Howard the Duck 1


Retour sur Howard the Duck, vilain petit canard dans la galaxie des films familiaux des années 80, qui bénéficie, pour notre plus grand plaisir, d’une nouvelle jeunesse avec une sortie en vidéo très attendu chez nos partenaires de Elephant Films, après un caméo remarqué dans la séquence post-générique des Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014).

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Le vilain petit canard

Jusqu’à sa réhabilitation dans l’estime et l’esprit du public par le biais de son petit caméo dans la séquence post-générique des Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014), pas ou plus grand monde se souvenait de l’existence d’un super-héros palmipède dans l’écurie Marvel, un certain Howard the Duck. Et pourtant, ce canard burné particulièrement apprécié des fans de comics book avait eu le droit à son propre film, Howard…. une nouvelle race de héros (Willard Huyck, 1986). Premier comics Marvel véritablement porté sur grand-écran – les autres étant des films essentiellement produit pour la télévision – et de surcroit produit par George Lucas au sortir du succès des sagas Star Wars (1977-1983) et Indiana Jones (1981-1989) le film a été rageusement conspué à sa sortie, au point d’être considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus gros bides artistiques, critiques et financiers de l’histoire du cinéma. Il faut dire qu’il fit perdre plus de vingt millions de dollars à l’empire, alors en branle de son producteur. Celui là même qui avait misé sur ce canard pour le sortir d’un gouffre financier sans précédent dans sa carrière – son coffre-fort était sacrément percé du fait d’un divorce fort coûteux et de l’achat un peu farfelu de son fameux howard-the-duckSkywalker Ranch. Longtemps resté invisible – une légende, vraisemblablement fausse, prétendait que George Lucas, traumatisé par cette mésaventure, avait tout fait pour faire disparaître les copies du film – Howard…. une nouvelle race de héros connu un premier regain d’intérêt avec une édition vidéo américaine en 2009 dont cette première édition française reprend le contenu. En réalité, pour tout cinéphiles qui se respecte, de surcroît enfant des années quatre vingt et quatre vingt dix, mettre la main sur une copie physique – le film a toujours été assez facilement trouvable illégalement sur internet – qu’il s’agisse d’une VHS ou d’un DVD américain, était une mission proche de la quête du Graal.

Lorsqu’il produit le film en 1986, George Lucas a pourtant du flaire quand on sait que les aventures des super-héros Marvel sont aujourd’hui les plus gros succès au box-office. Néanmoins, il faut admettre que dans la cosmogonie des comics book Marvel, ce personnage de Canard extraterrestre catapulté sur terre, adepte du cigare et du Quack-fu (un art-martial canard), qui va tomber amoureux d’une humaine – jouée, au passage, par Lea Thompson, la mère de Marty dans Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985) – n’est pas le plus charismatique. Il n’y a pas à tortiller du cul, ce qui cloche et clochera toujours avec ce Howard… une nouvelle race de héros, c’est son scénario écrit par le duo et couple à la ville, Willard Huyck et Gloria Katz déjà auteurs de American Graffiti (George Lucas, 1973) ou Indiana Jones et le temple maudit (Steven Spielberg, 1984), le premier étant aussi le réalisateur du film. En effet, malgré son humour parfois un peu enfantin, son sens de l’aventure, ainsi que la trogne toute mignonne et rigolote de son héros, on ne peut résolument pas dire qu’il s’adresse à un public de jeunes. Réalisé, écrit et produit par une bande de grands enfants malpolis, le film a plutôt des points communs avec quelques classiques du genre réalisé par Joe Dante à la même période. Bien inspiré par la bande-dessinée originale, le film et son personnage pratique un humour au choix vulgaire, absurde, gouailleur, ou très clairement porté sous la Howard-the-Duck-Lea-Thompsonceinture. La raison de l’insuccès du film et de la catastrophe artistique qui en découle est à mon sens essentiellement lié au fait qu’il a été très mal conçu d’un point de vue marketing. Quand vous avez autant le cul entre deux chaises sans se décider si le film doit être un film destiné aux enfants ou aux adultes, ou même à un public dit familial – une équation assez compliquée puisqu’elle doit réussir à résoudre l’épineux problème de plaire aux enfants sans les choquer, et de plaire aux parents sans les ennuyer – il ne faut pas s’étonner de ne pas trouver son public. Ainsi, à ceux qui vous diront que George Lucas n’a été, tout au long de sa carrière, qu’un brillant agent en marketing plus qu’un bon réalisateur et producteur, vous pourrez leur rétorquer que Howard… une nouvelle race de héros est une exception qui permet de remettre sérieusement en cause cette accusation un peu convenue.

Autre fait intéressant, si généralement beaucoup de films des années quatre-vingt et quatre-vingt dix vieillissent plus mal aujourd’hui parce qu’ils employaient des effets-spéciaux numériques encore trop pubères et balbutiants, Howard… une nouvelle race de héros profite d’un effet inverse, puisque réalisé à une époque charnière des effets spéciaux. Entre effets mécaniques – le personnage d’Howard utilise d’ailleurs la première animatronique téléguidée servant à animer les expressions de son visage – et effets spéciaux numériques prototypes. Le film a cela d’intéressant qu’il marque historiquement un tournant dans l’histoire de l’entreprise ILM, largement plébiscité après le succès d’estime acquis avec la saga Star Wars (1977-1983). Si à l’époque beaucoup de spectateurs ont jugés que les effets spéciaux du film étaient très mauvais, on ne peut pas nier aujourd’hui que l’incarnation de Howard par un nain costumé et casqué d’une tête robotique – le fameux Ed Gale, qui sera sous le costume de la poupée tueuse howardduck8Chucky quelques années après – dégage une force émotionnelle et comique assez différente de celle d’une doublure numérique. Aucun despotisme dans mon propos, il ne s’agit pas de juger ce qui est bien ou mal, simplement de s’accorder sur l’idée que des émotions différentes transpirent selon que l’on utilise l’une ou l’autre des techniques. Même constat quant à l’apparition du monstre final, animé image par image à la manière de Harryhaussen, et dont la crédibilité et la présence physique sont à bien des égards plus fortes que quelques créatures numériques bas-de gamme qu’on a pu voir dans des films récents tels que Le Choc des Titans (Louis Letterier, 2009) pour n’en citer qu’un parmi des centaines.

Capture d’écran 2015-04-09 à 19.31.25La sortie ce 15 Avril de la première édition vidéo française – hors VHS – chez Elephant Films est donc l’occasion de redécouvrir ce film maudit, en grande partie raté mais non dénué d’un charme fou. L’édition propose le long-métrage dans un écrin idéal et soigné, proposé de surcroit dans un master très respectable dont nous vous conseillerons néanmoins de privilégier la version originale, pas tellement par posture intellectuelle, mais surtout parce qu’elle respecte d’avantage l’humour tout en punchline du héros que la version française tend un peu à gommer, mais que les sous-titres français, par contre, conservent plutôt bien. En bonus, on appréciera le court mais très documenté entretien avec Xavier Fournier, rédacteur en chef de Comic Box qui revient un peu sur l’historique du personnage d’Howard the Duck dans l’univers Marvel. Enfin, et surtout, les différentes featurettes de l’édition américaine réunies et réalisées en 2009, dont un making-of mettant en relation les images du tournage en 1986 et les interviews de Willard Huyck et Gloria Katz, ainsi que de certains des acteurs dont Ed Gale, Lea Thompson mais aussi l’excellent Jeffrey Jones – dont j’ai omis de mentionner l’excellente prestation en Seigneur Noir très méchant, super-vilain du film – l’occasion pour eux aussi de revenir sur l’échec cuisant du film, non sans humour. Comme souvent avec Elephant Films, cette édition est donc irréprochable et vous auriez tort de vous en passer.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre. A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu.


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