Conjuring : les dossiers Warren 2


Trois ans après Insidious, James Wan remet le couvert avec la même équipe et le même acteur principal pour The Conjuring, qui relate l’histoire vraie de l’affaire Perron, une histoire de maison hantée qui a eu lieu au début des années ’70 et qui a été résolue par le couple de chasseurs de paranormal Ed et Lorraine Warren.

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In the room where you sleep

James Wan semble s’être trouvé un sujet de prédilection : les maisons hantées et le paranormal. Si Dead Silence laissait entrevoir un certain intérêt pour ces histoires hors du commun, Insidious a dû se poser comme une révélation, lui qui aime si bien provoquer la peur en filmant les espaces fermés. Avec sa bande-annonce, le visuel de son affiche et sa tagline « Par le réalisateur de Saw et Insidious », tout portait à croire que The Conjuring était le nouveau film des studios Blumhouse, et pourtant, il s’agit là d’un film de commande pour Warner, ce qui en fait le second long qu’il réalise pour une major, après… Dead Silence, justement (pour Universal, en 2007). Ils ont bien compris le système, chez Warner : on donne un budget digne d’une major (13 millions) et on fait tout pour que le produit fini ressemble à un film qui en a coûté dix fois moins (Insidious a coûté un million et demi).

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The Conjuring, c’est l’histoire vraie d’Ed et Lorraine Warren, les Mulder et Scully de la vraie vie : originaire du Connecticut, le couple de « chasseurs de fantômes » (lui, un ex-Marine devenu démonologiste et elle, une médium) aurait enquêté sur près de 10 000 cas paranormaux en plus de 50 ans de carrière, parmi lesquels le plus célèbre : l’affaire d’Amityville. Le film de James Wan s’intéresse à l’une de leurs affaires les plus controversées : l’histoire de la famille Perron, dont la maison d’Harrisville, Rhode Island, semblait être hantée par un esprit malveillant.

Difficile pour The Conjuring de ne pas souffrir de sa ressemblance avec Insidious, pour un sujet et une équipe sensiblement identiques. Si Patrick Wilson était la victime dans le précédent film de James Wan, il est cette fois-ci le chasseur de démons Ed Warren ; le couple qu’il forme avec Vera Farmiga fonctionne très bien, un peu sur le modèle du célèbre duo de The X-Files, et Wan s’intéresse suffisamment à leur relation par les deux points de vue, professionnel et amoureux, pour rendre le lien entre ces deux personnages fascinant. Et si The Conjuring ne fera pas oublier la réussite épatante qu’était Insidious, il s’éloigne néanmoins de celui-ci en étant moins fantasque, plus réaliste : Insidious était un hommage aux films à la Poltergeist, celui-ci puise son inspiration dix ans plus tôt, alors que le film se passe justement en 1971, période-charnière dans l’histoire du cinéma d’horreur puisqu’elle correspond pratiquement à la sortie du film de William Friedkin qui révolutionna le genre pour toujours (1973). La dernière demi-heure fait beaucoup plus explicitement référence à ce film, à travers un exorcisme improvisé qui, s’il constitue un final légèrement décevant par rapport à la montée en puissance de l’angoisse pendant tout le reste du film, n’en est pas moins intéressant dans sa construction.

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James Wan, après tout, est un excellent filmeur, il l’a toujours prouvé. Sa spécialité étant les espaces confinés, les huis-clos, il est tout naturel qu’il continue son œuvre en s’intéressant de plus près aux maisons hantées et aux esprits frappeurs ; The Conjuring illustre encore une fois merveilleusement bien le talent du jeune cinéaste : travellings aériens, mouvements de caméra acrobatiques, plans-séquences… Les cadrages sont parfois tellement alambiqués que la question qui se pose n’est plus : « Où placer la caméra », mais « Comment placer la caméra ? », mais Wan a déjà tout cela en tête, il connaît très bien son métier et il n’y a rien à redire là-dessus : il sait faire vivre la maison. Il ne possède peut-être pas vraiment de marque de fabrique, ni de style à proprement parler, ses plans sont bourrés de références dans les mouvements ou les cadrages (on reconnaît l’influence d’Hitchcock, Robert Wise, William Friedkin), et ne ressemblent pourtant en rien à ces inspirations, ce qui fait certainement de lui un réalisateur un peu à part dans le monde de l’horreur, chose aujourd’hui très rare, voire inexistante.

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Mais mieux encore que tout cela, The Conjuring est un film qui installe une ambiance digne des 70s, et ce dès les premières minutes, sur la musique de Dead Man’s Bones (que les amateurs de folk ou les amoureuses de Ryan Gosling reconnaîtront), qui accompagne le plan-séquence du déménagement de la famille Perron. Puis, plus tard, l’inquiétude et l’angoisse jouent uniquement sur des effets très classiques, qui faisaient l’apanage de tous les films d’horreur des années ’70 ; preuve une fois de plus du talent de James Wan, ces effets « classiques » (la porte qui claque, le chien qui a peur, les esprits qui se cachent derrière les personnages…), très souvent réutilisés depuis jusqu’à ce qu’ils finissent par devenir ringards, ne fonctionnent pas plus aujourd’hui mais font l’objet d’un parti pris de mise en scène qui tend à les rendre plus surprenants, comme le cinéaste le faisait déjà avec Insidious (bien que ce dernier fût bien plus flippant). Et, bien sûr, le film ne serait rien sans l’interprétation excellente de chaque acteur et actrice du casting, mention spéciale aux cinq jeunes filles, qui livrent toutes un jeu impressionnant. On imagine maintenant que James Wan, après la sortie d’Insidious 2, commencera à plancher sur l’adaptation d’une autre affaire des « dossiers Warren »… ?


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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