Burying the Ex


Chaque nouveau film de Joe Dante est un soulagement pour ses fans. Un soulagement de ne pas voir disparaître l’un des plus grands réalisateurs des années 80 et 90 dans les abîmes d’un Hollywood qui l’a consacré avant de l’enterrer sous scellé, à jamais. Balbutiant, Joe Dante revient quand même sporadiquement à la vie – d’abord à la télévision, et désormais en réalisant des films au régime de production, dirons nous plus… minimaliste – et revient aux affaires avec Burying the Ex, une comédie romantique matinée de film de zombie. Verdict.

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Unbury Joe Dante

Vous le savez surement, sur Intervista nous avons quelques cinéastes fétiches, et Joe Dante est sans nul doute l’un de ceux-là. Nous lui avions d’ailleurs consacré un dossier à l’occasion de sa venue au Festival International du Film d’Amiens. A l’époque, Joe Dante exprimait avec désarroi toute la difficulté qu’il avait à produire ses films, étant blacklisté à Hollywood depuis les échecs consécutifs de Small Soldiers (1998) et Les Looney Tunes passent à l’action (2002). Déjà, son inégal The Hole, film réalisé en 2009, en 3D, et avant la sortie d’Avatar (James Cameron, 2009), avait souffert de ne pas trouver de distributeur et avait fini par sortir timidement en 2011, passant totalement inaperçu car arrivant, du coup, largement après la bataille du relief. Depuis, on savait que Dante cherchait désespérément à obtenir un passeport européen, américain d’origine italienne qu’il est, afin de pouvoir bénéficier des aides financières européennes et produire ses prochains films sur notre beau continent. Bonne nouvelle : il aurait récemment mis les mains sur ce précieux graal. Aussi, ce Burying the Ex pourrait donc être son dernier film américain. Si The Hole avait eu de gros soucis de distribution, il avait finalement réussi à sortir dans quelques salles, puis à imagesconnaître une exposition assez large en vidéo. Mais malheureusement, le destin de Burying the Ex pourrait bien continuer d’enterrer d’avantage la carrière de Joe Dante dans les abysses. Sorti directement en vidéo à la demande malgré des passages dans plusieurs festivals tels que Sitges, Bruxelles et surtout Venise, le film n’est pour l’instant même pas dévolu à une sortie vidéo. Pour le voir, il faut donc débourser douze euros sur le store d’Apple, et se contenter d’une version originale sans sous-titre.

Le film raconte l’histoire de Max, un mec fan de films bis, qui tue de nombreuses heures à regarder des films de George A.Romero ou des classiques de la Hammer dans son living-room dont les murs sont tapissés des affiches les plus incongrues et qui travaille, le reste du temps, dans une boutique de farces et attrapes horrifiques. Max vit depuis un certain temps avec Evelyn, sa copine super canon mais aussi super écolo. Celle ci commence à vampiriser sa vie et ses habitudes, l’oblige à manger bio, instaure le tri sélectif, repeint les murs en vert pomme et ose même jeter ses affiches collectors à la poubelle. Alors qu’il s’amourache d’une vendeuse de glaces, Olivia, une fille très cool qui a les mêmes goûts pour les films de genre que lui. Mais même s’il en crève d’envie, Max n’arrive pas à quitter Evelyn. Heureusement pour lui, cette dernière va mourir dans un terrible accident de la route, littéralement explosée par un bus. C’est l’occasion rêvée pour Max de vivre pleinement son histoire d’amour naissante avec Olivia. La même nuit, Evelyn, furieuse, sort d’outre-tombe et est bien décidé à reconquérir son mec.

testLe film s’amuse, comme beaucoup d’autres avant lui à mélanger les codes de la comédie romantique et du film de zombie. On pense bien sur à Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004) qu’on considère souvent comme le précurseur en la matière, mais aussi plus récemment à Warm Bodies (Jonathan Levine, 2013) ou Life After Beth (Jeff Baena, 2015) dont nous vous parlerons rapidement, et qui a d’ailleurs quasiment mot pour mot le même pitch. En cela, même si l’on appréciera de voir Joe Dante s’amuser tout au long du film à multiplier les clins d’œil au cinéma qu’il chérit tant – le film est jalonné d’extraits de classiques du film de zombies et de vampires, et multiplie les images d’Epinal empruntées à certains films de Romero – on regrettera néanmoins qu’il n’ait pas vraiment su s’approprier ce croisement des genres et y ajouter sa patte caustique et critique si particulière. Le film n’est qu’une variation des précédents zomcom – comédies romantiques avec des zombies – sans grandes inventions, ni jubilation particulière. Les quelques effluves gores et comiques ne suffisent pas à y reconnaître le plaisir malsain pour les petits jeux de massacre dont le réalisateur a su se faire l’un des maître penseur avec Gremlins (1984). Pour le reste, même si on peine à y reconnaître l’esprit du cinéma de Joe Dante, le film reste plaisant, un divertissement aussi agréable qu’inoffensif, même s’il arrive parfois à être fun quand il égratigne (un peu) la branchitude certifiée bio des citadines américaines – une séquence de yoga-zombie restant tout de même la plus drôle du film.

Le titre de cet article propose de déterrer Joe Dante. Il est fort étonnant de constater que lorsqu’il était encore accepté à Hollywood, emprisonné dans le système des gros studios, Joe Dante en était l’un des cinéastes les plus corrosifs, un véritable électron libre qui n’hésitait pas à tirer à boulets rouges sur l’industrie au sein même de ses films, le capharnaüm rebelle et mal élevé de Gremlins 2 : The New Batch (1990) en étant sûrement le summum. Bien sûr, cette irrévérence a largement contribué à son éviction de la petite sphère Hollywoodienne – les échecs de Small Soldiers et des Looney Tunes passent à l’action sont x240-bWpassez relatifs comparés à ce que d’autres ont pu connaître ces dernières années. Depuis, on pensait que Joe Dante allait réveiller sa fureur contestataire et son esprit grinçant, comme il l’avait fait lors de ses passages à la télévision chez HBO pour le très drôle et politiquement incorrect The Second Civil War (1997) et plus tard pour la série Masters of Horror avec son épisode anti-Bush Vote ou Crève (Homecoming, 2005), mais il n’en est étonnamment rien. C’est là toute l’énigme de Joe Dante. Ne pas avoir saisi l’opportunité libératrice de son nouveau statut de cinéaste indépendant. Car bizarrement, le cinéma de Dante n’a jamais été aussi sage depuis qu’il a quitté Hollywood : comme si l’esprit farceur, le Gremlins enfoui en lui, n’avait l’envie de foutre le bordel que lorsqu’il était contraint à rester calme. Tout porterait-il à croire que le petit monstre morveux serait redevenu un gentil mogwaï ?

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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