Ted 2


Créateur des sitcoms animées Les Griffin et American Dad, Seth MacFarlane réalise avec Ted son premier film. Une fable joliment trash et qui doit pas mal à la pop culture des années ’80, dans laquelle Mark Wahlberg essaie tant bien que mal de mener une vie de couple normale, malgré la présence, dans sa vie, de son meilleur ami, qui n’est autre… qu’un ours en peluche.

Let me be your teddy bear

Au milieu des années ’80, John Bennett est un enfant chéri par sa famille, mais qui n’a aucun ami. Pour pallier cette absence, ses parents lui offrent un ours en peluche à Noël, et John fait le vœu, cette même nuit, de donner la vie à son ours, baptisé Ted, afin qu’ils soient les meilleurs amis du monde. Ted prend vie le lendemain, et les deux amis deviennent rapidement célèbres. Trente ans plus tard, John a une petite copine, Lori, avec qui il commence à penser au mariage. Seulement, son meilleur ami ne l’a pas quitté, et habite avec le couple, ce qui agace de plus en plus Lori…

Il se pourrait bien que Ted soit la comédie de l’année. Voire la comédie de la décennie. Seth MacFarlane passe enfin au long-métrage, mais ce qui le démarque de ses collègues Matt Groening, Trey Parker et Matt Stone (qui ont souvent lancé des piques aux Griffin), c’est que lui, réalise un film en prises de vue réelles. Un gros effort, donc, puisqu’il aurait pu tout simplement décliner American Dad! ou Les Griffin en un long-métrage animé, comme l’ont fait les trois dessinateurs cités plus haut pour Les Simpson et South Park. Alors que ses séries animées sont principalement basées sur un humour parfois gras, parfois absurde (mais pas souvent drôle, malheureusement) et des personnages représentant une Amérique marquée par le 11 septembre (on retrouve notamment cela dans American Dad! et son patriarche que l’on devine ouvertement pro-Bush), Ted s’impose comme étant tout le contraire. Le film est un conte tantôt léger, tantôt trash, qui répond formidablement à la question: « Comment exploiter le syndrome de Peter Pan dans une comédie sans que cela ne ressemble à un reportage foutage de gueule de Confessions Intimes? ».

En effet, l’ours en peluche représente la difficulté qu’a John de passer à l’âge adulte. Il est beaucoup plus facile de regarder Flash Gordon en fumant des spliffs que d’assumer le fait que l’on a 35 ans, un boulot et une copine qui aimerait se marier, et c’est Ted (comprendre: l’inconscient de John) qui personnifie tout ça. Dit de cette manière, le sujet du film sent un peu le réchauffé, mais c’est sans compter sur Seth MacFarlane qui détourne parfaitement chaque soupçon de propos mielleux et ce, dès les toutes premières secondes. On rit beaucoup, donc, et de bon cœur, malgré certaines blagues parfois difficiles d’accès pour un public non-américain (tout particulièrement avec un doublage français), mais la bonne nouvelle, c’est que point n’est besoin d’être un fan de MacFarlane pour apprécier le film (votre serviteur lui-même en est une preuve vivante). On retrouve dans Ted un humour qui sait bien faire la part des choses, entre le comique de situation (qui donnera lieu aux gags les plus absurdes), le comique de gestes (essentiellement dédié aux gags trash) et les références à la pop culture, qui sont devenues une institution depuis quelques années dans la comédie américaine. Flash Gordon, le film de Mike Hodges, resté culte surtout pour son côté kitsch et sa BO signée Queen, est largement cité, l’acteur Sam Jones (qui incarne Flash) faisant même une apparition lors d’une soirée chez Ted, qui finira en défonce ultime.

Mark Wahlberg tient pour la seconde fois le rôle principal d’une comédie (après l’étonnamment bon Very Bad Cops en 2010) et s’en sort merveilleusement bien, en formant un duo du tonnerre avec Seth MacFarlane, qui se glisse dans la peau – la fourrure, devrais-je dire – de Ted, créé en motion capture. C’est d’ailleurs une jolie mise en abîme (et, en même temps, un gag intéressant), que de voir un ours en peluche fait de toutes pièces par ordinateur, à travers des technologies qui ne cessent de s’améliorer depuis Le Seigneur des Anneaux, parler d’un film ultra kitsch comme Flash Gordon dont les effets – déjà pas très modernes pour l’époque – ont plutôt mal vieilli, ou le voir s’imaginer enfourcher le scooter de l’espace avec Flash. Deux univers très différents, mais qui sont très chers à MacFarlane, qui avait, lors de la sortie de Flash Gordon, l’âge de John au début du film, et qui a une connaissance approfondie du monde des comics et de l’animation, ce qui permet de faire facilement le lien entre les deux époques – celle de Flash et celle de Gollum – et d’y voir, s’il n’y a pas une touche de nostalgie, beaucoup d’affection pour ces années ’80.

Elles sont bien loin, les blagues pas très drôles des Griffin, bien loin les personnages complètement ouf malades d’American Dad!; Ted nous offre un vrai régal visuel et auditif, des personnages taillés sur mesure pour leurs acteurs, seconds rôles compris (je pense notamment à l’excellent – mais méconnu – Joel McHale, qui tient ici un rôle comparable à celui qu’il tient dans l’excellente – mais méconnue – sitcom Community, à savoir un beau gosse légèrement imbu de lui-même) et un scénario parfaitement maîtrisé de bout en bout. Malgré une happy end inévitable, Seth MacFarlane nous offre une comédie pas banale du tout – à l’heure des Adam Sandler, Kevin James et autres, qui sortent deux à trois films par an, et qui manquent tous affreusement d’originalité… et d’humour – et qui
vogue avec habileté entre le trash et le touchant, et qui ravive, au passage, quelques souvenirs d’enfance au cinéphile qui sommeille en nous.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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