The Descent 3


Après un premier film très remarqué – voir l’article sur Dog Soldiers – Neil Marshall revient électriser la petite sphère du cinéma d’horreur britannique et mondial avec The Descent, véritable film claustrophobe considéré encore aujourd’hui comme un must-see du genre.

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Sous terre, personne ne vous entendra crier…

Neil Marshall est véritablement, avec Christopher Smith, l’un des plus importants artilleurs du renouveau du cinéma d’horreur britannique des années 2000. Après Dog Soldiers, un film à la lisière du western, du film de guerre, du survival et du film de loup-garou, véritable fer de lance de ce renouveau du cinéma de genre british, Neil Marshall revient à la charge deux ans plus tard, avec The Descent, après une longue gestation de son scénario. Il lui aura donc fallu deux longues années pour récupérer les bases du scénario de son précédent film et en faire une toute autre histoire. Car oui, The Descent et Dog Soldiers ont des liens de parenté très étroits, de l’aveu même de Neil Marshall qui avoue que le script du premier est un remaniement du second. Chacun des films montrent en effet un groupe de durs à cuire – des filles spéléologues ou des militaires en mission – piégé dans un endroit menaçant – une forêt écossaise tantôt, ou bien une grotte non répertoriée – où ils vont se retrouver en prise avec des créatures menaçantes – des loups-garous d’un côté, des ersatz de Gollum de l’autre. Vous l’aurez donc compris, The Descent raconte l’histoire d’un groupe de six jeunes femmes qui se donnent rendez-vous dans le massif des Appalaches pour une expédition spéléologique entre copines timbrées. Inconscientes, elles resteront bien évidemment bloquées sous terre et réaliseront vite quelles ne sont pas seules à respirer dans ces cavernes.

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Véritable film claustrophobe, The Descent joue habilement de son atmosphère étouffante pour susciter l’effroi dans des élans d’horreur d’une efficacité redoutable. Plongé dans l’obscurité de ces cavernes, le spectateur est immergé à mille lieues sous terre avec ces filles qui n’ont que peu de lumière pour voir leur ennemi. C’est donc véritablement le tour de force de la mise en scène de Neil Marshall que de parvenir à immerger son audience dans son histoire de survival, en masquant dans l’ombre l’horreur et le danger. Mais The Descent n’est pas seulement un film sur la claustrophobie, il invoque bien d’autres peurs : celles du vide, du noir, de l’eau… Toutes les phobies possibles sont ici exploitées par Marshall pour que chacun des spectateurs puisse y trouver une résonance avec ses propres traumas. A ce titre, même si les caractères de chacune des filles est un peu surligné – on dirait un petit peu des Spice Girls de la spéléologie, dont chacune répondrait à un portrait-type – on s’étonne très vite d’être saisis aux tripes par ce qui leur arrive, et de vivre cette mésaventure comme si l’on était l’une d’entre elles, coincés au fond de cette crevasse sous terre.

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L’une des grosses réussites du film réside aussi, et tout de même, dans ses créatures. Les terrifiants crawlers – dont une traduction littéraire ne nous donnerait pas vraiment de signification précise du terme que l’équipe du film a voulu employer, disons plutôt qu’on les appellerait en français les « rampants »  – des sortes de cousins anglais du Gollum créé par J.R.R Tolkien et inventé à l’écran par Peter Jackson pour son Seigneur des Anneaux. Il y a vraiment chez ces crawlers – comme chez Gollum – les mêmes caractéristiques physiques que l’on imaginerait pour un humanoïde qui aurait progressivement muté pour s’accommoder d’une survie dans les profondeurs de la terre. Ils sont albinos, leurs dents sont acérées, ils compensent leurs yeux inutiles dans le noir par un odorat et une ouïe parfaite. Le choix de ne pas recréer ces monstres et les effets gores – nombreux – en image de synthèse, donne vraiment au film un réalisme visuel très puissant qui l’écarte vraiment du cinéma fantastique à profusion d’effets numériques, trop souvent décalés de la réalité. Ici, le film est brutal, âpre et affronte les situations avec un premier degré parfois déconcertant.

En dehors de ses créatures, le film prend tout son intérêt quand il s’intéresse à la psychologie des personnages et à leur manière de gérer cette délicate situation. Au fur et à mesure que le groupe se disloque, que les boyaux de certaines finissent en filets-mignons entre les dents des crawlers, se dévoilent des caractères bestiaux qui transforment ces femmes en de véritables animaux, qui, de retour au stade primaire, guidés par leur instinct de survie, agissent dans le seul but de sauver leur peau. Si beaucoup de films de cette grande période du renouveau du cinéma d’horreur britannique ont mêlé habilement le social hérité du cinéma anglais de Ken Loach ou Stephen Frears à l’horreur venue d’Outre-Atlantique, on ne peut néanmoins pas dire que sur le seul argument de dénoncer que l’homme est un animal comme les autres, The Descent soit un film social. Les meilleurs illustrations de ce melting-pot de genre viendront en effet quelques années plus tard, avec des films comme Severance, Eden Lake ou The Children dont nous vous parlerons bien évidemment dans la suite du dossier. Il faut dire que Neil Marshall est un cinéaste qui, s’il est au départ de cette nouvelle vague, s’en est très vite écartée en préférant s’essayer à divers exercices de genres : en témoignent ses excursions du côté de la science fiction avec Doomsday (2008) et du péplum avec Centurion (2010). Avec The Descent, il livre sans doute son meilleur film jusqu’alors, et l’un des meilleurs films du genre et de ces dernières années.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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3 commentaires sur “The Descent