La Chasse du Comte Zaroff 1


Ce que je préfère dans le Festival International du Film d’Amiens – outre le tote bag avec une licorne dessus – c’est découvrir des films qui ont tout pour me plaire et dont je ne connaissais honteusement pas l’existence. Ce fut le cas avec le superbe La chasse du compte Zaroff (Ernest B.Shoedsack, 1933) C’est un peu honteux, mais c’est parce que je regarde en boucle le même dessin animé… alors promis cette année j’arrête.

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La Classe du Comte Zaroff

Le comte Zaroff c’est cet aristocrate très classe, un peu snob, du genre à débattre sur le numéro de la symphonie qui passe à la radio en laissant les dames à leurs discussions puisqu’il y a des cigares et du brandy – mais en pire. Carrément mégalo et typiquement sadien, il s’érige en Dieu vivant sur son île où il piège d’innocentes brebis qu’il recueille, soigne et aime un peu, peut être, avant de les lâcher dans la fosse aux lions. Et le lion, c’est lui. A l’instar d’Hannibal Lecter – un autre aristocrate qui aime la musique classique et la bonne chair – Zaroff joue seulement avec la nourriture et ça…c’est très mal élevé. Sa jubilation est donc extrême – du même genre que quand tu retrouves un billet dans un vieux jean le jour des soldes – lorsqu’il voit arriver sur son île Robert Rainsford (Joel McCrea ) aka le plus grand chasseur du monde qui n’a pas trop envie de se faire voler le titre et comme il est gentil il va même sauver une pauvre chasses-du-comte-zar-ii-32-10-gdemoiselle en détresse (Fay Wray) qui était destinée à être la récompense du maître des lieux car comme ce dernier le dit si bien « chassez l’animal ensuite la femme », goujat.

Ce film fut soutenu par le visionnaire producteur à lunettes David O. Selznick pour la RKO. Et surtout, ce film ne couta pas trop cher, d’où sa production, car il utilisait les plateaux de studios, la nuit, d’un autre futur grand classique de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack : King Kong (1933) dont l’actrice principale Fay Wray est commune, en plus, donc, des décors. Un des premiers survival movie teinté d’exotisme qui n’est pas sans rappeler les précédentes collaborations de la Team Cooper-Schoedsack avec Grass (1926) et Chang (1927), entre autres, où l’homme était déjà seul dans une nature hostile, livré à lui même sous la menace permanente d’un prédateur.

Universal produit à la même époque son Dracula (Tod Browning, 1931) dont le compte Zaroff pourrait être le double – les canines en moins – avec son beau manoir isolé aux lignes gothiques et relents d’expressionnisme allemand. Un personnage mémorable extrêmement bien campé par Leslie Banks que l’on verra plus tard chez Hitchcock ou Laurence Olivier. Fay Wray, quant à elle, hurle à la merveille, comme elle sait si bien le faire mais est pourtant l’opposé physique de son rôle de blonde – puisqu’elle est brune. Quant à Joel McCrea il pourrait être l’ancêtre d’Indiana Jones, les dons d’archéologue en moins. On chasses-du-comte-zaro-ii-32-4-gretrouve également dans ce film Robert Armstrong – autre point commun avec King Kong (1933) puisqu’il y jouait le producteur – ici il joue le frère de la demoiselle en détresse un peu lourdingue et toujours bourré.

Notons pour l’anecdote Wikipédia que ce film connu pas moins de quatorze remakes et que c’est beaucoup. On pourrait d’ailleurs se risquer à dire que tous les survival-movie qui suivront, ne feront que réemployer des codes que le film avaient posés en son temps. N’oublions pas de mentionner, à part ça, que le titre anglais : The Most Dangerous Game est un jeu de mot. Game voulant à la fois dire « Jeu » – celui qui est créé par Zaroff – et gibier – celui que chasse Zaroff – et qu’il souffre d’un problème de singulier-pluriel en français mais que pour ne pas nuire à mon titre rigolo de début d’article j’ai préféré laissé au singulier.

Angélique S. Haÿne.


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et a écrit un mémoire de recherche s'intitulant "Du masque neutre au masque numérique - Le corps de l'acteur à l'ère de la capture de mouvement", et le titre en jette plus que le contenu !


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