The Lords of Salem 3


On ne va pas se mentir : The Lords of Salem est l’un des films d’horreur les plus attendus de l’année, sinon le plus attendu. Mais en France, le nouveau long métrage de Rob Zombie risque d’être également une grosse déception pour les fans (dont nous faisons partie, ici), puisque Seven Sept vient d’annoncer qu’ils s’occuperaient de distribuer le film… mais uniquement en vidéo, et il sortira en octobre. Cela fait donc de Rob Zombie l’un des cinéastes les plus snobés des salles françaises, puisque sur six longs métrages, seulement deux ont été projetés dans nos cinémas, trois ont seulement profité d’une sortie vidéo, et un n’a tout simplement jamais vu le jour. Mais qu’en est-il donc de The Lords of Salem ?

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Master of Horror

Après un remake d’Halloween et sa suite, qui ont valu à Rob Zombie deux expériences pleines de difficultés, le musicien et cinéaste s’est vu offrir carte blanche sur son nouveau projet, inspiré du procès des sorcières de Salem, produit par Jason Blum, Steven Schneider et Oren Peli. Quoi de mieux pour un réalisateur de pouvoir faire le film de son choix comme il l’entend, de A à Z, surtout lorsqu’il s’agit de quelqu’un qui aime l’expérimentation visuelle ? Avec The Lords of Salem (un sujet qui passionne Rob Zombie depuis toujours, puisqu’il a grandi à Haverhill, à une trentaine de kilomètres de la susdite ville), il livre un film à la fois personnel, expérimental et empreint – comme d’habitude – de références visuelles très éloquentes.

L’héroïne du film, c’est Heidi Laroc (aucun lien avec Michèle), interprétée par la toujours aussi belle Sheri Moon Zombie, DJ dans une émission de radio à Salem, Massachussetts, qu’elle co-anime avec Herman Salvador (Jeff Daniel Philips) et Herman Jackson (Ken Foree). Lorsqu’elle passe le disque des Lords, un mystérieux groupe de la ville, les sons réveillent les sorcières brûlées en 1696, qui avaient promis de revenir se venger…

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Ce qu’il est intéressant de voir dans The Lords of Salem, c’est la perception, à travers nos frontières, d’un film qui n’a pas tellement su convaincre son public au-delà de l’Atlantique. Il suffit d’aller faire un tour sur les forums ou les réseaux sociaux, pour voir que nous sommes loin d’être les seuls déçus de la non-distribution en salles du long métrage ; cela confère presque à Rob Zombie un statut d’auteur maudit, et le film dont nous traitons dans ces lignes est sans nul doute ce qu’était La porte du paradis à Michael Cimino à l’époque : une très grande œuvre qui prouve que le public n’est pas forcément prêt à voir ce dont est capable un auteur lorsqu’on lui donne une liberté artistique totale. Nous terminons le visionnage de The Lords of Salem un peu déconcertés par ce que l’on vient de voir, mais totalement émerveillés de la virtuosité dont fait preuve Rob Zombie dans sa réalisation.

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Ce sixième film, infiniment plus que les cinq précédents, témoigne d’un amour sans aucune limite de son auteur pour le cinéma : si l’on y trouve des références explicites à Méliès et à Charles Laughton, qui apparaît dans un écran de télévision (et qui a réalisé l’œuvre maudite par excellence, La nuit du chasseur), The Lords of Salem a également en lui un peu de Ken Russell, d’Argento, de Polanski, de Jodorowsky et, à certains égards, une pincée de Kubrick. Il est inutile de répéter encore une fois que tout cela, filmé à la sauce Rob Zombie, est le grand délice visuel et psychédélique de l’année, ex-aequo avec le british Berberian Sound Studio. La jaquette du DVD britannique sorti il y a quelques jours rappelle déjà les affiches de L’emmurée vivante de Fulci et Inferno. En parlant d’Inferno, justement, Rob Zombie peut se targuer d’avoir livré avec The Lords of Salem le meilleur film de sorcières depuis le chef-d’œuvre d’Argento, il y a trente-trois ans déjà.

Là où le réalisateur fait preuve de génie (c’était déjà le cas auparavant, mais c’est flagrant ici), c’est qu’il ne se limite pas à citer des références, comme le fait de plus en plus fréquemment Tarantino (eh oui, ce n’est pas une surprise si ses films sont de moins en moins bons), il sait aussi les mettre en scène avec brio. Dès la séquence d’intro, qui nous emmène au XVIIe siècle, le film porte en lui cette agressivité lyrique propre aux grands films gothiques, et au fil des cent minutes du long métrage, Rob Zombie ne cessera de creuser dans cette veine. Ne vous attendez donc pas à de l’hémoglobine à tire-larigot car il n’y en aura pas, ici c’est le poids du visuel qui prime, à travers une expérience psychédélique très réussie, portée au début par Venus In Furs et dans un majestueux plan final de Sheri Moon plein de sens, par All Tomorrow’s Parties, deux morceaux qui apparaissent sur l’inégalable The Velvet Underground & Nico, du groupe éponyme. La puissance de ce dernier plan est telle qu’elle risque de changer à tout jamais votre perception du morceau du Velvet.

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La seule chose regrettable est que le film est parfois (mais rarement) un peu bavard ; il aurait été parfait s’il avait été écourté de cinq petites minutes, épargnant les séquences de couple de Bruce Davison et Maria Conchita Alonso, légèrement inutiles. Seul bémol dans une œuvre qui aurait pu être parfaite. Sheri Moon y est tout en retenue, et c’est même l’occasion de retrouver Judy Geeson (Sandy dans le culte Inseminoid), Patricia Quinn (l’inimitable Magenta du Rocky Horror Picture Show) et Dee Wallace, qui a déjà joué récemment pour Rob Zombie, qui surpassent de loin Michelle Pfeiffer, Cher et Susan Sarandon dans Les sorcières d’Eastwick. D’autres acteurs cultes du cinéma d’horreur et/ou habitués des films de Rob Zombie figurent aussi au casting, dont Sid Haig, Michael Berryman ou Ken Foree : la cerise sur un gâteau déjà bien garni. Une très grande œuvre, dont on ne pourra malheureusement pas profiter sur grand écran, et c’est bien dommage, d’une part parce que Rob Zombie continue d’être injustement snobé chez nous, et d’autre part parce que le film est tellement beau qu’il mérite bien mieux qu’une simple (et tardive) exploitation vidéo. A près de cinquante ans, le Zombie le plus talentueux du cinéma prouve qu’il a encore beaucoup à montrer, et son fantastique dernier album, Venomous Rat Regeneration Vendor, sorti à quatre jours d’intervalle avec The Lords of Salem, ne fait que le confirmer un peu plus…


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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