13 Assassins


Pourtant présenté en compétition à Venise en 2010, « 13 Assassins » n’eût jamais les honneurs d’une exploitation en salles et dût attendre une sortie en direct-to-vidéo pour profiter d’une version française il y’a quelques temps. Alors bien sûr, moi qui ai tant adoré l’autre remake de Takashi Miike d’un classique du film de samouraï, Hara Kiri  dont je vous avais parlé dans un précédent article, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis lancé dans l’aventure avec ces treize assassins. Un peu en retard, je vous l’accorde.

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Les 13 Samouraïs

Même si cela peut paraître évident, dresser une comparaison avec Hara Kiri : Mort d’un Samouraï (2011), l’autre remake que Miike a fait d’un classique du chanbara, serait peut-être maladroit. L’affiliation naturelle entre 13 Assassins et Hara Kiri reste bien sûr évidente, mais il me semble plus intéressant de ne pas comparer ces deux films et de les envisager comme un diptyque. Réalisés coup sur coup, à la suite, les deux films orientent un virage dans la carrière du nippon. Tout du moins, d’une brève incartade, une dérive maestria qui prouve – s’il en était encore besoin – que le japonais malgré ses différentes sorties de route dans le foutraque kitsch – au hasard, Zebraman (2004), Zebraman 2 (2010) ou la comédie musicale aux relents de K-Pop, For Love’s Sake (2012) – et dans les exercices de style du cinéma de genre – de Audition (1999) à Gozu (2003) en passant par Sukiyaki Western Django (2007) – reste un metteur en scène de génie, capable d’une maîtrise déconcertante de son outil caméra. A ce titre, le diptyque formé par ces deux chanbara (film de sabre japonais) est à mon sens, la plus grosse réussite stylistique de la très dense filmographie de Takashi Miike.

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Remake d’un film de Eiichi Kudo sorti en 1963, 13 Assassins raconte comme son titre l’indique, l’histoire d’un groupe de treize guerriers – dont 12 samouraïs sur le déclin – qui accepte de constituer un groupe de mercenaires, sous l’égide du Seigneur Shimada, celui-ci étant bien décidé à venger toutes les victimes d’un sanguinaire seigneur sans pitié. Le film rappelle donc très vite d’autres films qui fonctionnent sur le même rapport au groupe, et à cette même quête pour constituer une armée de « super-guerriers » pour aller contre vents et marées à la rencontre du super méchant pour lui botter le cul. Il y a donc un peu de l’ADN des Sept Samouraïs (1954) de Kurosawa, en passant bien sûr par toutes les troupes de mercenaires du western et du film de Guerre, des 7 Mercenaires (John Sturges, 1960) aux 12 Salopards (Robert Aldrich, 1967), jusqu’à des films beaucoup plus proches de nous, puisque la troupe et sa quête peuvent aussi rappeler La Communauté de l’Anneau (Peter Jackson, 2001) ou même, pourquoi pas, le fameux Avengers (Joss Whedon, 2012). En définitif, vous l’aurez compris, comme Hara Kiri, ce n’est pas le scénario de 13 Assassins – codifié à souhait – qui étonne et fait son originalité.

L’épure de la mise en scène de Takashi Miike décroît en fait au fur et à mesure du film, mais contrairement à ce que ma phrase pourrait faire penser, il ne s’agit pas là d’un défaut relevé du film, mais bel et bien ce qui cache l’un de ses plus gros points fort. Car durant toute la première moitié, Miike peine à constituer l’élan épique, qu’il ne trouvera réellement que dans le très long dernier quart de son métrage. La première partie, laborieuse parce qu’elle doit passer par des étapes obligatoires  – la présentation du contexte, la constitution de la fine équipe – tient le spectateur uniquement par la minutie et l’efficacité foudroyante de sa mise en scène, pourtant tout en sobriété, mais qui laisse transparaître une maîtrise visuelle et stylistique du genre du chanbara, dont Miike respecte tout particulièrement les codes. Lorsque la dernière partie du film arrive, que la confrontation pointe le bout de son nez, on craint un instant qu’il abandonne la maestria de la première partie pour une envolée foutraque dont il a trop souvent l’habitude et qui laisserait lui glisser entre les doigts, un chef d’œuvre de plus. Heureusement, il n’en est rien.

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Car si le final comporte bel et bien une envolée d’action brutale et enragée, la maîtrise reste de rigueur, et les sabres de ses 13 Assassins frappent à tout va. Décimant une armée de plus de deux cent hommes à la solde du dangereux seigneur tortionnaire, nos mercenaires héros livrent un combat titanesque et héroïque dont Miike ne rate pas une miette, pas un mouvement, pas un mort. Magnifiquement chorégraphié, autant par ses mouvements martiaux que par ceux de sa caméra, cette confrontation prend une ampleur et une puissance exceptionnelles au fur et à mesure que Takashi Miike la tend comme un élastique, la faisant durer pendant plus de quarante (courtes) minutes ! Lorsque l’élastique finit par claquer, puis se détendre enfin, le spectateur finit en sueur, peut-être pas décapité, mais en tout cas pas indemne, comme chacun de ces guerriers : car il a participé, lui aussi, à la bataille, il l’a vécu en temps réel. Le film de Takashi Miike réussit aussi son hypnotique dessein par une habile manipulation scénaristique. Celle-ci opère dès lors que le spectateur est saisi à la gorge quand il apprend – en même temps que les treize guerriers – que la mission initiale prévue par le scénario – mettre hors de nuire un seigneur démoniaque – va nécessairement devoir se transformer en un combat digne de la Bataille des Thermopyles, et qu’il ne peut plus fuir.

 


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre. A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu.

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