The Secret 2


Un film tous les quatre ans, ça apparaît désormais comme une habitude pour Pascal Laugier, le seul (oui, le seul) cinéaste faisant partie de cette nouvelle vague d’horreur à la française qui a, pour l’instant, fait un sans-faute. Le succès de Martyrs (et, on l’imagine facilement, la polémique qu’il y a eu autour) lui ont ouvert les portes d’Hollywood. Et on se dit OUF! ENFIN un bon réalisateur français employé aux States. Après les tâcherons Xavier Gens et Eric Valette et l’inégal Alexandre Aja, c’était pas gagné – même si, il faut le reconnaître, Aja est quand même un bon gros cran au-dessus des deux autres; on est donc en droit d’attendre beaucoup de ce premier film américain de Pascal Laugier.

Tournage The tall man

Place des Tall Men

Dans une petite ville de l’état de Washington, tous les enfants disparaissent avant l’adolescence. C’est le Tall Man qui les enlève, dit-on: un homme imaginé par les habitants, qui, ne trouvant aucune réponse à ces disparitions, préfèrent se référer à une sorte de boogeyman, une figure concrète, tout en sachant que ce personnage tout droit sorti de l’imaginaire collectif est ridicule, mais sans oublier non plus que derrière le Tall Man se cache peut-être un ou plusieurs êtres humains. Alors que Saint Ange et Martyrs rendaient hommage à un cinéma qui est cher à Laugier – celui d’Argento, de Fulci ou encore de Tourneur, – on ne peut s’empêcher de penser à une autre référence, littéraire cette fois-ci, devant The Secret (qui s’appelle The Tall Man en VO, encore un coup des distributeurs): je veux parler de Stephen King. On est bien loin de l’ambiance immaculée, souvent clinique, des deux précédents films. Ici, c’est la forêt qui domine la petite ville de Cold Rock. Cold Rock. Un nom qui évoque la ville inventée par Stephen King pour bon nombre de ses romans, Castle Rock, et dont la description correspond plus ou moins au village filmé par Laugier.  The Secret, comme ses deux grands frères, utilise l’épouvante pour aborder un sujet grave, qui se révèle au final très terre-à-terre: c’est là le croisement entre Stephen King (pour l’ambiance et le décor) et le cinéma bis européen (pour le sous-texte et le scénario, qui réserve d’excellents twists). Et en plus, il offre à Jessica Biel le meilleur rôle de sa (triste) carrière, juste devant celui qu’elle tenait dans l’excellent Les lois de l’attraction.


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Si, avec Martyrs, on sentait que Laugier tentait d’exorciser certains démons, on se rend compte bien assez vite qu’il n’en a pas encore vraiment fini avec eux. En fait, ses trois films pourraient former un triptyque, puisqu’ils explorent finalement le même thème: l’enfance torturée, parfois perdue. Le cinéaste, enfant issu de la génération Starfix, rappelle, à travers son film, le chef-d’œuvre de Narciso Ibanez Serrador, Les Révoltés de l’An 2000. Ce film espagnol sorti en 1976 a pour titre original ¿Quién puede matar a un niño?, traduisible par: « Qui peut tuer un enfant? », une question qui serait le prolongement de The Secret, tant Laugier questionne, sans fournir de réponses, sur la place de l’enfant dans notre société actuelle. Ce n’est pas le propos des piliers de comptoir, proches du coma éthylique, qui sortiraient leur avis sur le monde d’aujourd’hui et sur l’avenir.

Laugier, lui, cherche plutôt à comprendre comment la condition de l’enfant, en général, est un sujet qui mène rapidement à la controverse, voire même au tabou. En cela, The Secret évoque les récents et très médiatisés cas de pédophilie, ainsi que l’affaire de l’Arche de Zoé. L’une des forces de son cinéma, qui arrive certainement à sa plus belle mise en forme dans ce film, est qu’il remplace le ton moralisateur que beaucoup de films ont utilisé auparavant – à tort (The Love20135711ly Bones) ou à raison (Polisse), d’ailleurs – par une ambiguïté pleinement maîtrisée, et qui laisse au spectateur la liberté d’opinion et d’interprétation. Alors que dans Saint Ange et Martyrs, cette ambiguïté était un peu brute de décoffrage et, de ce fait, très – voire trop – surprenante, The Secret y arrive avec plus de douceur, en questionnant directement le spectateur: « Qu’en pensez-vous? ». Décider du sort d’un enfant, sans lui demander son avis, est-ce bien ou mal? Si le gamin naît dans une caravane, dans un village paumé et ultra pauvre, avec une mère alcoolique et un beau-père violent, peut-on le kidnapper pour l’emmener dans une famille riche, ou il sera aimé de tous? Même question pour les enfants qui meurent de faim dans le Tiers-Monde, ceux qui vivent sous des régimes totalitaires, ceux qui sont cernés par la guerre, bref, tous les gosses des chansons de Michel Berger et de Balavoine.

Avec The Secret, Laugier reprend donc les thèmes qui lui sont chers, à savoir la condition de l’enfant, et met en confrontation, avec une grande maestria et en parsemant son film de nombreuses influences cinématographiques (Argento, Jeepers Creepers…), les notions d’adoption et de kidnapping, en laissant le spectateur en suspens, comme à son habitude. Laugier n’est pas un moralisateur, il se pose juste des questions. Et comme il n’a pas la réponse, au lieu d’en fournir, il nous pose la question. Pas de virage à 180°, donc, pour son passage à Hollywood, mais un nouveau petit chef-d’œuvre. Il y a juste une chose que je me demande : Pascal, t’as demandé à Brad Pitt de produire ton film?


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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