Edge of Tomorrow


Après s’être affirmé comme le grand pape de l’actioner américain, puis comme le grand prêtre de la scientologie, Tom Cruise semble s’évertuer à ajouter un nouveau titre sur son blason : celui de grand inquisiteur de la science-fiction. Après l’étonnant mais inégal Oblivion sorti l’an dernier, il revient au genre avec ce Edge of Tomorrow, dont il y a beaucoup à dire.

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Il faut sauver le soldat Cruise

De tous les faiseurs Hollywoodiens, Doug Liman fait partie de ceux qui, de film en film, ont le plus navigué de genre en genre. De la comédie avec Swingers (1996) ou Mr. and Mrs. Smith (2005) au polar Go (1999) en passant par le gros film d’action La Mémoire dans la Peau (2001) ou le fantastique – déjà mâtiné d’un brin de science-fiction – avec le plus que moyen Jumper (2008). Il peut même se vanter d’avoir été sélectionné en compétition à Cannes avec le film d’espionnage politique Fair Game (2010) porté par le duo Sean Penn et Naomi Watts. Avec Edge of Tomorrow, le réalisateur s’attaque donc pour la première fois de sa carrière pleinement à la science-fiction et signe un film de studio particulièrement léché bien que non exempt de défauts. Adapté d’un roman japonais à succès – devenu par la suite manga à succès –, Edge of Tomorrow raconte l’histoire du commandant William Cage (Tom Cruise) qui, comme beaucoup d’autres gradés de l’armée est un sacré planqué, n’ayant jamais déambulé son petit cul Film-Review-Edge-of-Tomorrow-1entre les effusions de balles d’un champ de bataille. Le fameux Cage est brutalement envoyé, sans explication aucune, dans une mission-suicide sur le terrain – nul ne sait si c’est le karma, où seulement une facilité scénaristique. L’enjeu de la mission ? Stopper l’invasion en Europe d’une horde d’extraterrestres particulièrement redoutables, les mimics. Parachuté sur les plages françaises dans une exo-armure dont il n’a jamais lu le mode d’emploi, le soldat Cruise va très vite subir les affronts des monstres et périr… avant de se réveiller. Il comprendra vite qu’il est en fait prisonnier d’une boucle temporelle, le condamnant à revivre le même combat et à mourir à chaque fois. A moins de s’entraîner et de trouver le moyen d’aller au bout de la mission.

Avant la première boucle spatio-temporelle, on s’étonne de constater que le début du film propose un spectacle absolument détonant. Malgré l’exposition un poil laborieuse, le très long premier combat sur la plage mêle la puissance visuelle et dramatique du débarquement du film Il faut sauver le soldat Ryan (1998) de Steven Spielberg – qu’il cite ouvertement – tout en rappelant – par ses monstres arachnoïdes notamment – quelques aspects de Starship Troopers (Paul Verhoeven, 1997). Mais lorsque le soldat Cruise périt une première fois, et se réveille comme si tout cela n’était qu’un cauchemar, exactement là où nous l’avions découvert au début du film, on ne peut pas cacher notre stupeur et un zeste d’agacement : « Bordel ! Tout cela n’était qu’un rêve ? edge-of-tomorrowC’était pourtant tellement bien ! ». Très vite, les pièces qui nous manquaient pour reconstituer le puzzle prennent place, assez laborieusement il faut bien le dire. En effet, pour nous faire accepter le concept de boucle temporelle, le scénariste doit nécessairement passer par une phase très pénible de répétition des actions, pour que le spectateur accepte et comprenne la mécanique du film. La mécanique, c’est en fait celle d’un jeu vidéo. De ceux où chaque dessein funeste nous ramène au dernier point de sauvegarde. On s’amuse donc à voir le héros apprendre de ses erreurs – il se souvient des précédents essais – et s’entraîner en prévision du prochain affrontement pour essayer d’aller un peu plus loin.

Dans le rôle du coach en charge de transformer ce planqué de commandant en soldat d’élite, on retrouve Emily Blunt, dans un contre-emploi total, jouant la meilleure guerrière de la troupe, maniant l’épée sur le champ de bataille avec une rage féroce, ayant été surnommée par les autres soldats « l‘Ange de Verdun » pour avoir brillé de son talent de destroyeuse de mimics dans ce remake 2.0 de la plus grande bataille de la Première Guerre Mondiale. Ce qui la raccroche, au commandant William Cage mais aussi à notre intrigue, c’est que la XXX EOT-TRL2-01925R.JPG D ENTbelle, lors de la précédente campagne – celle de Verdun donc, vous suivez – avait elle aussi bénéficié du même pouvoir de revivre indéfiniment la journée. Même si elle l’a désormais perdu – vous découvrirez le pourquoi du comment en voyant le film – elle en garde le souvenir, et devient donc la conseillère personnelle de l’ami Cruise pour réussir cette nouvelle mission sur les plages normandes. Très vite, l’aspect répétitif un peu lourdingue est abandonné au profit d’un rythme effréné, où le spectateur, comme le héros, attend d’aller plus loin dans la mission jusqu’à tomber sur un roc ou une épreuve insurmontable qui le fera redémarrer à zéro. Légèrement poussif de prime-abord, le concept prend donc rapidement un aspect ludique et excitant, et l’intrigue se tisse finalement avec une grande habilité. On regrettera néanmoins l’histoire d’amour un poil trop sirupeuse, et un poil trop impossible, entre les deux protagonistes, qui cassent à trop d’occasion l’envolée dramatique et furieuse du film.

Malgré des débuts poussifs, Edge of Tomorrow s’impose donc progressivement comme un film malin, particulièrement efficace, qui finit par tirer une certaine force de son dispositif scénaristique simple mêlé aux multiples références populaires et historiques.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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