All Cheerleaders Die


Savez-vous combien il existe de types de films de merde ? Beaucoup. En fait ça n’a aucun sens, c’est juste que j’aime bien poser une question d’entrée de jeu pour créer une connexion entre vous et moi. Ça m’excite. Nous allons parler de All Cheerleader Die qui est donc un film.Un film oui, vous avez bien lu. Un film qui parle de cheerleaders et de la mort, en effet. Tout un programme que l’on doit à Lucky McKee & Chris Sivertson responsables de sa sortie en 2013. Passons à table, voulez-vous.

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« Yes Wiccane »

 

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Le public visé.

Quand je fais une distinction parmi les types de films de merde, c’est très personnel. D’abord, chacun est libre d’y trouver son compte et de les apprécier, ça c’est pour sécuriser mes arrières. Il y a donc ceux sur lesquels tout le monde a déjà tout dit (les films de Ed Wood, Uwe Boll ou Christopher Nolan), ceux dont il n’y a rien à en tirer (nos adaptations françaises de bd franco-belges, les films de Michael Bay et les films étudiants) et enfin, ceux dont All Cheerleader Die fait partie : Les films de merde qui jouent au yoyo avec notre sens critique et qui fournissent donc l’envie d’en dire tout un tas de choses. Mais ne vous en faites pas, ça va quand même aller vite.

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Tout d’abord, qu’attendre d’un film de cheerleaders réalisé et écrit par un ou des mecs ? Je vous le donne en mille, un film destiné à d’autres mecs. Adolescents selon eux. Car il va y avoir du maillot de bain, des popotins qui se trémoussent, des bouts de nichons, des t-shirt trempés et un peu de gore pour flatter un peu plus les bas instincts. Si on en est arrivé là, c’est aussi bien notre problème que notre faute, puisqu’on se retrouve avec des gens aux commandes d’une industrie du divertissement persuadée que c’est ce que l’on veut voir. Et si il y a toujours du pognon consacré à ce genre de films, c’est qu’on leur donne raison. Mais nous sommes partis pour dériver sur tout un tas de sujets passionnants et déjà mieux traités partout sur le web et je n’ai toujours pas abordé l’histoire du film, sapristi.

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Un miroir à facettes… pour montrer que Maddy a plusieurs facettes. Il suffisait d’y penser.

Madeleine « Maddy » est du genre réservé, bien dans son coin et en décalage avec les mœurs et comportements que partagent ses camarades de classe qui, comme tous les adolescents de films américains nuls se résument à « le sport le sexe et la drogue ». Alors qu’elle réalisait un film sur son amie Lexi, la meneuse de la troupe de cheerleaders du lycée, la tragédie survient et celle-ci meurt. Bam, comme ça. « All Cheerleader Die », c’était pas pour la déconne. Maddy décide alors de la venger, elle intègre à la grande surprise de toute l’équipe la formation de cheerleaders et se détermine à foutre en l’air la vie de Terry, le capitaine de l’équipe de foot et ex-copain de Lexi parce qu’apparemment c’est un con (oui).

Tout se déroule comme prévu, Maddy est une talentueuse cheerleader et brave les réticences de ses coéquipières pour se faire une place, ce qui déplaît fortement à Leena. Leena, c’est la copine casse-bonbon du début avec sa dégaine de celle qui dessine des Mr.Jack au blanco sur son sac noir et qui tient « beaucoup » à Maddy. Elle tente de la protéger, mais un soir les choses déconnent (et vu le pitch du film, c’est pas rien de le dire). Les cheerleaders se frittent avec l’équipe de foot composée essentiellement de mecs en chien, d’un nice-guy et de Terry qui est effectivement un sale con et qui n’aime pas se faire traiter de petite bite devant ses sbires. S’ensuit une course-poursuite en voiture qui provoque la mort de nos quatre cheerleaders… Que Leena ressuscite grâce à ses pouvoirs de sorcière (oui).

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Faisant mine de ne rien avoir vu, nos gaillards décident de ne pas gâcher le jour de la rentrée pour autant et se pointent à l’école pendant que notre équipe féminine découvre (non sans panique) qu’elles sont des mortes-vivantes. Elles décident donc de faire également leur rentrée et de rendre la monnaie de leur pièce aux responsables de leur mort, surtout ce gros pourri de Terry. Aaaah chouette, un crew de nana déterminé à bien niquer la gueule de petites ordures misogynes, ça va être rigolo, c’est assez peu courant dans le film de genre ça, le woman empowerment, on va bien se-

Haha naïf que nous sommes. N’est pas Boulevard de la Mort qui veut (en entre nous c’est pas plus mal, on se lasserait vite). En tout cas, c’est précisément ainsi que le film nous est décrit dans le résumé et la note d’intention du réalisateur est un brillant morceau de pipeau qui aurait sa place dans les meilleurs orchestres de flûte à bec. Et gnagnagna « comédie sexuelle » blablabla « monde régi par les médias et l’information» (j’ai arrêté de chercher le rapport après deux secondes) blablabla « rire, crier, pleurer, tout plein d’émotion » gnagna «et là gros plan sur les seins d’la meuf »… Non vraiment du grand art, c’est au moins digne de ce que je pondais en 5 minutes à la fac quand il y avait un projet à présenter à l’enseignant le lendemain.

Pour rentrer dans le détail, on débute sur 15 minutes de « Ah toutes des bouffonnes sauf Lexi qui était mon amie, elles sont superficielles et Terry là, je l’emmerde » et puis Maddy intègre le groupe, une romance lesbienne commence, ces dames commencent un peu à envoyer paître nos bonhommes en rut jusqu’au fameux accident pendant 15 nouvelles minutes. Nouveau quart d’heure, le groupe de cheerleader mortes-vivantes décide de quand même retourner en classe, plus déterminé que jamais à s’affirmer en tant que « bitch » (surnom affectif qu’elles se donnent entre elles, puisque « eux sont les chiens et elles les chiennes ») pour rappeler qu’elles font ce qu’elles veulent et surtout ruiner ce tocard de Terry. Car maintenant, les raisons de s’en prendre à lui sont claires d’un point de vue scénaristique.

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Bref, là le potentiel se fait ressentir. Pendant les 15 minutes qui suivent, celles-ci se lâchent. Deux des sœurs (la grande, ferme mais protectrice, l’autre timide et réservée) ont échangé leur corps lors du processus. Cela permet donc à la timide de se taper l’un des sbires dans les toilettes tandis que la leader du groupe décide de boulotter un autre des gugus responsables de leur accident. Allez, continuez comme ça, faites tout péter. Sauf que non. Terry se dit que merde à la fin, il doit y avoir de la sorcellerie derrière tout ça, je vais prendre les choses en main. Il parvient à voler les pierres magiques de Leena et… Procède à une exécution une par une des cheerleaders jusqu’à ce que Maddy et Leena parviennent à l’affronter.

Bref, le film a viré en un slasher lambda pour bien rabaisser ce groupe de nanas à l’habituel et triste rôle bien commun dans la production cinématographique de « corps à disposition des mecs ». Cette formulation trouve d’ailleurs écho dans un moment du film où Maddy révèle à Leena la raison pour laquelle elle en veut à Terry depuis le début du film : celui-ci a commis un viol sur sa personne alors qu’elle voulait l’interviewer en tant que copain de son amie Lexi… Et le coup du viol comme prétexte scénaristique, c’est de la merde. Une merde tristement répandue et hélas loin d’être exclusive au cinéma de genre, mais dont celui-ci ne cherche absolument pas la remise en question. Et puis pourquoi se poseraient-ils la question quand on voit le public du BIFFF hurler « salope elle aime ça » pendant toutes les scènes de viol de chaque film en projection ? Même le voyeurisme des premiers quarts d’heure (« la sensualité de ces femmes livrée au regard des spectateurs mecs ») s’était un peu atténué durant les passages intéressants du film (même si les scénaristes n’ont pas pu s’empêcher d’y glisser une scène de sesque provoquant un orgasme à toutes les cheerleaders à cause de leur connexion, s’ajoutant à leurs gémissements aussi sensuels qu’inappropriés quand elles bouffaient un mec). Du coup, le film revêt la panoplie du film beauf à destination d’un public tenu en piètre estime à force de lui-même se conformer à ce qu’on lui montre.

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Et c’est terrible, car à plusieurs moments All Cheerleader Die a de bonnes idées. La première, étonnante dans cette catégorie de films, est le traitement du personnage catégorisé « nice guy » d’entrée de jeu. Le type sympa parmi le groupe de teubés dangereux mené par Terry, le type qui est secrètement amoureux de l’héroïne du film, celui qui est prêt à dénoncer ses copains et qui déteste faire de vilaines choses… Bref, le profil-type du personnage récompensé pour sa gentillesse et son bon comportement par la nana de ses rêves qu’il aura sauvée. Usant. Et bien là, il se fera purement et simplement boulotter par Maddy qui aura besoin d’un peu de tonus avant d’affronter Terry.

Sur un plan plus lié à la grammaire du cinéma et donc à sa mise en scène, un petit instant « retour en arrière à la Jackie Brown » pour expliquer les événements de ces 5 dernières minutes à travers d’autres personnages a lieu au milieu du film. Très bien, entre ça et l’introduction en mode « found footage », ça rompt la linéarité du film et c’est toujours ça de pris. Le film est disponible chez WildSide en DVD et Blu-Ray, avec pour seul bonus 20 minutes de making-of avec des scènes de tournage et un montage d’interviews des actrices, acteurs, producteur et réalisateur. C’est toujours sympathique. Cependant, on n’oubliera pas que All Cheerleader Die est un échec et c’est dommage car sur un plan strictement formel ses effets spéciaux un peu cheaposs’ sous After Effect lui confèrent un certain charme, les actrices et acteurs sont majoritairement efficaces, c’est pas mal rythmé… Et pourtant, l’ensemble donne -à nouveau- envie que les réalisateurs et scénaristes cessent de nous prendre pour les adolescents qu’ils aimeraient que l’on soit.

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Attention spectateur, ceci est un cliffhanger raté, ne le regardez pas directement avec les yeux.

 

 


A propos Nicolas Dewit

Maître Pokémon depuis 1999, Nicolas est aussi champion de France du "Comme ta mère" discipline qu'il a lui même inventé. Né le même jour que Jean Rollin, il espère être sa réincarnation. On sait désormais de source sure , qu'il est l'homme qui a inspiré le personnage du Dresseur "Pêcheur Miguel" dans Pokemon Rouge. Son penchant pour les jeux vidéoludiques en fait un peu notre spécialiste des adaptations cinématographiques de cet art du pauvre. Il aime aussi les animés japonaises pré-Jacques Chirac, sans vraiment assumer.

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