Les Fant4stiques 1


Alors que Marvel essaie d’extirper des mains poisseuses de la Fox certaines de ses franchises, cette dernière s’accroche aux droits d’utilisation qu’elle a négociés pour seulement quelques Louis d’or il y a des années, à une époque où les films Marvel ne trustaient pas encore le box office mondial. Réalisé uniquement dans le but de conserver ses droits sur la franchise, ce reboot des 4 Fantastiques avait beau être attendu au tournant par les fans hardcores, il n’en est pas moins l’illustration absolue et supplémentaire de l’incompétence du studio à adapter cet univers.

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Fantastic Mr Fox…

Il faut bien le dire, si l’on y regarde de plus près, le tableau de chasse de la 20th Century Fox sur le terrain des adaptations de comics Marvel n’est pas brillant. Certes, c’est à eux que l’on doit la saga X-Men qui compte quelques bons films, mais la plupart d’entre eux sont réalisés par un seul homme, Bryan Singer, à qui, il me semble, l’on doit d’avantage la réussite des films en question qu’au studio lui-même. Preuve en est avec les immondes X-Men 3 : L’affrontement final (Brett Ratner, 2006) ou X-Men Origins : Wolverine (Gavin Hood, 2009). N’oublions pas non plus que l’on parle là du studio qui a commis deux des plus gros navets de la firme : Daredevil (Mark Steven Johnson, 2003) et son spin-off Elektra (Rob Bowman, 2005). Sans oublier bien sûr les deux premiers volets daubesques au possible de la franchise qui nous intéresse ici : Les 4 Fantastiques (Tim Story, 2005) et sa suite Les 4 Fantastiques et le Surfer d’Argent (Tim Story, 2007). Tous les droits de ces franchises sont dans l’escarcelle de la 20th Century Fox, négociés à une époque où Marvel n’appartenait pas à Disney et ne produisait pas lui même les adaptations de ses franchises. C’est parce que l’accord signé prévoyait une rétrocession des droits vers la maison mère en cas de non-production de nouveaux films que la Fox se vit obligée de mettre en chantier, à la hâte, un chosereboot de sa franchise peu lucrative, supposant probablement qu’au vu du succès mondial des films Marvel et des bons scores des films X-Men, cela pourrait quand même lui rapporter quelques millions de billets verts.

Parce qu’il faut faire vite et que le studio n’ambitionne absolument rien d’autre que de faire du profit, le choix se porte sur un réalisateur qu’il pense à même de faire le travail en obéissant à leurs directives sans broncher, moyennant un salaire honnête et la possibilité de gravir d’un coup les échelons d’Hollywood. Immédiatement, ils pensent à Josh Trank, un jeune réalisateur qui vient de leur offrir en 2012 avec son film Chronicle – déjà l’histoire de jeunes qui découvrent leurs pouvoirs façon super-héros modernes – l’un de leur meilleur coup marketing de l’année : un budget de seulement 12 millions de dollars et un bénéfice final avoisinant les 130 millions. Mais voilà, le réalisateur a beau être jeune, il n’en est pas moins inspiré, et propose, d’après ses propres dires – je vous invite à lire l’entièreté de la lettre qu’il a diffusé sur internet pour s’expliquer sur cette débâcle – « un film différent, plus réaliste, quelque chose que les fans n’avaient encore jamais vu. ». A l’époque, le réalisateur présentait d’ailleurs comme inspiration première de son film le cinéma de David Cronenberg. Des directions artistiques que la 20th Century Fox aurait adoré sur le papier, mais contre lesquelles elle se serait finalement retournée lors de la mise en production du film. Un désaccord entrainant un bras de fer quotidien avec son réalisateur au point que le studio décida de ne pas convertir le film en 3D et d’en sortir une version largement coupée – le film que Josh Trank dit avoir tourné durerait 2h30, il dure aujourd’hui 1h38 – avec plusieurs séquences que Trank dit par ailleurs ne pas avoir lui-même mis en boîte et qui auraient été rajoutées pour masquer, comme des rustines, les coupes effectuées à la serpe par le studio.

Les-4-fantastiques-illus1Ce Fant4stiques – car oui, c’est ainsi qu’il faut l’écrire apparemment – a donc tout du film malade. Il ressemble à s’y méprendre à ces films bizarres qui se retrouvent sur les tables de montage au moment où le monteur et le réalisateur, à une étape cruciale du travail de recherche, essayent en vain des solutions et tentent d’amener le film dans ses extrêmes. Tous les films passent par cette étape. Cela permet parfois de débloquer des solutions, mais aussi d’éprouver la nécessité de conserver ou de supprimer des séquences pour rendre le film meilleur. La version en salle de ce reboot des 4 fantastiques ressemble à ce type de montage, même si n’importe quel producteur ou monteur un brin sensé se seraient probablement résigné à dire : « Ok… C’est bien d’avoir essayé, mais faut revenir à la version précédente non ? ». Le film de Josh Trank – doit-on et peut-on dire cela d’ailleurs, en connaissances de causes ? – fait donc partie de ces films frustrants : qui sont ce qu’ils sont, nuls, mais dont on voit vraiment bien qu’ils auraient pu être meilleurs. La première demi-heure du film semble d’ailleurs avoir été d’avantage épargnée. On apprécie d’y retrouver le parfum de certaines des productions Amblin. Si l’on pense bien sûr aux Goonies (Richard Donner, 1985), impossible de ne pas voir la référence évidente au méconnu Explorers (Joe Dante, 1985) dans lequel de jeunes enfants construisaient aussi dans leurs garages des appareils dignes de la NASA. De même, les premiers instants durant lesquels les protagonistes découvrent leurs pouvoirs portent l’ADN de David Cronenberg – en plus mainstream – et c’est probablement une très bonne idée de Josh Trank d’avoir amené l’histoire vers ce genre de considérations et questionnements. On imagine très bien ce qu’aurait pu devenir le film s’il avait assumé pleinement cette affiliation et les thématiques qui en découlent – l’homme et la science, le corps et ses mutations – quitte à s’effondrer dans d’avantage de séquences psychologiques et plus de noirceur. Quelques belles idées héritées directement du cinéma de Cronenberg émergent d’ailleurs sporadiquement : les téléporteurs rappellent le tripods de Brandon dans La Mouche (1986) et le fameux méchant, Fatalis, qui a littéralement fusionné avec sa combinaison d’astronaute – une idée qui n’aurait pas déplu au canadien – a Capture d’écran 2015-08-12 à 14.08.47aussi le pouvoir d’exploser les têtes par la force de l’esprit, évidente allusion à Scanners (1981). Mais malheureusement, circoncis de tout son long, le film pêche par un manque évident de profondeur, à la fois dans le traitement de ses personnages et de leurs relations – la relation amicale entre Reed (Miles Teller) et Ben qui deviendra La Chose (Jamie Bell) était au centre du film selon Josh Trank – que de ses enjeux dramatiques. Nul doute qu’une bonne heure supplémentaire aurait largement contribué à densifier ce film qui, trop concis, perd totalement de son potentiel et finit par énerver par ses raccourcis aberrants à base de panneaux « un an après ».

Difficile donc de juger sur pièce d’un film qui n’est pas vraiment celui qu’il devrait être. Difficile aussi de le détester quand on sait désormais les raisons de cette déconvenue. On ne peut qu’espérer que les remous entre Josh Trank et la production se cristalliseront. Mais cela va être compliqué, rappelons que Simon Kinberg – le producteur du film responsable du bras de fer avec Trank qu’il considère par ailleurs comme « un jeune réalisateur irresponsable et violent » – a depuis été débauché par Disney pour produire les spin-off de Star Wars. L’un d’entre eux était justement dévolu à Josh Trank, mais dès son arrivée, l’ami Kinberg a simplement œuvré pour faire éjecter le jeunot du projet. Il n’est pas risqué de parier gros que Trank sera l’un de ses nombreux réalisateurs prometteurs à être sacrifiés sur l’autel des studios, écrasé par le poids de ces idiots bedonnants, banquiers avant tout, qui pensent connaître le cinéma mieux que ceux qui le font. Quant à sa version – la vraie – des 4 Fantastiques, nul doute qu’elle entrera dans la légende cinéphile : comme un tas d’autres films dont on rêve d’un Director’s Cut que nous ne verrons probablement jamais.

Joris Laquittant



A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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