Dynamite Jackson


Bien décidé depuis un certain temps à redorer le blason des action girls des années soixante-dix et de la fameuse – mais pas si connue que cela – Blaxploitation, l’éditeur Le Chat qui fume vient de ressortir deux pépites que nous vous chroniquons conjointement. Le premier, Dynamite Jackson (aka T.N.T Jackson en version originale) est un film de kung-fu à la sauce afro-américaine.

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Cette fille, c’est de la dynamite !

Véritable courant culturel des années 1970 aux Etats-Unis, la Blaxploitation – mot-valise qu’on emploie pour parler d’un courant très particulier du cinéma d’exploitation américain ou les acteurs noirs afro-américains étaient les héros de films particulièrement burnés – en plus de s’être vite imposé comme un genre à part entière, a largement revisité les différents genres et leurs codes : du film policier en passant par le cinéma d’horreur, sans oublier le film d’espionnage, le western, le péplum et bien sûr le film d’arts-martiaux comme c’est le cas de Dynamite Jackson (TNT Jackson, 1974) dont il est question ici. Producteur hyperactif de série b à z, depuis le milieu des années 60, Roger Corman ne s’est pas fait prier pour s’engouffrer dans le filon et produire ses propres films de blaxploitation. L’homme qui se targue d’avoir produit plusieurs centaines de films à Hollywood sans avoir jamais perdu un centime, connaissait particulièrement bien comment utiliser son argent. Pour la réalisation de Dynamite Jackson, il retrouve un réalisateur de film d’exploitations Philippins, Cirio H. Santiago, qui avait déjà à son actif quelques essais dans le genre avec des films comme Savage ! déjà produit par Corman en 1973. Écrit par un certain Dick Miller – l’un des acteurs fétiches de Joe Dante et James Cameron, deux réalisateurs nourris au biberon par Corman et son écurie – le scénario est adapté d’un roman nommé Red Harvest qui narre l’histoire d’une femme enquêtant sur la disparition de son frère en Chine.

PDVD_026En engageant son ami Philippin, Corman savait qu’il aurait la possibilité de réaliser ce scénario à moindre coût. Tourner dans le pays vous permettait d’avoir une pléiade d’acteurs asiatiques au rabais, des cascadeurs capables de tout tant que vous leur dites qu’ils pourront peut être percer à Hollywood après ça, et même les services gratuits de l’armée officielle. De sa durée – une petite heure et dix minutes, efficacité redoutable – jusqu’à son casting, le film est un pur produit d’exploitation comme savait si bien les produire la New World Picture. Lorsqu’il pense à Jeanne Belle pour incarner son héroïne – et concurrencer par la même, les deux bombes du cinéma d’exploitation noir de l’époque, à savoir Pam Grier et Tamara Dobson – celle ci était surtout connue pour avoir été la première playmate noire de l’histoire du magasine Playboy. On l’avait quand même vu faire quelques apparitions de second plan dans d’autres films de blaxploitation comme Melinda (1972) ou Black is a beautiful color (1974) ou encore dans le Mean Streets (1973) d’un certain Martin Scorsese. Quoi qu’il en soit, la choisir comme égérie de ce film de kung-fu offrait d’emblée aux spectateurs le loisir d’espérer quelques scènes dévoilant ses petits seins noirs rebondis… et comme Roger Corman n’est pas du genre à ne pas contenter le spectateur : celui-ci fut servi.

Fort aidé par sa courte durée, le film déroule son intrigue sans temps morts. L’efficacité selon le duo Corman/Santiago se résume à une équation simple, qui trouve son équilibre entre les scènes érotiques et PDVD_030les scènes de baston. Quand les deux peuvent être réunis dans la même scène : c’est encore mieux. Car si elle n’est pas une très grande karatéka, Jeanne Bell a d’autres atouts, aussi, se bat-elle régulièrement dans des tenues moulantes mettant en avant ses formes généreuses, ou même en petite culotte et seins nues. La voir botter le cul d’une tripotés de chinois, les deux nichons à l’air, force bien sur à sourire, mais le public de la blaxploitation, essentiellement masculin, venait au cinéma pour voir des héros black et de belles femmes afro-américaines à fort caractère. Et du caractère, elle en a notre Dynamite Jackson, et un vrai sens de la punchline avec ça. Après avoir mis à mal ses assaillants, la belle relève fièrement la tête et hurle une saillie mémorable « Vous vouliez manger du chocolat ? Eh bien vous êtes servis ! ».

Avec Dynamite Jackson, la blaxploitation ose botter le cul des chinois sur leur propre terrain. C’est une réelle réappropriation du genre du film de kung-fu à la sauce afro-américaine. Aucun chinois – s’il est tourné aux Philippines, l’action du film se déroule à Hong Kong – ne fait le poids face aux deux as des arts-martiaux que sont  »T.N.T » Jackson et son ennemi Charlie incarné par Stan Shaw – un professeur de karate et de jujutsu de Chicago qui aura sa petite heure de gloire de la fin des années soixante dix jusqu’à la fin des années quatre vingt, apparaissant entre autre dans Rocky (1976) ou Snake Eyes (1988). En plus de lui donner le rôle de l’ennemi et petit-ami de Diana Jackson – quelques scènes érotiques entre les deux acteurs sont… comment dire… trop courtes ? – Roger Corman eut la très bonne idée, toujours dans le but de faire des économies, de lui confier le rôle de coordinateur des cascades et combats du film. Sur de son look – sorte de Jackson Five inspiration Bruce Lee – le bonhomme s’offre un duel final mythique avec la déesse, histoire de mettre les poings sur les i, ou plutôt sur la gueule.

dynamite-jackson-DVDComme à chaque fois avec les films édités par Le Chat qui fume, difficile de bouder son plaisir. Le film est présenté dans une qualité plus que convenable – au regard de sa rareté – et une bande son originale irréprochable. La version française est quelque peu poussiéreuse mais l’éditeur a l’honnêteté de prévenir sur sa boutique en ligne. Faisant partie de la collection Action Girls – contenant déjà Attaque à mains nues, Une Femme dangereuse et The Muthers que nous vous chroniquons aussi dans un article – ce Dynamite Jones bénéficie d’un enrobage particulièrement soigné, avec une jaquette dans l’esprit de celles des films du projet Grindhouse de Tarantino/Rodriguez. Finement et richement illustrée – diverses affiches originales du film – et complétée de fausses-citations très drôles « Le film d’une génération » dixit Bertrand Tavernier, « Le 2001 du film d’action » aurait dit Stanley Kubrick, ou encore ma préféré « Enfin une femme qui en a ! » accordée à Eric Zemmour. On appréciera par ailleurs les bonus, dont un très intéressant petit reportage sur Jeanne Bell où l’on découvre comment cette jeune noire devenue première dauphine de Miss Texas, puis une célèbre playmate, devint l’une des plus grandes stars de la Blaxploitation… et accessoirement l’amante de Richard Burton. Vous l’aurez compris, cette édition bénéficie d’un très bel écrin et il serait quand même vachement dommage de s’en passer. Nigga’z.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre. A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu.

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