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Aujourd’hui, les zombies sont devenus un élément fun de la culture populaire, reconnu et apprécié par le public. On les retrouve un peu partout : littérature, bande dessinée, street art, séries télé, et évidemment le cinéma. A l’heure où The Walking Dead est l’une des séries les plus suivies et aimées du moment, on oublie que déjà en 2008, des britanniques se sont penchés sur l’idée d’une série zombiesque très gore, à travers laquelle leur auteur Charlie Brooker a pu, à l’image d’un Romero, critiquer la société des médias au 21è siècle.

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Secret Story of the Dead

Charlie Brooker est un personnage intéressant dans le paysage médiatique et culturel britannique : journaliste, auteur, humoriste, satiriste… Il joue un peu sur tous les fronts, en ne manquant jamais de distiller son humour acerbe et tranchant sans se soucier des éventuelles polémiques. En 2008, il écrit et dirige une mini-série en cinq épisodes, qui pourrait être présentée comme un seul et unique film en cinq chapitres. Son titre : Dead Set. Son pitch : une attaque de zombies survient le jour de l’élimination d’un candidat de la nouvelle saison de Big Brother. Les candidats restant dans la maison ne sont évidemment pas au courant de ce qui se passe à l’extérieur, et le loft devient vite un refuge pour les survivants.

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Avec Dead Set, Brooker joue sur un nouveau tableau : il créé et scénarise une série télé horrifique, gore à souhait, dans laquelle on retrouve toutes les figures propres à ce milieu parmi les personnages principaux : Patrick, la caricature du producteur véreux prêt à tout si cela peut profiter à son propre intérêt, Kelly, dernier élément de la chaîne humaine de la production du programme, Davina McCall, la Benjamin Castaldi anglaise (qui joue ici son propre rôle puisqu’elle est la vraie présentatrice de Big Brother UK)… Et bien sûr, les candidats : Pippa, Marky, Veronica, Joplin, Space, Grayson et Angel. Sept personnages qui définissent bien, à eux seuls, les personnes typiquement recrutées pour les programmes de télé-poubelle : Pippa la bimbo conne, Veronica la bimbo salope, Marky la grande gueule, Space l’introverti difficile à cerner, Joplin le quadra-pessimiste-creepy-tendance-pervers, Grayson la folle, encore plus drag-queen que Vincent McDoom un soir de fête chez Michou, et Angel la bitcheuse.

S’il essaie de se défaire de toute insinuation prétendant qu’il cherchait à critiquer le monde de la télé-réalité, Charlie Brooker a un passé tellement significatif qu’il est impossible de croire qu’en écrivant Dead Set, il souhaitait faire un simple zombie flick en cinq épisodes. Les morts-vivants sont eux-mêmes des éléments phares du « cinéma d’horreur qui dénonce », Romero nous y a tellement habitué que les deux font aujourd’hui naturellement la paire. D’ailleurs, Dead Set ressemble, à s’y méprendre, à une version british de Zombie ; le film se déroule dans un centre commercial, la série dans la célèbre Big Brother House : les deux endroits représentent respectivement un lieu symbolique de l’époque dans laquelle se déroule chaque œuvre. Si la seconde moitié des années ’70 voyait la montée en force du consumérisme, le vingt-et-unième siècle est incontestablement l’époque des médias, et c’est bien ce qui est au centre de la série. Les candidats de Big Brother, que l’imaginaire collectif représente comme des guignols, des marionnettes, symboles du ridicule et de l’ignorance, sont ici livrés à eux-mêmes, et se retrouvent à devoir confronter bien plus que des zombies.

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La longue période durant laquelle ils ne sont pas au courant de l’invasion de zombies est bien représentative de cette volonté de Brooker de ne pas donner exclusivement dans la critique facile et le tapage gratuit : conscients que quelque chose ne tourne pas rond dehors, les six candidats se retrouvent impuissants car enfermés. Protégés car ils sont en lieu sûr, mais aveuglés parce qu’ils sont confrontés malgré eux à quelque chose qui les dépasse, d’autant qu’ils sont sans défense – il n’y a même pas d’horloge dans le loft. Cinq épisodes durant, Charlie Brooker garde ce même état d’esprit, cette même optique : distiller très doucement la critique pour qu’elle ne prenne pas le pas sur l’action et la surprise. Un peu comme chez Romero, en fait, mais de manière beaucoup plus subtile et efficace que dans les deux derniers films du parrain des zombies. Et en ce qui concerne la critique, l’auteur de la série a deux personnages tout trouvés pour qu’il crache son venin sans aucune inquiétude : Patrick et Joplin. Pourtant diamétralement opposés, ces deux personnages sont les cibles de Brooker pour l’aider à faire passer son message. Joplin, le quadra velléitaire, pessimiste et impuissant mais un peu bizarre, surnommé Gollum par ses housemates, finira par se révolter de façon presque incroyable, appelant quasiment au sacrifice en emmerdant le monde qui l’entoure et la bulle dans laquelle il a vécu à son grand regret ces derniers mois. Patrick, lui, est tout l’inverse, dans son petit costume de producteur véreux, égoïste, malhonnête et excessivement autoritaire. Et pourtant, Brooker aime le mettre dans des situations humiliantes ; c’est d’ailleurs le seul personnage grossier et sale, et pour cause : il est excessivement désagréable, chie n’importe où, découpe de la viande humaine comme un bûcheron finlandais ferait de la couture, et surtout, histoire de bien enfoncer le clou, il a la mort la plus grotesque du film – qui s’avère aussi la plus gore. Charlie Brooker a dû avoir affaire à beaucoup de Patrick pour qu’il rende ce personnage si détestable et définissant même la notion de dégoût.

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Au fur et à mesure, la Brit Horror continue d’explorer les dessous de sa société sans jamais perdre de vue son but premier : faire peur au spectateur. Certes, le budget ridicule amène un certain nombre d’imperfections – surtout d’ordre technique, – et on pourra penser ce que l’on veut de l’utilisation des zombies qui courent – personnellement, j’ai toujours du mal à m’y faire, – mais force est de reconnaître que Dead Set est un must see du genre, un immanquable, qui cite de belles références (Romero, bien sûr, mais aussi Jorge Grau ou même James Cameron) tout gardant l’optique de s’en défaire pour se focaliser sur un projet qui ressemble plus à son auteur, Charlie Brooker.

Valentin Maniglia


A propos Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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