Le Loup-Garou de Londres 5


Devenu le film le plus emblématique de la filmographie de John Landis aux côtés des Blues Brothers, Le Loup Garou de Londres fut aussi le film qui intronisa son réalisateur dans la catégorie des Masters of Horror.

Le Loup Garou de Londres

La Métamorphose

Le Loup Garou de Londres (An American Werewolf in London, 1981) est sans nul doute, juste derrière le mythique Les Blues Brothers (1980) le film le plus célèbre de la filmographie de John Landis. Réalisé l’un après l’autre, les deux films constituent surement l’apogée de la carrière du réalisateur, aussi bien artistiquement qu’économiquement. L’occasion encore de constater l’incroyable disparité des genres que le pirate John Landis a pu aborder tout au long de sa carrière. S’il débarque juste après le Hurlements (The Howling, 1981) de son copain Joe Dante, ou encore Wolfen (Michael Wadleigh, 1981) tous deux sortis plus tôt la même année, le film s’inscrit dans une dynamique de réhabilitation à Hollywood des grandes figures monstrueuses de la Universal – dans le même temps, Joe Dante développa un projet de reboot de La Momie qui ne verra jamais le jour. Suite au succès de ce film, John Landis fut intronisé, à sa grande surprise, au panthéon des Masters of Horror. Une catégorisation dont il est très compliqué de se défaire – Wes Craven et John Carpenter s’y sont essayé, en vain – et qui desservira beaucoup la suite de la carrière de celui qui se rêvait plus Le Loup Garou de Londrescomme un navigateur en eaux troubles, passant avec son voilier d’une île à une autre, pour pirater le polar et la comédie familiale, les essais potaches et les comédies sentimentales, le western et les films d’horreur.

En soi, Le Loup Garou de Londres n’est pas vraiment un film d’horreur, il s’agit plutôt, comme le dit d’ailleurs John Landis lui-même « Une comédie dans laquelle on a glissé des éléments d’horreur.». Le film préfigure donc davantage ce qu’on appellera généralement la comédie d’horreur, ou le burlesque-gore qui atteindra son apogée avec le film de zombies de Peter Jackson particulièrement sanglant Braindead (1992). Ce qui est amusant avec ce film qui traite en profondeur de l’hybridation – un touriste américain mordu par un loup se transforme en un Loup-Garou assoiffé de chair – c’est qu’il est lui-même un objet hybride. Chimère à trois têtes, Le Loup-Garou de Londres est en réalité autant une comédie qu’un drame, une comédie dramatique ou un drame comique, s’il l’on veut, qu’on aurait saupoudré de quelques déflagrations de films d’horreur. Sa force réside d’ailleurs dans sa faculté à se transfuser d’un genre vers l’autre par des revirements de mise en scène qui frôlent le génie. A ce titre, bien évidemment, sort du lot la mémorable séquence de transformation – une séquence qui n’est pas sans rappeler l’efficacité horrifique des transformations chez Disney de Pinocchio (1942) en âne ou de la méchante reine de Blanche Neige et les Sept Nains (1937) en immonde vieille sorcière, voir notre article sur la question– choquante par son incroyable réalisme, sec, brutal. La dissection opérée par la caméra pour dévoiler, en temps réel, chacune des métamorphoses morphologiques est d’une froideur scientifique, donnant à cette transformation un ultra-réalisme presque documentaire. De toutes les séquences de la filmographie de John Landis c’est probablement – avec les incroyables cascades de la poursuite finale de The Blues Brothers – celle qui a le plus impacté l’inconscient collectif et inspiré des tonnes de confrères par la suite. Commencé comme une pochade où l’on fait rire avec l’horreur – je ne serais pas étonné que toute la première partie du film ait pu beaucoup compter pour Edgar Wright par exemple – la puissance du film demeure néanmoins dans son dernier tiers – à partir de la séquence de transformation précisément – où il arbore des pourtours plus lugubres et plus Le Loup Garou de Londresmélancoliques qui relie le monstre à la part humaine enfouie au plus profond de lui – on pense bien entendu à la créature de Frankenstein (James Whales, 1931) – jusqu’à cette acmé, cette scène finale d’une grande brutalité émotionnelle aussi effroyable que magnifique, aussi sèche qu’elle rend les yeux humides.

On comprendra qu’aujourd’hui John Landis ne soit pas totalement d’accord pour être considéré comme un réalisateur de film d’horreur. Hormis Le Loup-Garou de Londres, ses incartades du côté de l’horreur sont bien plus rares que celles entreprises du côté de la comédie, le seul genre commun, si l’on veut, à tous ses films. Tout juste en 1992, s’amusera-t-il avec un potache film de vampires, le très étonnant Innocent Blood avec Anne Parillaud. C’est peut-être l’un des facteurs qui rendent la filmographie de John Landis, aujourd’hui encore, difficilement lisible, peut-être même anecdotique pour certain. Peut-être l’avons nous trop regardée comme celui qui a filmé la transformation d’un homme en loup ainsi que la plus grande icône de la pop, le génial Michael Jackson, en mort-vivant dansant pour le mythique clip de Thriller (1982). S’il convient de ré-apprécier son œuvre – il détesterait que j’emploie ce terme – il faut s’efforcer de la regarder comme celle d’un zigoto qui s’est évertué à jouer avec tous les codes des genres pour les passer au prisme de la parodie. Car s’il y a bien un genre qui lui ressemble, c’est bien celui-ci. Et il n’y a rien de mal à ça.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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