Evil Dead 1


Groovy ! Ce sera le maître mot, je crois, pour définir ce remake du premier long métrage culte de Sam Raimi qui, après une bande-annonce qui donnait envie autant qu’elle faisait planer le doute quant à la qualité du film, ne laissera certainement personne indifférent.

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Ash is to ashes…

Et de deux ! Oui, sur les trois remakes de films d’horreur dont la sortie était fixée cette année, deux sont sortis : le premier était le surprenant et très bon Maniac, qui se distançait clairement de l’horror flick à l’image crade réalisé par William Lustig en 1980, le second ce remake d’Evil Dead, le premier film de Sam Raimi, que je ne vous ferai pas l’affront de présenter, et le troisième, qu’il va falloir attendre encore un peu (la sortie est repoussée à décembre), la version 2013 de Carrie, avec Chloe Moretz et Julianne Moore. Si, parmi ces trois remakes, le premier nous a ravis (je vous disais ici même qu’il s’agissait du meilleur remake horrifique produit depuis des années) et le troisième ne laisse rien présager de très bandant, la nouvelle version d’Evil Dead KICKS ASS !

Ici, il n’est plus question de Ash, Linda et compagnie. C’est une toute nouvelle histoire que le réalisateur uruguayen Fede Alvarez (également au scénario avec son comparse Rodo Sayagues) porte à l’écran : celle de David, Eric, Mia, Olivia et Natalie (notez bien les initiales), cinq amis qui décident de passer du temps dans une cabane reculée dans les bois, afin d’aider Mia à arrêter la drogue. Mais lorsqu’ils découvrent que cet endroit abrite le Livre des Morts, une entité maléfique va se réveiller afin d’éliminer toute présence dans la forêt… Le pitch est assez similaire au film de Sam Raimi, mais Alvarez en fait quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’un simple remake.

EvilDead

Au sortir de la salle, c’est un véritable soulagement, peut-être même un coup de foudre. Bien sûr, le film n’est pas parfait – un remake ne peut mathématiquement jamais être parfait, surtout lorsque le charme et le statut d’œuvre culte de l’original se basent avant tout sur ses défauts – mais pour une fois, cette version 2013 d’Evil Dead apporte vraiment quelque chose à l’univers créé par Sam Raimi il y a une trentaine d’années, et qui ne cesse de hanter son cinéma depuis : il a d’ailleurs produit lui-même ce remake, aux côtés du producteur historique de la trilogie originelle Robert Tapert, et de Bruce Campbell. Rien que ça. Mais d’ailleurs, s’agit-il réellement d’un remake ? Lorsque je disais, tout à l’heure, que cette version 2013 apporte quelque chose à l’univers Evil Dead, c’est justement parce qu’à mon sens, le film peut être aussi bien vu comme une suite, un « Evil Dead, trente ans plus tard ». Je m’explique : beaucoup de clins d’œil à la trilogie de Sam Raimi n’ont pas échappé à l’œil aiguisé des fans. Parmi ces nombreuses références, certaines semblent être là uniquement dans le but de rendre hommage au film de 1981 ou même à sa suite : la légendaire tronçonneuse, la vue subjective du démon, le collier, la chemise d’Eric (qui laisse penser qu’il sera le Ash du film), la goutte d’eau qui coule le long de l’ampoule, et cela va même jusqu’à certaines répliques, certains mouvements de caméra ou effets de montage parfois repris à l’identique… Fede Alvarez n’en fait jamais trop, en plaçant des références qui ravissent les amateurs sans en rajouter des tonnes autour. Mais à côté de cela, d’autres éléments, amenés plus subtilement dans le film, peuvent laisser penser qu’il s’agit là d’une suite à la trilogie – ou plus exactement à Evil Dead 2, qui est le dernier à se passer dans la cabane.

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Les événements des trois autres métrages ne sont pas reniés, mais semblent également exister dans cet univers, comme nous le prouve la voix du générique de fin, qui a été ni plus ni moins reprise du film de 1981, ou encore l’Oldsmobile de Ash, sur laquelle est assise Mia lors de sa première apparition, et qui laisse supposer que d’autres événements ont déjà eu lieu dans cette cabane. De plus, les démons surgissent après la découverte du Necronomicon, qui n’apparaît, lui, qu’à partir du second film ; dans le Livre des Morts, un dessin représente la main arrachée de Ash qui fait un doigt d’honneur, ainsi qu’une formule (celle qu’Eric prononce avant l’apparition des démons) qui ressemble étrangement au « Klaatu, Veratta, Necto » de L’armée des ténèbres. Et, bien sûr, la très courte séquence post-générique que je ne dévoilerai pas ici, mais qui amuse au moins autant qu’elle finit par troubler. Alors, Evil Dead 2013, suite ou pas ? Seul l’avenir nous le dira, puisque Sam Raimi a confirmé qu’il travaillerait sur une suite de L’armée des ténèbres, mais aussi que Fede Alvarez resterait aux commandes d’un très possible Evil Dead 2, prévu pour 2015. Reste à espérer que les deux projets soient liés, car il serait dommage de tendre une telle perche pour finalement ne pas la saisir.

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Le petit problème avec cet Evil Dead, c’est qu’il est vendu comme un film « terrifiant », l’affiche ne le dit que trop. En réalité, c’est un vrai festival de gore, largement au-dessus de toutes les productions horrifiques actuelles – il bat sans aucun doute Piranha 3D en matière de séquences sanglantes – mais terrifiant, pas vraiment. Là où Sam Raimi installait un climat de tension et où il faisait intervenir intelligemment la peur (même si, trente ans plus tard, je doute que cela puisse encore fonctionner sur un public d’ados dopés aux Saw et autres torture-porn pas très malins), Fede Alvarez se focalise plutôt sur la violence et le gore, les instants « terrifiants » se résumant presque intégralement à quelques jump scares pas dérangeants, mais pas très réussis non plus. Rien de bien grave, il ne s’agit pas d’un ratage, plutôt d’une bévue au niveau de la promo, qui aime en mettre plein la vue du public en faisant l’amalgame entre le gore et la peur.

Le réalisateur uruguayen, qui a tapé dans l’œil de Sam Raimi après ses deux courts métrages Ataque de Panico ! et surtout El Cojonudo (très largement inspiré par Evil Dead), livre un film sur lequel on sent une indépendance, une liberté artistique qu’il a su mettre à profit pour ce remake (reboot ? suite ?) réussi haut la main. Finalement, à l’instar de ce film-ci, les nouvelles versions les plus abouties semblent être celles qui gardent l’univers original tout en sachant apporter quelque chose en plus, sans que le spectateur ne sente son âme de cinéphile trahie. Une belle réussite, portée par des acteurs plutôt convaincants ; mention spéciale à Jane Levy, excellente.

 


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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