Goal of the Dead


Vous qui êtes plus cinéphiles que footeux (j’espère que je ne suis pas seul), vous en avez rêvé aussi, hein, de voir une invasion de zombies pendant un match. Imagine, un bon petit Honduras-Bosnie sous la chaleur du Maracanã, et bam ! Une horde de morts-vivants prêts à te dévisser ta gueule, genre les ultras de Naples multipliés par un million. C’est ce que se sont amusés à imaginer Benjamin Rocher et Thierry Poiraud dans le sympathique Goal of the Dead, zombie flick à la française qui te la zlatane bien profond dans les filets.

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Po-po-po-po-po-po-pooooooooooo

Peut-être que toi qui lis cet article, tu le parcours du regard après avoir regardé le débrief des matches d’hier sur BeIn Sports, allongé sur ton canapé avec une Pils achetée à la dernière minute au Lidl parce que ton frigo manquait considérablement de houblon. Et si tu n’es pas dans ce cas, sache que c’est comme ça que je suis en train d’écrire ces lignes. Bref, le Mondial a commencé, le monde entier s’intéresse au Brésil – enfin, surtout à ses stades –, les drapeaux fleurissent sur les rebords des fenêtres de ta ville et Shakira a recommencé à chanter des conneries pendant que son mec s’est fait gameller 5 buts à 1 par les onze seuls néerlandais qui ne font pas de vélo. Et ce qui est fort avec la Coupe du Monde, c’est que tu NE PEUX PAS Y ÉCHAPPER, même quand tu n’aimes pas le foot. Quoi que tu fasses, tu seras exposé à ça et tu n’y peux rien. Alors toi aussi, adapte ça à ta passion pourgoalofthedead2 le cinéma et regarde Goal of the Dead.

Oui, parce qu’au final, on est quand même là pour parler ciné, pas pour se prendre pour l’équipe du dimanche – pas celle de Canal, hein, je parlais de l’équipe qui se réunit le dimanche au PMU du coin pour philosopher (comprendre : parier en ligne) sur le score des Bleus contre la Suisse. Mais le film en question, c’est Goal of the Dead, un film qui allie horreur et football dans un long métrage en deux parties (enfin, deux « mi-temps », comme annoncé dans les titres). L’histoire, en quelques mots, c’est celle d’un match entre l’Olympique de Paris – avatar du PSG – et Caplongue (parfois orthographiée Capelongue, minuscule équipe qui peut évoquer Quevilly ou n’importe quelle petite équipe qui a déjà porté ses couilles face aux gros clubs français), le dernier de la saison ; ce qui ne devait être qu’une formalité pour les parisiens va se révéler être bien plus difficile que prévu, parce que Jeannot Belvaux, numéro 10 dans la team caplonguaise, est devenu un monstre ignoble après avoir été contaminé par une saloperie toxique qui lui fait vomir une substance blanche, transformant ainsi tous ceux qui la touchent en zombies. Sam Lorit (Alban Lenoir, qui n’a rien à voir avec le personnage interprété par Jonathan Pryce dans Brazil), star déchue de l’Olympique de Paris au profit du jeune prodige Idriss Diago (Ahmed Sylla), est né et a grandi à Caplongue et fut le meilleur ami de Belvaux : autant dire que cette rencontre sera indéniablement celle de sa vie.

On en a entendu parler pendant des mois et des mois de ce film qui a fait le tour de la France (mais pas forcément des festivals, on goalofthedead3l’aurait bien vu à Gérardmer), qui a eu énormément de bons retours mais qui est quand même… un film d’horreur français. Ce qui est vraiment déplorable pour notre cinéma de genre, c’est que les œuvres vraiment réussies sont aussi les plus auteuristes (Gaspar Noé, Pascal Laugier), laissant le cinéma de genre le plus populaire et le plus divertissant – qui est censé être son noyau – s’enfoncer dans les méandres de la connerie la plus profonde. C’est de temps en temps qu’on a un film qui sort un peu du lot, sans jamais toutefois s’affirmer pleinement ; Goal of the Dead est de ces films-là, qui tire ses inégalités du fait qu’il soit scindé en deux parties, et que chacune d’entre elles soit réalisée par un cinéaste différent : la première est signée Benjamin Rocher – coréal’ de La Horde avec Yannick Dahan (et Yannick Dahan qui réalise un film, c’est un peu comme Christian Jeanpierre qui joue au foot, c’est plein de bonnes intentions mais c’est une idée conne comme la lune) – alors que c’est Thierry Poiraud, frère de Didier Poiraud avec qui il a écrit et réalisé le curieux mais totalement oublié Atomik Circus en 2004.

Les sous-titres « première » et « deuxième mi-temps » sont assez trompeurs, puisqu’au lieu de nous proposer un match de foot en temps réel, on devine qu’il s’agit plus d’une simple blague qui permettait par la même occasion de ne pas proposer le film comme un seul et unique long métrage de deux heures et quart. Le problème, c’est que la première partie se contente juste (ou presque) d’installer l’action, et se permettre une heure entière rien que pour ça, c’est clairement trop, beaucoup trop, d’autant que tout estgoalofthedead4 résumé de manière efficace et drôle au début de la seconde partie en cinq minutes chrono. Alors certes, on ne s’ennuie peut-être pas et l’on a droit à quelques amusantes répliques et situations, mais le scénario s’attarde sur trop de futilités qui auraient pu être rapidement expédiées avec autant d’efficience et qui auraient pu raccourcir la durée totale du film à 1h45. La seconde partie, en revanche, est bien plus dynamique et plaisante, d’abord parce qu’elle se fait un plaisir à verser dans le gore plutôt réussi, mais aussi parce qu’on vient de se taper pas loin d’une heure d’exposition. Côté technique aussi, Thierry Poiraud essaie plus de choses que la réal’ plan-plan de Benjamin Rocher, dont les quelques touches d’originalité ont été tellement vues et revues dans ce type de films qu’elles ne surprennent plus personne. Ainsi, l’on a droit à un sympathique générique de début qui adopte le style « souvenir d’époque filmé en Super 8 », et tout au long du film, une attention spéciale réservée aux plans rapprochés, meilleurs amis des effets gore, ainsi qu’aux ralentis qui mettent en valeur les effets visuels du studio BUF.

Si la seconde partie ne souffre pas de problèmes de rythme, elle trouve son majeur point faible dans une fin un peu téléphonée et qui, du coup, ne satisfait pas pleinement, mais aussi dans le fait que le mariage du foot et des morts-vivants n’est pas assez exploité alors qu’il aurait pu donner quelque chose de totalement délirant. C’est bien dommage, car cette seconde heure s’est révélée être goalofthedead5très fun et beaucoup plus drôle que la première, notamment grâce à sa galerie de seconds rôles : les trois cas sociaux supporters de Caplongue, le flic interprété par le toujours très drôle Renaud Rutten, l’entraîneur de Paris (Patrick Ligardes) très fidèle aux nobles principes du sport, l’ennemi juré de celui-ci (Bruno Salomone) qui est l’agent d’Idriss et qui ne pense qu’à s’en foutre plein les poches… Pendant que les acteurs principaux (Alban Lenoir, Ahmed Sylla, Tiphaine Daviot et Charlie Bruneau) font le boulot avec suffisamment de conviction pour que le spectateur s’y intéresse. Quoi qu’il en soit, et malgré son statut de zombie flick qui n’exploite pas assez ses points forts, Goal of the Dead redonne un peu d’espoir dans le cinéma d’horreur français, d’abord par son exploitation originale, du fait qu’il crée l’événement en période de Mondial et qu’il ne compte pas particulièrement sur une sortie en salles, mais aussi parce qu’on peut se réconforter et ne pas avoir à se taper les matches commentés par le trio de la mort sur TF1 en regardant cette plaisante petite comédie horrifique sans grande prétention en la voyant comme une (malheureusement très maigre) lueur d’espoir dans le cinéma de genre français – car pour un Goal of the Dead, combien de Frontière(s), combien de Mutants, combien de La Horde, combien d’Echap (il fallait bien que j’en reparle) ? Sur ce je vous laisse, j’ai un France-Brésil à assurer. Sur FIFA.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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