Django Unchained 9


Après avoir revisité à sa sauce maison divers genres parmi lesquels le film de gangsters, le film de kung-fu, la série B horrifique ou encore le film de guerre, Quentin Tarantino devait très naturellement en venir au western, genre qui débordait déjà dans bon nombre de ses précédents films. C’est donc chose faite avec ce Django Unchained, hommage appuyé au western spaghetti qu’il aime tant, et principalement au Django (1966) de Sergio Corbucci. Parler du film sans en dévoiler l’intrigue étant particulièrement compliqué, je vous invite à quitter la page si vous ne l’avez pas encore vu. Vous voilà prévenus.

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Inglourious Slaves

Chaque nouveau film de Quentin Tarantino est un événement qui ne laisse, il faut bien le dire, absolument personne indifférent. Il y a d’une part les adorateurs invétérés, ceux qui ne jurent que par leur idole – comme d’autres par Christopher Nolan – et qui consacrent chaque nouveau film de ce maître proclamé comme un chef d’oeuvre et ce, même avant qu’il ne dévale sur les écrans. Et puis il y a les autres, qu’ils soient allergiques à la verve de Tarantino et à son style fait de patchwork d’influences, ou simplement dans une forme de posture consistant à toujours s’opposer machinalement à la « vox-populi ». J’ai longtemps été, dans ma jeunesse, du premier groupe, celui des adorateurs. Le temps passant, ma cinéphilie a évolué et ma capacité de jugement aussi. Aussi, je n’aurai aucun mal à dire dans cet article que je ne trouve pas que Django Unchained soit le meilleur Tarantino… Le film se déroule dans le sud des États-Unis, deux ans avant que n’éclate la fameuse Guerre de Sécession qui opposa le Sud esclavagiste et le Nord qui souhaite, sous l’égide du président Lincoln, abolir l’esclavage. Dans ce contexte, un allemand, le Dr. King Schultz, plus chasseur de primes que dentiste, fait l’acquisition d’un esclave, Django, car seul lui peut l’aider à retrouver les trois brigands qu’il cherche à éliminer. Si Django l’aide dans sa chasse, alors Schultz lui rendra sa liberté et l’aidera à retrouver sa femme, Broomhilda, retenue esclave dans la plantation de coton du riche Calvin Candie.

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Il y a dans Django Unchained, autant de lieux communs du cinéma de Tarantino – thématique de la vengeance, dialogues référencés, scènes à l’humour grinçant, méchant charismatique – que de nouveautés – rôle féminin quelque peu relégué en second plan, narration linéaire. Aussi, le film ressemble à beaucoup des précédents, tout en étant complètement à part. On pourrait dire qu’il s’agit de la rencontre au sein d’un shaker, de la blaxploitation de Jackie Brown et du détournement de l’Histoire façon Inglourious Basterds. Après avoir revisité la seconde guerre mondiale et le nazisme, c’est donc à la période esclavagiste des Etats-Unis que le réalisateur fait sa fête. Tarantino semble vouloir s’évertuer à tracer un sillon nouveau dans sa carrière en se projetant dans des scénarios ambitieux et culottés, qui, ne se soucient pas des problèmes des petits gangsters, mais plutôt des petites histoires au sein de la grande Histoire. C’est en cela que pour ma part, je trouve que Django Unchained souffre définitivement de la comparaison avec son prédécesseur. Inglourious Basterds est à mon sens un film trop sous-estimé, constituant chez Tarantino un véritable sommet d’écriture habile, un scénario dans lequel chaque nouvelle scène formait un canevas complexe, trouvant écho dans les précédentes comme les suivantes.

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Ici, au beau milieu des longues séquences dialoguées auxquelles Quentin Tarantino nous avait déjà habitués, on peine clairement à retrouver la malice brillante de son auteur pour la construction tout en puzzle de ses intrigues. En témoigne, par exemple, la pauvreté des nombreuses scènes de flash-back, souvent futiles, qu’il utilise ici pour donner un semblant d’intérêt à la quête de Django : celle de retrouver sa femme. C’est peut être aussi là l’une des plaies de Django Unchained et de son scénario : les ambitions du personnage ne sont pas les même que celles de Shoshanna Dreyfus, qui, au nom du peuple juif, va jusqu’à brûler un cinéma et son public de dignitaires nazis. Les motivations de l’esclave Django sont bien moindres, le personnage sous ses pourtours de bad-ass est finalement on ne peut plus sage par rapport à la frêle française interprétée par Mélanie Laurent dans Inglourious Basterds. Peut-être trop peureux de voir son film apparenté de trop près au précédent, Tarantino ne fait pas de son héros une figure vengeresse en charge de libérer son peuple du joug de l’immonde esclavagiste. Non. Les motivations de Django sont bien moindres et plus personnelles : retrouver sa liberté, certes, mais d’abord retrouver sa femme. Alors, même si certaines scènes jouent clairement avec la jubilation de voir l’opprimé se retourner contre son bourreau – l’image de Django, gaudriolé d’un costume bleu, fouettant au sol un esclavagiste par exemple – jamais Tarantino ne fait de son cowboy black le symbole d’une rébellion des Noirs sur leurs oppresseurs.

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Vous l’aurez compris, pour moi, l’une des faiblesses de Django Unchained c’est finalement son personnage-titre, qui peine à recevoir la compassion et le soutien du public. Trop ambiguë – il ne semble pas vraiment s’indigner des violences faites à ses comparses de couleur – c’est plutôt le verbeux Dr. King Shultz – nouveau personnage taillé sur mesure pour l’excellent Christoph Waltz – qui remporte tous les suffrages. De même pour le grand méchant, Calvin Candie, interprété par un Leonardo DiCaprio habité et honteusement boudé – encore une fois – par les Oscars. Dès lors que ces deux personnages hauts en couleur passent les armes à gauche – et ce, à trente minutes de la fin ! – le film perd vraiment tout son souffle. Un argument de plus pour dire que le personnage de Django manque cruellement d’intérêt. Alors si ces trente dernières minutes sont donc là pour tenter, désespérément, de donner une consistance à cette esclave qui se libère de toutes ses chaînes, elles ont surtout le pouvoir de plomber le film. Ce constat fait, on en arrive très vite à ce verdict : ce Django Unchained aurait pu être facilement trente minutes plus court, et ainsi enchaîner l’incroyable première séquence de fusillade dans la luxurieuse demeure de Calvin Candie, avec celle de la fin – qui plus est dans le même lieu ! – sans tergiverser. Les séquences que Tarantino ajoutent dans la dernière demi-heure semblent être taillée sur mesure pour que le personnage interprété par Jamie Foxx gagne un peu en épaisseur et reprenne la vedette du film qui porte son nom.

Largement en dessous du précédent film de son auteur, on ne peut nier toutefois que Django Unchained reste malgré ses petites faiblesses, un assez bon film dont quelques séquences très réussies resteront dans les mémoires. Mais ces petits bémols permettront au moins de faire définitivement réhabiliter la maestria scénaristique d’Inglourious Basterds, et permettre au film d’être enfin réévalué comme le chef d’œuvre absolu de son auteur.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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