Dog Soldiers 2


Avec Dog Soldiers, Neil Marshall réussit un coup double : celui de faire un premier film bien accueilli par les critiques et par le public, et celui de relancer pour de bon le film d’horreur britannique. Et cette histoire de loups-garous ne démérite pas son succès et son estime.

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In the Loo(u)p

Une équipe de six soldats est envoyée dans les Highlands écossais pour une mission de routine contre une unité des forces spéciales. Lorsqu’ils arrivent au point de rendez-vous, ils ne trouvent que les restes déchiquetés des membres de l’unité ainsi qu’un survivant gravement blessé, le Capitaine Ryan. En cherchant des secours, le soldat Cooper rencontre Megan, une zoologiste qui les emmènera dans la maison la plus proche – qui est néanmoins isolée en pleine campagne – et, alors que la nuit se profile, les mystérieux attaquants encerclent la maison, et se révèlent être des loups-garous…

Les loups-garous ont toujours entretenu un rapport étroit avec les grandes forêts britanniques, et ce dès le premier grand film du genre, Le loup-garou (George Waggner, 1941), film américain puisque le personnage fait partie des Universal Monsters, mais dont l’histoire se passe au Pays de Galles. Il faut croire que l’île a un étonnant potentiel pour les histoires de monstres… Ce qui est assez amusant, au final, lorsque l’on voit que la nouvelle vague de la Brit Horror ne s’intéresse quasiment jamais à ces figures surnaturelles, préférant se pencher sur la violence réelle (physique et/ou psychologique), celle qui implique les corps humains. Aucun étonnement, donc, à apprendre que Neil Marshall n’a pas réussi à faire financer son film au Royaume-Uni, et s’est donc tourné vers le Luxembourg, où le film a été intégralement tourné, et quelques capitaux américains.

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A la question : « Dog Soldiers est-il un grand film d’horreur ? », je réponds : « Oui », sans hésiter. Dans une interview donnée à la BBC à l’époque, Marshall confie qu’il a « toujours été un grand fan de films de loups-garous, bien qu’aucun ne m’ait jamais entièrement satisfait ». Et Dog Soldiers, à vrai dire, va au-delà du simple film de loups-garous, car il doit beaucoup au western et au film de guerre (il y a un peu de Rio Bravo dans ce film). Neil Marshall, qui est ici scénariste, réalisateur et monteur, ménage la chèvre et le chou avec talent, car le scénario hautement improbable est divisé en deux parties : les cinquante premières minutes reposent essentiellement sur le dialogue, la présentation des personnages, puis introduit les premiers éléments horrifiques de manière très intelligente (on ne voit jamais la créature en entier), alors que les cinquante minutes suivantes sont presque exclusivement constituées  de séquences de baston, et les loups-garous (très crédibles) sont présents dans presque chaque plan.

L’humour est aussi un élément très présent, malheureusement pas toujours perçu et/ou apprécié à sa juste valeur. Car Neil Marshall a écrit un film bourré d’humour, mais jamais parodique – et pourtant, la parodie horrifique sera l’un des fers de lance de la Brit Horror dès l’année suivante avec le trio Edgar Wright/Simon Pegg/Nick Frost. En partant du principe que des militaires embarqués dans une mission très sérieuse tombent sur une horde de loups-garous, Marshall sait qu’il peut faire jouer la carte de l’absurde dans son film. Et il ne se contente pas de peu, en alliant parfois gore et humour, à l’image d’un Bad Taste ou d’un Braindead. Sean Pertwee est certainement l’acteur qui dégage le plus cette notion d’humour absurde dans son rôle de sergent agonisant, à travers les répliques et les situations qui lui sont réservées.

Dog Soldiers ressemble assez peu à ce que la Brit Horror continuera à produire par la suite. Avec ce film d’horreur influencé par le western et à l’humour tranchant comme des dents de loup-garou, on est à des années-lumière des longs métrages qui confirmeront la place importante du film d’horreur dans le cinéma britannique actuel. Et pourtant, c’est grâce à ce film-ci que le renouveau de la Brit Horror va exploser. Neil Marshall, de son côté, va continuer sur sa lancée, en sortant l’excellent The Descent trois ans plus tard – chef-d’œuvre indiscutable du cinéaste, dont le scénario de départ n’est autre qu’un remaniement du script de Dog Soldiers.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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