Chappie


S’il y a bien une chose qui me fait vraiment flipper au cinéma – à part les enfants démons, ce qui est assez con quand on y pense, car un enfant de base c’est démoniaque – c’est les robots, pire encore les robots intelligents suffisamment intelligents qu’ils vont finir par dominer le monde, et vu qu’on se marre bien quand le Furby fait des bêtises notre ère touche bientôt à sa fin. Du coup c’est un peu à reculons que je suis allée voir Chappie qui, contre toute attente, se trouve être l’exception qui confirme la règle.

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CHAPPIE , CHAPEAU !

Écrit et réalisé par Neill Blomkamp – auteur et réalisateur du très cool District 9 (2009) et du un peu moins cool Elysium (2013) – Chappie est l’adaptation en long-métrage d’un court métrage qu’il a réalisé en 2004, nommé Tetra Vall – clairement pompé sur Robocop (Paul Verhoeven, 1987) mais c’est pardonnable car quand on a connu le cinéma des années 80 et 90, il est difficile de s’en sortir sans en être influencé. Chappie est un droïde de combat dont le nom de baptême est Scout 22, œuvre aux côtés de policiers en chair et en os pour rétablir l’ordre sur Johannesburg. Malchanceux il est réparé plusieurs fois avant de finir à la casse. Heureusement pour lui, lui qui jusque là n’était qu’un tas de fer quasiment télécommandé, le Scout 22 se verra doté d’une intelligence artificielle par le créateur des Scouts (interprété par Dev Patel, le chanceux de Slumdog millionaire) tel la fée bleue de Pinocchio (1940) qui le dote d’une conscience avant d’être adopté par des musiciens reconvertis en gangsters j’ai nommé les membres du groupe de hip-hop dit alternatif, Die Antwoord, qui feront son éducation, comme les mauvaises fréquentations du petit pantin de bois. Cependant sa fée bleue lui interdit de faire du mal aux humains, ce qui n’est pas sans déplaire aux gangstas qui avaient d’autres plans pour le robot, qui n’aurait de toute façon pas eu le temps de se transformer en âne ou d’être avalé tout cru par une baleine et pour cause : sa batterie thumbnail_20462se vide à grande vitesse. C’est avec sa petite oreille de rechange – qui bouge comme celles de mon lapin et c’est si mignon – et des gros mots mal prononcés – et ça aussi c’est si mignon – que Chappie va devoir affronter l’ultime peur de l’ensemble des robots du cinéma : le débranchement, en cherchant un nouveau corps. Le hic ? Chappie n’est plus un simple programme mais a désormais une conscience et si il est facile d’envoyer Jiminy Cricket se faire cuire un œuf, l’âme de Chappie est coincée dans ce corps en fin de vie. Pas comme dans Lucy (2014, Cul Besson) ou finalement et ridiculement la conscience se retrouve dans une clef USB.

Évidemment comme c’était déjà pas assez compliqué il nous fallait un vrai méchant et pas juste un dealer de coke ou ces chanteurs déchus que le robot appellera papa et maman. Non il nous fallait un ancien militaire australien (Hugh Jackman) qui depuis des années, tente, sans succès, de vendre aux forces de police son encombrant robot qui nécessite d’être téléguidé par un seul homme. Autant vous dire que c’est plutôt inutile quand plus de 200 robots agissent tout seuls pour contrôler la ville mais Vincent s’en fout, lui il veut vendre son projet quitte à replonger la ville dans le chaos en désactivant les scouts et tuant au passage des âmes innocentes. Là aussi, le personnage de Hugh Jackman est une référence directe (ou un plagiat, comme vous voulez) au grand méchant de RoboCop qui dirige le même type de robots. La patronne de l’industrie Tetra – comme le court métrage originel – fabriquant les deux robots ne sait ou imagesdonner de la tête et est carrément inutile dans le film – hormis pour dire « non l’intelligence artificielle c’est pas bien, tu n’as pas le droit ! » mais comme j’aime bien Sigourney Weaver et qu’elle a trop la classe : c’est pas grave du tout.

Puis parlons de ce qui m’intéresse le plus dans ce film, la capture plus que maîtrisée de Chappie interprété par Sharlto Copley – acteur fétiche de Neil Blomkamp, qui était déjà le héros de District 9 et le méchant de Elysium – dont les mouvements anthropomorphiques sont d’une jolie justesse puisqu’en plus de sa combinaison, l’acteur portait l’attirail encombrant du robot ou encore des caleçons portés bien trop bas afin de donner à son personnage une démarche authentique de petite frappe surexcitée. Il est surtout intéressant de noter que le personnage de Chappie en performance capture puisse avoir une conscience et réfléchir à ses actes confortant son humanité alors que le gros robot de Vincent qui doit être dirigé à distance n’est pas interprété par un acteur en combinaison. Encore plus intéressant quand les deux protagonistes entourant Chappie se voient transformer à leur tour en robot, sympathique mise en abîme nous confrontant une fois de plus – après notamment Avatar de James Cameron, 2009 – au questionnement du devenir de l’acteur physique dans un cinéma numérique, puisque les protagonistes principaux deviennent des créatures – numériques – hybrides pour échapper à la mort de leurs corps physiques. A une époque où les acteurs commencent à mettre dans leur testament l’interdiction de les numériser après leurs trépas. A l’instar notamment de Louis de Funès dans le pas si mauvais Pourquoi j’ai pas mangé mon père de Jamel Debbouze (2014) qui se voit offrir un nouveau rôle de simiens ou encore lorsqu’une jeune Audrey Hepburn numérique mange des barres chocolatées, et bien d’autres. Le rapprochement conscience humaine dans corps de robot est vite fait.

Chappie est donc un joli conte futuriste pour adulte – pitié n’emmenez pas vos gosses voir ce truc, il y a des gens qui se font écrabouiller et on voit tout ! – qui soulève une seule véritable question : Pourquoi un génie de l’informatique qui crée le programme de l’intelligence artificielle a-t-il donc un poulet en plastique dans sa boîte à gants ? Hein ?

Angélique Haÿne


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et a écrit un mémoire de recherche s'intitulant "Du masque neutre au masque numérique - Le corps de l'acteur à l'ère de la capture de mouvement", et le titre en jette plus que le contenu !

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