semble en phase avec l’univers et l’humour noir de Landis, le résultat ne marque pas pour autant un retour triomphant et si attendu du réalisateur.

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Creuse encore John !

1998 marqua Susan’s Plan, dernière comédie (ratée) avant une longue traversée du désert pour John Landis. Ces douze années auront fait de Landis un véritable oublié des salles noires, du petit écran un peu moins. Si beaucoup de fans, déçus par ses dernières réalisations comiques et peu convaincantes, attendaient énormément de son retour, Landis signe une comédie très british à l’humour macabre sans prétention. Le réalisateur s’est vu proposer le projet par les Ealing Studios, projet qui suffit à l’emballer pour signer son retour sur le grand écran en tant que réalisateur seulement. Présenté comme un film noir à l’image de classiques tels que Noblesse oblige (1949) ou encore The Ladykillers (1955), Landis y voit l’occasion de s’essayer au genre so british en créant un duo qu’il qualifie de versions maléfiques de Laurel et Hardy. Ainsi voit le jour en 2011, Cadavres à la pelle (ou Burke & Hare dans sa version originale), nous plongeant dans un Edimbourg victorien sombre et sale à la poursuite des pilleurs de tombes criminels William Burke et William Hare, aux péripéties absurdes et comiques. Brillamment mené par le duo Simon Pegg et Andy Serkis, cette comédie noire et légère remplit son objectif d’amuser le spectateur, usant d’un second degré bien trempé, assimilable à celui du fameux Loup-garou de Londres (1981), allié à des situations carambolesques, qui deviennent au fur et à mesure de son avancée la tare du film. D’un humour subtil et bien dosé on assiste à un enchaînement de gags et scénettes burlesques et ridicules qui viennent envahir les différents axes de la narration. L’accent est mis sur des éléments qui, s’ils avaient été laissés au second plan, auraient largement contribué à cet 4705582e-12ec-41c7-9c79-32b1cb450849humour légèrement décalé si aimé de Landis. Que ce soit les courses poursuites de cadavres pliés en deux dans des tonneaux, les gros plans sur la chair pourrie grouillant de vers ou encore les effusions de sang lors de dissections, le macabrement lourd vient surpasser ce qui aurait pu faire de cette comédie un véritable conte horrifique, à la fois lugubre et cocasse.

L’histoire quant à elle, si posée dans les vingt premières minutes du film par un bourreau brisant le quatrième mur, devient alambiquée et voit se multiplier les axes narratifs secondaires inutiles, de même que des personnages lourds et sans vraiment d’intérêt. Inspirée de faits réels (d’après l’épilogue du film vous pouvez aller faire un tour au musée au musée de l’école de médecine d’Edimbourg et y trouver le squelette de William Burke, charmant), l’histoire retrace la montée dans le trafic de cadavres de deux immigrés irlandais avides d’argent et de pouvoir. À l’époque les cadavres étaient grassement rachetés pour contribuer à faire avancer ce qui deviendra la médecine moderne, qui semble à travers le film une véritable boucherie, entre commerce de parties humaines et vivisections. Viennent se mêler à l’histoire un capitaine grassouillet et maladroit, assez cliché, incarné par le peu connu Robbie Corbett, les docteurs ennemis et acheteurs de cadavres très secondaires incarnés par les excellents Tom Wilkinson et Tim Curry, sans oublier le caméo sympathique de Christopher Lee en tant que victime. La piste de la médecine et de son amélioration perd de son intérêt au profit d’une amourette entre Simon Pegg et une Isla Fisher surjoueuse et peu convaincante, transformée en danseuse/prostituée reconvertie en metteur en scène d’une pièce de théâtre féministe. La seconde figure féminine du film est représentée en la personne de Jessica Hynes, épouse vénale passant les trois quarts du film la tête dans une assiette de porridge, dommage ! Alors que les véritables thèmes du film, le pillage de tombe et la progression vers une meilleure forme de médecine, posent des arcs narratifs prometteurs et suffisants, un 09bf6362-c2f8-45fd-b2ba-603685609f64véritable melting pot de personnages et situations secondaires viennent prendre le dessus et donner cet air de Laurel et Hardy macabres que Landis semblait rechercher, bon point pour lui, moins pour le rendu du film.

Le film se caractérise par un excellent travail au niveau de la lumière et la photographie, proposant une immersion totale dans une Ecosse victorienne de par une mise en scène simple mais efficace. Assez court (1h30), le montage au rythme haletant est efficace également, ne laissant pas s’installer l’ennui, mais n’imposant pas pour autant de véritables climax, nous laissant quelque peu sur notre faim. On peut résumer Cadavres à la pelle comme une comédie noire où se rencontrent l’humour bien aimé britannique et le traditionnel burlesque américain, intéressant mais pas suffisant pour créer un univers assez stable et une narration équilibrée. On est loin des chef-d’œuvres du genre, tels Hot Fuzz (2000) ou Severance (2006), nourris par un décalage ahurissant entre humour british noir et un montage haletant, très rythmé. Peut-on considérer cette dernière réalisation comme un retour raté de Landis ? Non, car le cœur y est : le film reste un bon divertissement qui fera sans doute rire les amateurs d’humour noir et cadavérique. Landis signe son retour humblement avec une comédie noire et légère, sans pour autant retrouver le fun et l’énergie de sa première partie de carrière.


A propos Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found footages, mais chut...

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