L’Attaque de la Pom-Pom Girl Géante


Après un passage en compétition du dernier Festival de l’Alpe d’Huez, la nouvelle production Corman, au titre évocateur, L’attaque de la Pom-Pom Girl Géante, sort enfin en vidéo sous la houlette de Program Store. Retour sur cette production dans la plus pure tradition de New Horizons Pictures.

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L’attaque du sexisme ordinaire géant

L’attaque de la Pom-Pom Girl Géante est une évidente référence au classique de la série B, L’Attaque de la femme de 50 pieds (Attack of the 50 Foot Woman, Nathan Juran – 1958) film chéri par Roger Corman et quelques-uns de ses plus illustres protégés, de Joe Dante à John Landis – qui fait d’ailleurs ici une petite apparition en professeur de fac qui deviendra borgne – et qui, lorsqu’il sort en 1958, était très avant-gardiste, traitant le sujet du féminisme grandissant à bras le corps. L’histoire était celle d’une femme chef d’entreprise, dont le père, castrateur et mal-intentionné, cherchait à mettre la main sur son entreprise et dont le mari, un coureur invétéré, n’hésitait pas à la tromper et lui détourner son argent. Enlevée par les extraterrestres, elle revient sur terre avec un pouvoir étonnant, elle grandit et devient gigantesque. Revancharde, elle revient voir les hommes de sa vie sous un autre angle, les observant désormais de haut ! Le message était clair. Et particulièrement avant-gardiste à une époque où le droit des femmes n’était pas l’une des valeurs les plus évidentes à défendre. Cela n’a pas trop changé, me direz vous vlcsnap-2015-05-06-15h10m56s135peut-être. Vous n’avez pas vraiment tort. La preuve en est avec L’attaque de la Pom-Pom Girl Géante (Attack of the 50 foot Cheerleader) qui n’est autre que le remake sexiste du classique des années cinquante.

L’histoire est celle de Cassie Stratford, une fille sommes toute assez banale qui tente désespérément de rejoindre l’équipe de pom-pom girls de son lycée. Désespérée de ne pas avoir le corps parfait dont elle rêve, elle se rend dans le laboratoire du lycée où une drogue expérimentale est testée. Ni une ni deux, elle décide de s’en injecter – le liquide est rose fluo – et le sérum lui donne immédiatement des capacités physiques décuplées, une tête de pin-up et… des très gros seins. Cette transformation met en rogne la chef des cheerleaders, Tiffany, qui, bien consciente de ne plus avoir le corps le plus parfait du lycée, va chercher le secret de la transformation magique de Cassie. Cette transformation ne s’avère pas de tout repos pour Cassie, qui ne cesse de grandir depuis l’injection du sérum. Et surtout ses seins.

vlcsnap-2015-05-06-15h12m52s32Vous l’aurez compris, le film choisit ses cibles. Les jeunes adolescents américains biberonnés aux pornos, ou les vieux vicelards dont les seuls lectures sont les magazines automobiles (avec pin-ups) ou Playboy. Qu’importe dans quelle catégorie ce type de spectateur masculin se trouve, Roger Corman l’a compris – et depuis très longtemps – il attend de ces films de série B un peu d’action, et suffisamment de nibards à l’écran pour ne pas avoir à coller les pages de son Playboy. C’est à peu près le cahier des charges de L’attaque de la Pom-Pom Girl Géante qui enchaîne, en veux tu en voilà, les séquences d’un sexisme ordinaire. Une scène de douche se transforme vite en très longs gros plans sur une demoiselle siliconée palpant ses mamelons, une séquence de bizutage est le prétexte parfait pour montrer quelques jeunes filles dans des positions humiliantes, lapant littéralement dans une gamelle, ou s’enduisant le corps de crème chantilly. Au milieu de toutes ses séquences au sexisme revendiqué, les personnages masculins, tous très burnés et vulgaires – ils doivent stratégiquement ressembler au spectateur cible – lâchent des saillies verbales d’une grande intelligence, rajoutant une sacrée couche de machisme à l’entreprise. Toujours avides de commentés le physique hors-norme de Cassie, les personnages masculins y vont de leurs petits commentaires : « C’est un mastodonte ! Mais un mastodonte sacrément bonne ! », ou encore : « Cette fille c’est une montagne, et je vlcsnap-2015-05-06-15h15m05s94vais la monter comme le Mont Everest », sans oublier la très fine punchline : « A l’heure qu’il est son vagin sert de caisse de résonance ». Le personnage féminin est lui même capable de se considérer comme « une version salope de la Statue de la Liberté », c’est dire.

Certains m’accuseraient volontiers d’être un poil pisse-froid et de refuser de voir le film avec second degré, narguant l’idée que ce type de film un poil bas de gamme, n’a d’intérêt que s’il est regardé avec un air amusé, en rigolant entre potes en sirotant des laits-fraises. Permettez moi de revendiquer que j’ai quand même bien rigolé devant la chose. En dehors du fait que la grande majorité des rires que j’ai émis s’accompagnaient de « Nan mais sérieux ! » ou des « C’est pas possible… » désespérés, j’ai aussi beaucoup ri devant les effets numériques approximatifs. Hommage volontaire au films de monstres géants, nous avons évidemment le droit à des confrontations épiques entre notre Pom-Pom Girl géante et d’autres adversaires démesurés, à commencer par une araignée géante – elle passait par là au moment où Cassie s’est injectée le sérum et en a reçu une goutte qui l’a transformé – qui a fière gueule en plan large mais qui ressemble quand même vachement à une numérisation de Franck Ribery dans FIFA 2001 quand on passe en gros plan. Enchaînant les séquences sur fond bleu pour faire fonctionner le jeu des perspectives, le film désespère pendant une heure vingt à essayer d’avoir techniquement de la gueule.

vlcsnap-2015-05-06-15h17m09s48Même si Corman essaie de nous enfumer, comme à son habitude depuis plusieurs dizaines d’années maintenant – il ne s’est d’ailleurs jamais caché de vouloir faire exclusivement des films pas chers, pas bons, qui rapportent de l’argent, se vantant même de n’avoir jamais perdu un seul centime en une centaine de films qu’il a produit – en faisant une nouvelle fois des films qui ne fonctionnent que sur des ersatz. Cassie est interprété par une actrice, Jena Sims, qui est une sorte d’ersatz de Keira Knightley siliconée. Le film est lui-même un ersatz de remake du classique de la série B déjà cité plus haut. Et les caméos, eux aussi, ne sont que des ersatz. L’apparition prétexte de John Landis est tout bonnement inutile et risible – professeur de fac, il devient borgne en recevant un bouton du chemisier de Cassie dans l’œil, ses seins n’ayant cessé de grossir pendant son cours – et même s’il on est très content au début de retrouver la tête d’adolescent attardé de Ted Raimi – petit frère de Sam Raimi, que l’on connaît surtout pour ses nombreuses apparitions dans la série Xena, la Guerrière dans le rôle du déjanté Joxer le magnifique – on finit par se lasser de le voir en arrière plan, jouer le bras droit du méchant – interprété par Treat Williams – avec ses kilos en trop qui le font désormais ressembler à un mauvais sosie de Quentin Tarantino. Ersatz toujours, de ses débuts, jouant sur la corde du teen-movie made in Disney Channel mais pour adulte, jusqu’à son apogée ou l’on découvre hébétés, un combat de Pom-Pom Girls géantes – seins nus, cela va sans dire – faire de la lutte gréco-romaine dans un stade de football américain faisant ressembler le tout à un Godzilla contre Mothra (Ishiro Honda, 1964) mais nudiste.

51MCpoi7AmL._SY300_Si vous aimez regarder les matchs du Paris Saint Germain, ou pire encore du Football Club de Metz, en buvant des bières, si vous êtes abonné Canal Plus « pour le foot et pas du tout pour les films de cul, mais maintenant y’a plus de foot parce que c’est sur BeIn Sports alors je rentabilise mon abonnement », si vous trouvez que les Femen c’est vachement bien, parce que ça permet de voir des nichons au journal télévisé, si les pages de vos Playboy sont toutes collées, alors vous trouverez surement de l’intérêt à regarder L’Attaque de la Pom-Pom Girl Géante. Sorti depuis le 5 mai directement en vidéo chez Program Store , dans une édition DVD assez pauvre en contenu – pas de bonus – on regrettera qu’il n’ait pas eu le droit à une édition Blu-Ray 3D puisqu’au regard du film, plusieurs séquences ont clairement été pensées pour les effets de jaillissements – sans mauvais jeu de mot. Pour le reste, on fera pas les rabat-joie, on reste toujours assez contents de rajouter un boîtier sur notre étagère consacrée aux productions de Roger Corman. Mais qu’on se le dise, s’il nous vient un jour l’idée de faire un dossier sur ce grand monsieur du cinéma bis, on préférera ses passionnants films adaptés de Edgar Allan Poe.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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