La Planète des Singes : L’Affrontement 1


Refroidie par l’horrible version de Burton, j’ai découvert sur le tard le nouveau reboot adapté du roman de Pierre Boulle. Je ne reviendrai pas sur le premier opus de ce qui s’est annoncé être une nouvelle trilogie. Ni sur le jeu vide de James Franco, ce qui est fort dommage car j’aurais adoré dire des immondices à son propos. Parlons plutôt de sa suite, sortie 3 ans plus tard, mais qui se déroule 10 plus tard.

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Pas trop les boules, Pierre ?

Souvenez vous, dans La planète des Singes : les Origines (Rupert Wyatt, 2011), Koba, le singe moche, blesse l’un des collègues de James Franco, qui tousse du sang sur un pilote d’avion, qui va certainement tousser à son tour du sang sur d’autre personnes et donc provoquer la fin de l’humanité avec une grippe simienne, simienne parce que c’est Koba qui a commencé le premier. La planète des singes : l’Affrontement se passe dix ans après le premier opus. Pendant tout ce temps, César a fondé un village au la-planete-des-singes-l-affrontement-photo-53456d9fe6a45cœur de la forêt de séquoias et est un chef respecté et aimé. Il a une petite femme et deux fils. L’orang-outan, Maurice, est devenu maître d’école et Koba est toujours aussi moche.

Le film débute par une épique scène de chasse où les singes sont menés silencieusement par un César bien décidé à manger de la viande au diner. Cette séquence n’est pas sans nous rappeler La guerre du feu (Jean Jacques Annaud, 1981), et ces singes ressemblent beaucoup plus à des hommes préhistoriques qu’aux singes de laboratoire qu’ils étaient dix ans auparavant. La motion capture est ici très efficace puisqu’elle permet un traitement inédit de César et de ses compagnons afin qu’ils ne ressemblent, non pas à des hommes-singes comme dans les précédentes versions, mais véritablement aux singes qu’ils sont censés êtres tout en ayant un comportement humanoïde. L’utilisation quasi constante de la langue des signes comme mode de langage permet de garder ces personnages entre deux mondes, celui des singes et celui des humains, même si, fort heureusement un des deux côtés prend parfois le dessus. D’ailleurs, si certains vétérinaires parlent d’une hérésie, argumentant que l’humain est trop présent dans l’interprétation des singes, on leur répondra, sourire en coin, qu’on a rarement vu un singe parler et construire des lances pour aller chasser du cerf sur son petit cheval.

la-planete-des-singes-l-affrontement-photo-53a3fcd6be45aLes équipes de Weta ont ici réussi l’exploit de laisser les traits des acteurs paraître sous les poils numériques et faire exploser le talent, notamment et évidemment d’Andy Serkis, qui n’est donc pas qu’un corps au service d’une technologie. La performance de Toby Kebbel en Koba est elle aussi remarquable. Pour le reste, la palette des personnages n’est malheureusement pas assez nuancée. D’un côté nous avons les gentils, plutôt agréables à regarder et de l’autre les méchants qui sont moches. Seul le fils de César montre un caractère changeant en ayant le rôle, relativement cliché, du fils cherchant à plaire puis à « tuer le père » pour se forger sa propre identité (et de ce point de vue-là, jamais rien n’égalera Pusher 2, du sang sur les mains, Nicolas Winding Refn, 2004). Du côté des acteurs qui n’ont pas la chance d’être en motion capture, rien à dire sur Jason Clarke, qui incarne une sorte d’ersatz du personnage campé par James Franco mais qui s’en sort beaucoup mieux que ce dernier d’un point de vue du jeu (et aussi d’un point de vue de la grippe simienne puisqu’il a des gênes qui l’immunise, quelle chance !), jolie performance de Kodi Smit-McPhee qu’il ne serait pas déplaisant de revoir par la suite. En revanche, grosse déception pour Gary Oldman dont l’interprétation est plus que moyenne pour un personnage totalement inconsistant.

la-planete-des-singes-l-affrontement-photo-536ca28510086La mise en scène est plus audacieuse que le premier, dont la seule véritable bonne idée se résumait à la bataille entre hommes et singes sur le pont de San Francisco. Ici Matt Reeves fait parfois preuve d’ingéniosité et sait visiblement où et quand poser la caméra. Je pense notamment à cette scène d’assaut, en plan séquence, où Koba saute sur un tank en action, tue les passagers à bord puis en prend le contrôle histoire de bien achever les survivants et de pénétrer dans le fort. Tout en silence. Le réalisateur sait aussi manipuler le spectateur en décidant de ne presque pas montrer la violence émanant des singes. Celle ci, à part deux assauts de Koba parce qu’il est très méchant, est toujours montrée en hors champ – nous ne voyons jamais les singes tuer des humains – alors, qu’au contraire, des singes tués par des hommes sont montrés à foison. Est ce une façon de montrer que les humains sont les méchants et les singes les gentils ? Ou est un moyen de contourner des interdictions empêchant le film d’être tout public ?

Scénaristiquement, c’est là que tout pêche. Déjà le fait que La planète des singes (je ne reviendrai pas sur la traduction foireuse du titre français) ferait mieux d’être renommée La Forêt de Séquoias des singes ou, au pire, Le San Francisco des singes, même s’ils sont plus que 80, ils sont quand même relativement moins nombreux que les humains survivants qui, eux, ont des bombes. Il y a des ficelles bien visibles de facilités scénaristiques, notamment cette station essence au milieu de ladite forêt, avec aucune route aux alentours. Il paraît que c’est écrit dans le livre Écrire un scénario pour les nuls : quand ça commence a devenir ennuyeux, placez une station essence et faites graviter les personnages autour, avec de la musique pour accompagner le tout. Alors que voir les lumières de San Francisco, de nouveau desservie par l’électricité, depuis la maison de César était amplement suffisant. Sans compter certaines improvisations de Jason Clarke qui, visiblement, a l’habitude de frauder le métro en sautant au dessus d’un portillon… inexistant. C’est pour donner de l’action ! Même si toutefois certaines trouvailles sont bonnes – le petit bruit rassurant de l’Ipad rechargé qui annonce le retour à la civilisation moderne – mais mal exploités – ah ben non c’est pour nous montrer des 099648.jpg-c_640_360_x-f_jpg-q_x-xxyxxphotos d’enfants morts de la grippe.

Le problème de ce film est qu’il est tout simplement inégal et, de ce fait, un peu trop long – plus de deux heures. En vrai, on s’en fiche pas mal des humains et de leur camp de survie et on préfère être avec César et les siens. Les scènes épiques ne concernent que les singes et les humains sont plutôt mous du genou. Vivement le troisième que César leur botte les fesses et qu’ils prennent le contrôle de la Terre histoire de ne pas être trop arnaqués sur le titre.

Angélique Haÿne


A propos Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie et a écrit un mémoire de recherche s'intitulant "Du masque neutre au masque numérique - Le corps de l'acteur à l'ère de la capture de mouvement", et le titre en jette plus que le contenu !


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