Le Hobbit : La Désolation de Smaug 1


Après un premier épisode d’exposition quelque peu décevant, Peter Jackson revient un an après avec la suite de cette quête de la compagnie de Thorin Écu-de-Chêne, et accompagne Bilbo dans un rythme effréné, jusqu’au trésor détenu par le puissant Smaug.

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Tout feu, tout flamme.

Le premier épisode de cette nouvelle saga adaptée des écrits de Tolkien, Le Hobbit : un voyage inattendu (2012) ne nous avait pas totalement emballés malgré le plaisir certain de retrouver la Terre du milieu, ses personnages et créatures, ses combats et paysages. Le premier volet souffrait, comme jadis La Communauté de L’anneau (2001), de vouloir exposer les bases d’un monde pendant presque trois heures en éparpillant dans le récit quelques péripéties que Peter Jackson parvenait néanmoins à transformer en moments épiques d’anthologie. L’attente des fans étaient donc d’autant plus forte pour ce deuxième volet, Le Hobbit : La Désolation de Smaug, puisque cette suite devait rassurer les inquiets du premier opus, et survivre à la comparaison avec le deuxième épisode de The-Hobbit-The-Desolation-of-Smaug-Dwarvesla saga du Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours (2002) unanimement considéré comme le meilleur de la première trilogie. Pour réussir, dans ce deuxième volet, Peter Jackson a entre les mains une pléiade de nouveaux personnages et nouveaux peuples à faire découvrir, et bien sûr, le grand Dragon Smaug que tout le monde attendait de découvrir enfin.

Mais dès les premières minutes, l’inquiétude grandit, les péripéties du premier volet continuent de s’amonceler. Le passage chez les aigles a été coupé, mais celui chez Beorn, si peu développé, apparaît comme une séquence de version longue sans grand intérêt qu’on aurait laissé dans la version cinéma. Au final, le changeur de forme, tantôt homme hirsute, tantôt ours monstrueux, ne sert dans l’intrigue qu’à fournir à nos amis nains des poneys qu’ils ne garderont pas plus de trois minutes… La séquence face aux araignées, davantage inspirée, traîne d’abord en longueur et en maladresse – la mise en scène de Jackson est très didactique pour nous faire comprendre, par des dizaines de fondus enchaînés, que la forêt est tortueuse et que les compagnons de route s’y perdent. C’est dès que les bestioles – admirablement exécutées par les équipes de Weta Digital, et admirablement exécutées aussi par Bilbo et ses amis nains – débarquent que le film prend enfin son envol. A partir de ce moment, et dès l’arrivée des elfes sylvains Hobbit-Desolation-of-Smaugcommandés par Legolas (Orlando Bloom) et Tauriel (Evangeline Lilly), le film gardera un rythme implacable, moins plan-plan parce qu’il conjugue dès lors deux composantes de ce que sait faire le mieux Peter Jackson : nous faire découvrir de nouveaux personnages et nouveaux mondes, et filmer les scènes de batailles avec une inventivité incroyable.

La première grande découverte et grande réussite du film réside donc dans le royaume des elfes de la forêt. On connaissait les majestueux elfes, tout de blanc vêtus, aura lumineuse et sagesse antique, voici leur version tourmentée. Les elfes de la forêt noire sont plus avides, plus individualistes et opportunistes, et ne s’intéressent qu’à la sureté de leur royaume, dédaignant le sort reservé à leurs voisins. Leur Roi Thandruil est à l’image même de son peuple et de son royaume : terrifiant et beau à la fois, hautain, fier et tourmenté. Même si le trio amoureux maladroitement mis en place entre Legolas, sa belle Tauriel, et le jeune nain beau-gosse Kili agace parfois, c’est dans ce long passage chez les elfes que le film trouve son apogée. La fameuse scène des tonneaux, déjà culte dans le livre, prend par l’inventivité de la mise en scène de Peter Jackson une toute autre dimension. La très bonne idée d’en faire une confrontation tripartite donne à la séquence un souffle incroyable, en faisant l’une des meilleures séquences de bataille des deux sagas réunies. On s’amuse aussi de voir Peter Jackson revenir à une certaine désinvolture, usant de l’humour de ses débuts, de Bad Taste (1987) à Braindead (1992), prenant un malin plaisir à mettre en scène ses jeux de massacres ultraLe-Hobbit-La-Desolation-de-Smaug_portrait_w858 chorégraphiés et inventifs. Tout au long du film, les têtes tombent, les flèches de Legolas tuent à foison, et les orques meurent toujours d’une manière différente, une avalanche de gags plus ou moins gores que le Peter Jackson de la Trilogie de l’Anneau ne se permettait pas encore à Hollywood. Cette fois, on sent l’homme décomplexé et rigolard, et pour tous les amateurs de son cinéma d’hier, c’est un pur régal.

Puisque je parlais de sa faculté incroyable à dessiner et faire comprendre au spectateur, en l’espace de quelques séquences, toute l’organisation d’un lieu et d’une civilisation que l’on découvre pour la première fois, l’autre réussite de ce point de vue est bien sûr la cité de Lacville et ses habitants. De la même manière que l’on découvrait le Rohan et son contexte politique et social dans Les Deux Tours (2002), on découvre cette fois très efficacement comment cette ville de marchands située sur un lac s’organise autour de son port. Et comment le maire et son conseiller Alfrid – magnifique duo comique entre Stephen Fry et Ryan Cage – font régner la Le-Hobbit-la-Desolation-de-Smaug-Photo-Bilbon-01corruption au sein de cette ville dont le petit peuple n’attend qu’une ultime étincelle pour lancer la révolte. En développant l’intrigue autour de Lacville, le réalisateur peut donner davantage de contenance à l’un des nouveaux héros, le jeune Bard (Luke Evans), dont l’évolution tout au long de l’intrigue – d’allié de poids à ennemi de taille – est un apport non négligeable pour la narration.

Enfin, bien sûr, le film se clôture sur la découverte et l’affrontement colossal avec le dragon Smaug, véritable défi technologique et artistique pour les équipes de Weta, et qui surprend par la puissance d’incarnation de Benedict Cumberbatch qui lui a donné sa voix rauque et suave à la fois, et les expressions de son visage reptilien par le procédé de motion capture. Le rendu est saisissant, et la créature magnifique. L’affrontement final avec les nains, largement étiré par comparaison au bouquin, est un autre sommet dramatique qui clôture le film dans un grand élan épique. Lorsque le générique arrive, on est forcé de constater que nous venons d’assister à un film largement supérieur à son prédécesseur, mais qu’il s’agit bel et bien, toujours, d’un épisode d’exposition s’inscrivant dans l’élan dément mis en place par Peter Jackson pour faire du troisième et dernier film, un sommet. Tout reste à faire. Gandalf est dans de beaux draps – les quelques séquences expliquant ses absences de la compagnie sont réussies – et les nains ont réveillé le dragon qui menace de détruire Lacville. Oui, Tout reste à faire. Pour s’en convaincre, il suffit de compter le nombre de grands adversaires qu’il reste à éliminer : les orques Bolg et Azog, le dragon Smaug et le nécromancien Sauron. Tous seront là dans le dernier volet, et rien que cette idée… ça donne déjà envie d’être l’année prochaine.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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