The Giant Gila Monster


Jusqu’alors inédit en France, « The Giant Gila Monster » est désormais disponible en DVD chez Rimini Editions dans une version superbement restaurée. L’occasion pour nous de vous en dire plus sur ce classique de la série B américaine et du film d’attaque de monstres.


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B-Zard

Depuis King Kong en 1933, le cinéma américain fut le théâtre de nombreuses invasions de monstres géants, un genre sur lequel j’avais par ailleurs déjà écrit un petit article en dressant l’historique et que je vous invite à lire en complément de cette chronique. Sorti en 1959, The Giant Gila Monster  arrive longtemps après le père des pères, le mythique Kong, mais quelques années seulement après Godzilla (1954), son nemesis Japonais, qui relança sérieusement l’intérêt du public – y compris américain, puisqu’un nouveau montage donnera lieu à une version américaine dès 1955 – pour ses monstres destructeurs. Tourné en noir et blanc et dans une économie de série B, réalisé par un spécialiste des effets spéciaux photographiques (un vlcsnap-2015-08-23-19h17m05s021métier disparu par ailleurs) dénommé Ray Kellogg – le film est son second essai au poste de réalisateur après un film de science-fiction The Killer Shrews (1958) avant qu’il n’épaule bien plus tard John Wayne à la réalisation du film Les Bérets verts (1968) – The Giant Gila Monster jouit encore aujourd’hui d’une réputation de série B honorable, voir même de classique du sous-genre du film d’attaques de monstres.

Le film s’ouvre sur l’attaque de la voiture d’un jeune couple en plein ébat par un monstre invisible. Leur disparition amène leurs amis à s’allier avec le shérif et ses hommes pour essayer de les retrouver, ainsi que de comprendre les causes de cet accident. Ils ne se doutent pas encore qu’un monstrueux lézard géant, rôde dans les parages. L’une des spécificités du film, par comparaison avec la majorité des films d’attaques d’animaux géants, c’est qu’il n’utilise ni l’animation images par images chère à Willis O’Brien et qui donna notamment vie à King Kong, ni des êtres humains dans des costumes comme cela fut le cas pour Godzilla. Ici, le monstre est interprété par un véritable lézard, un Héloderme Perlé Mexicain pour être précis, qui fait preuve d’un charisme proche du néant si bien qu’il ne ferait probablement même pas frissonner un escargot de Bourgogne. Même si ce monstre qui donne plus l’impression de vouloir faire des câlins que d’être assoiffé de sang se déplace péniblement – il perdrait probablement un cent mètre contre une tortue luth de Martinique – il reste quand même capable de propulser des trains hors de leurs rails ou de transpercer des murs d’un coup de tête : comprenez, détruire des maquettes en carton-pâte.

vlcsnap-2015-08-23-19h14m02s742Comme toute série B qui s’assume, le film fonctionne sur des codes précis, s’illustre par sa capacité à faire pédaler dans la semoule l’intrigue par des séquences bavardes et sans grand intérêt bien que le film soit pourtant très court – seulement soixante douze minutes, partageant ainsi une double spécificité propre à bon nombre de série B : « Notre film a beau être court, on peine quand même à en faire un long-métrage qui se tient, alors on ajoute des tonnes de séquences où les personnages expriment leurs doutes, font des théories farfelues, préparent leur plan pour l’action qu’ils mèneront dans la séquence suivante… » – tout en surfant sur les tendances de l’époque. A ce titre, plusieurs comédiens dont l’acteur principal Don Sullivan – que l’on verra plus tard dans Teenage Zombies (Jerry Warren, 1960) – ont le droit à quelques séquences lorgnant du côté de la comédie musicale. Que ce soit des hymnes d’ivrognes pour certains ou pour notre héros, une délicieuse ode à la gloire du seigneur, chantonnée à sa petite fille sur un banjolélé dissonant en empruntant au passage la voix, les mimiques (en plus catho-friendly) et la banane d’un certain Elvis Presley qui au même moment, comme par hasard, cartonne au cinéma dans Le Rock du Bagne (Richard Thorpe, 1957) et Bagarres au King Creole (Michael Curtiz, 1959). N’oublions pas que le casting compte également, une compatriote – cocorico ! – une certaine Lisa Simone jouant la pépé française de service, l’accent à couper au couteau qui va avec, et qui aurait été, après avoir fait quelques recherches, la prétendante française au concours de Miss Univers de l’année 1957 !

vlcsnap-2015-08-23-19h09m58s155Plusieurs fois dans le film, on ne peut pas s’empêcher de penser à certaines séquences de Super 8 (2012), notamment l’emblématique séquence d’accident de train ou les attaques d’un monstre constamment invisible sur des voitures. D’autant plus qu’il ne serait pas étonnant que J.J Abrams se soit inspiré de certains de ces films entrés avec le temps dans le panthéon des classiques du film d’attaques de monstres géants pour réaliser Super 8 qui rend autant hommage au cinéma de Spielberg et aux productions Amblin, qu’à ces nombreux films de monstres avec lesquels il a probablement dû grandir. Après avoir eu le droit à une restauration et une colorisation en 2007 sous l’égide de l’éditeur américain Legend Films – une marque qui fait son fond de commerce sur la remise en couleur de classiques de la série B comme ce fut le cas récemment avec Plan 9 from Outer Space (Ed Wood, 1959) – The Giant Gila Monster sort donc pour la première fois en France, chez Rimini Editions, dans un DVD proposant les Capture d’écran 2015-08-23 à 19.23.01deux versions. Même si je ne suis vraiment pas un grand défenseur des restaurations qui ne restaurent pas l’oeuvre mais la modifient – c’est ce que fait la colorisation, n’est-ce pas ? – je ne maugréerai pas contre le fait de trouver dans cette édition française cette version colorisée, car la version noir et blanc proposée est très belle. En tout cas à hauteur de ce que l’on peut espérer pour une série B, à savoir un son mono nettoyé et une image revitalisée avec de beaux noirs. Ayant néanmoins jeté un bref coup d’œil à la version colorisée, je peux simplement dire qu’elle m’a semblé assez jolie, sans rendre à mon sens davantage justice au film qui souffre, une fois ses couleurs révélées, de sa patine de carton pâte. La principale erreur de cette colorisation est d’avoir essayé de rendre le lézard plus monstrueux en colorisant ses innombrables petites tâches, qu’il aurait normalement vertes ou brunes, en… rose ! Cela lui donne un look particulièrement ridicule qui lui retire le peu de charisme qu’il avait par ailleurs en noir et blanc. On évitera de faire la fine bouche, il s’agit d’une bonne édition vidéo en soi, qui a le mérite de déterrer un film quasiment introuvable et en version originale sous-titrée en français, bien que l’on regrettera l’absence totale de bonus et que l’opportunité de pouvoir sortir le film dans un coffret comportant aussi l’autre film de Ray Kellogg, The Killer Shrews (1958), n’ait pas été saisie, comme ce fut le cas par l’éditeur américain.

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Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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