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Le populaire Edgar Wright réalise en 2010 un film au succès timide en salles mais tonitruant sur internet, le repère privilégié des geeks qui s’inscrivent dans la culture pop dont Scott Pilgrim vs.The World pourrait être une bonne illustration. Dissection à vif d’un film pour lequel on en a peut-être, voir sans doute, trop fait.

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Pop culture, feu d’artifice et Megaman

L’heure est grave, ils étaient tapis dans l’ombre, ils jouaient à Donjons & Dragons, ils cherchaient à affirmer leurs propres théories sur le nombres d’épisodes dans Star Trek et ils ne comprenaient pas que l’on puisse trouver Green Lantern ridicule puis un beau jour, ils se sont fait catapulter au rang de « victimes-des-bien-pensants-sans-imagination-qui-ont-une-belle-caisse-et-un-boulot-mais-qui-se-font-chier-jsuis-sûr » à coups de documentaires et de plaidoyers réalisés et rédigés par des geeks du XXIème siècle indignés. Désormais, c’est cool, d’être un geek, il n’y a plus de honte à avoir puisque ce sont des gens ouverts contrairement à ceux qui trouvent pitoyable que l’on puisse être fasciné par les aventures d’hommes qui portent des slips par dessus leur pantalon et à qui il ne viendrait pas à l’idée de passer un week-end enfermé à jouer à WoW, ah ça non. La culture « geek » (qui n’est finalement rien d’autre que la culture pop) s’est répandue de façon affolante en moins d’années qu’il ne faut à Terrence Malick pour réaliser un court-métrage et vous savez de quoi je parle, puisqu’il nous arrive à tous de croiser en ville de jeunes gens morphologiquement loin de ces obèses caricaturaux typés « vendeur de BD des Simpson » arborant des t-shirt aux slogans inspirés « I am not your father », « Geek inside », « 1-up » et autres créations massivement partagées par les sites de ventes de goodies geeks. Tenez, c’est comme si à la place, le phénomène avait plutôt concerné le Cinéma et que des jeunes bombaient leur torse porteur d’un t-shirt « I <3 Naissance d’une Nation » et mettaient en valeur en sac à dos avec marqué Rosebud au typex et un portrait de Jean-Luc Godard en scoubidou. Quoiqu’on en dise, être geek et s’en vanter, c’est à la mode et malgré tout, il n’y a pas de quoi s’étonner. Mais plutôt que d’orienter ce papier vers un brulôt anti-geek (puisque chez Intervista, on vaut mieux que ça), parlons plutôt d’un film qui illustre presque à lui tout seul cette mouvance teenage 2.0.

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Scott Pilgrim vs. The World a fait l’effet d’une bombe dans un premier temps rien qu’avec sa bande-annonce qui proposait un avant-goût fidèle à ce qu’allait offrir le film dans les 5 salles qui ont dû l’accueillir un an plus tard et ce, rien que sur l’internet et les forums chers aux joueurs de jeux vidéo et d’amateurs de mangas et pour cause, le film s’annonçait comme une parfaite adaptation live  de la surenchère d’effets spéciaux, de SCHBAAAW et de CHKLAAAAAR et même de PKOOOWW directement inspirés des BD et des bruitages de jeux vidéo. Pour tout avouer, même moi à l’époque j’avais été plus qu’intrigué et j’y voyais là un film qui allait vomir toutes les références possibles et inimaginables à cette noble culture de l’Art Vidéoludique (c’est de l’ironie, le jeu vidéo n’est pas plus un art que le cinéma ou la sculpture de canettes vides) en balançant un spectacle inoubliable pour les yeux, un peu comme un feu d’artifice le 14 juillet pour lequel les pyrotechniciens seraient allé piocher en douce dans la caravane de Gandalf.

Plus tard, j’ai appris que celui à la base du projet n’est autre qu’Edgar Wright, bien connu de ce même public pour Hot Fuzz et Shaun of the Dead et qui n’a presque eu besoin que de ces deux-là pour se forger une réputation solide auprès des geeks du monde entier, à la bonne heure. Et en bon geek qu’il est lui-même, il a décidé d’adapter le comic Scott Pilgrim au cinéma en y ajoutant les ingrédients qui font de ses films ce qu’ils sont: des clips vidéos de 1h30 à la limite du superficiel et chargés en matériel à répliques cultes selon la croyance populaire. Allons bon, il ne prétend sûrement pas faire du grand cinéma de toute façon on s’en fout, il propose ce genre de films dont l’efficacité n’est plus à démontrer pour les soirées pizza/pop-corn/bière (dans l’ordre) et Scott Pilgrim ne déroge pas à la règle, j’en veux pour preuve qu’à défaut d’avoir été un succès en salle (pour peu que certaines daignent le diffuser), l’internet l’a porté en héros et je ne compte même plus les topics fleurissants dans les sous-forums cinéma des lieux de discussion privilégiés des geeks à base de « Scott Pilgrim, un super film qu’il est bien« , « Scott Pilgrim, LE film de geek« , « [critique] Scott pilgrim – Meilleur film de l’année pour les geeks« . En fait, il est même devenu difficile d’avouer ne pas avoir aimé le film, parce qu’il s’est aussi bien fait ridiculement encenser que salement fait descendre par pas mal de revues/blogs critique (cinéphiles ou non) tandis qu’indignés,  les aficionados d’Edgar Wright affirmaient: « ils n’y connaissent rien, c’est blindé de références pour les geeks, ils ne sont pas capable d’aimer autre chose que des films bobo-intellectuels. Dans le même camp, on retrouve les sempiternels casse-couilles qui refusent que l’on adapte leur bouquin au cinéma par pur élitisme. En fin de compte, on peut éventuellement s’en sortir en expliquant qu’on s’y connait en jeux vidéo et qu’on n’a pas aimé le film pour autant, ce qui provoque généralement l’incompréhension générale de l’auditoire qui préfèrera passer à autre chose de son niveau, comme retourner jouer à League of Legend.

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Scott Pilgrim est donc à la base un comics publié entre 2004 et 2010 qui est parvenu à récolter quelques prix rien qu’avec le premier tome des six volumes racontant l’histoire d’un loser du nom de Scott Pilgrim tombant amoureux de Ramona qui explique à notre anti-héros que pour que ce soit enfin son tour, il devra affronter ses 7 ex maléfiques. La complication sera également de ruser vis-à-vis de sa petite copine initiale, une jeune asiat’ vaguement niaise, fille de bonne famille et dont l’éducation sexuelle s’est faite avec le Petit Spirou. Oui, Scott Pilgrim est une de ces romances type: « j’aime celle-là, mais je suis déjà avec elle, la vie est tellement injuste, je dois écouter mon cœur », mais habilement maquillée en un genre de gros jeu vidéo. Allons bon, on ne se moque pas, sur Intervista on adore les films qui narrent les aventures d’un groupe d’écolos nuls en proie avec un problème de crocodile géant boosté OGM, et je ne parle même pas des mœurs douteuses de certains rédacteurs ici qui collectionnent les films de ninja qu’un producteur sain d’esprit refuserait de financer. Enfin, parlons plutôt de ce qui démarque ce film et qui le propulse au rang de chef d’oeuvre du « film de geek ». Selon eux.

Le film est introduit par le fameux logo Universal Pictures en pixel-art accompagné d’une reprise en chiptune du tout aussi fameux jingle, ça fait penser aux demos Amstrad et aux écrans d’introduction des jeux crackés sur Atari ST mais ça a le mérite de donner le ton, d’autant qu’en fin connaisseur de la culture vidéoludique, Wright balance direct les 5 premières secondes de la musique du menu de Zelda A Link to the Past. Si j’étais un gros nul de rabat-joie pointilleux, je dirais que l’intro en chiptune typée 8-bits puis se la jouer avec une intro en soundtracking 16-bits ce n’est pas très cohérent et ça fait très « je veux faire une référence à ça car j’y jouais tout petit, et puis à ça aussi, ça y ressemble un peu et puis encore à ça là, c’était un super jeu vidéo » (oui, j’ai besoin de faire preuve de mauvaise foi). M’enfin, reconnaissons que ce doit être l’une des premières fois que l’on fait ce genre de référence au jeu vidéo sur grand écran et ça mérite qu’on le souligne, mais ça s’arrête là. En effet, passées ces 30 secondes de bon goût, le film se contente de références molles et pointues comme un melon pas frais, et vas-y que « tiens, ce mec il va jouer à Tetris sur sa DS » et que « ah et leur groupe s’appellera les Sex Bob-Omb comme dans Mario 64 » puis « Ah, j’ai trouvé un T-shirt Astroboy sur mygeektshirt.com! On le fera porter à un second rôle!« . Je m’arrête là, la liste et longue. Ah non, en fait, il met deux/trois bruitages de Windows 95 pour ponctuer certaines actions, Scott raconte une anecdote sur Pacman chopée sur Wikipédia et montre à un copain qu’il a appris à la basse la musique des battles de Final Fantasy II et c’est tout. Et oui, Scott est ce gros relou sur Youtube qui poste ses covers à la gratte pour montrer au web qu’il sait trop bien jouer le thème de Simon Belmont et qui veut être applaudi par ses pairs. Oui, comme ça on croirait voir un épisode de The Big Bang Theory (vous savez: « Leonard, je joue à Mario 64… » *Rire du public* « … sur un émulateur terriblement mal codé » *Hilarité incontrôlable de la foule en délire* « Sheldon, on ne t’a jamais dit que tu étais aussi diabolique que Magneto ? » *Fondu au noir, fin de l’épisode, standing-ovation*).

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Mais cessons céans ces médisances prétentieuses, le film offre heureusement plus qu’une soupe tiède de références adressées aux gamers: il y a cent façons de parler du parti pris esthétique qui rend si unique Scott Pilgrim vs. The World et parmi eux, j’opterais pour: « grosse gerbe post-repas de fruits de mer d’effets spéciaux, c’est la débandade, du tape-à-l’oeil-avec-un-maillet et force est de reconnaître que c’est tout à fait cohérent avec ce à quoi nous a habitué Edgar Wright avec ses deux précédents films en terme de montage et de dynamisme d’une part, et avec ses effets illuminant les écrans de jeux vidéo depuis la période de l’âge d’or de l’arcade. Lors de plusieurs affrontement contre les ex maléfiques, l’écran se chargera en effets rappelant les barres de vie de Street Fighter, en gros KO qui tâche à la King of Fighters et une fois vaincus, ils laisseront s’échapper un torrent de pièces comme dans les Beat’em all  bien connus de l’époque (et encore…c’est souvent ce genre qui est cité pour la référence, mais je vous défie de me sortir instinctivement un de ces jeux où les ennemis libèrent des pièces en mourant) ou encore le récent No More Heroes. Au delà de ça, Edgar Wright habille les autres scènes d’onomatopées visibles et animées comme un téléphone qui sonne et on voit le « DRIIIIIING », brillant, hein, eh, quand même. Néanmoins, Scott Pilgrim s’inscrit parfaitement dans la filmographie peu fournie de Edgar Wright en cela qu’il illustre encore une fois avec perfection son travail d’une mise en scène taillée pour un montage clippé. Seulement, cette débauche (et le mot est faible) oriente plus le film comme un long clip vidéo, lui-même régulièrement interrompu par des scènes classiques d’un teenage-movie chiant (on attend quand même 30 minutes avant que le film démarre et qu’on se remette à y prêter attention). Le héros qui dit: « ah gnagnagna, elle ne fait pas attention à moi », « Oh zut alors j’ai une autre copine mais ça va la rendre jalouse et tout » et enfin « je dois mettre mes sentiments de côté si je veux assurer avec le groupe ce soir », et hélas, à part le colocataire gay sauvé par son cynisme, aucun personnage ne semble réellement intéressant, ou alors je suis passé à côté du formidable jeu d’acteur de Michael Cera qui fait oublier sa tête à claque et de la fascinante Ramona qui évoque plutôt les emo-princesses-new-age du lycée dont on se demande si on leur a agrafé à la peau leur costume de la Japan Expo. Mais le film ne doit pas être trop jugé sur ces passages mous et nuls, ils servent à relier les scènes d’action et d’affrontement entre Scott et les fameux Ex Maléfiques, et si la majorité d’entre eux laissent une impression de bâclage, ils ont le mérite de péter le feu, de proposer des chorégraphies dynamiques et des idées intéressantes, après tout le combat contre le végétalien qui doit être la meilleure scène du film comprend la formidable réplique: « IL LUI A ARRACHÉ SA TEINTURE! » et fait intervenir le concept génial de police végétalienne. Ceci dit, c’est un peu juste pour presque deux heures d’un film, le cul entre deux chaises: la baston qui pète mou et le pop teenage movie.

Au final, c’est peut-être ma faute, peut-être que j’en attendais trop et que j’ai été déçu qu’on propulse un film qui dit: « pacman et bob-omb » au rang de film ultime pour les geeks, peut-être que j’aurais préféré y trouver de la subtilité comme une voix hors-champ qui crie: « IIIICE CREAM IIIIIICE CREAM », peut-être que Michael Cera et son charisme d’endive à qui on aurait enfilé un t-shirt 1-UP n’a pas fonctionné sur moi, ou alors soyons francs jusqu’au bout et jouons la carte de la suffisance crasse: Scott Pilgrim vs. The World est une merde pour ceux qui se la touchent parce qu’un film dit: « Final Fantasy », na. Reconnaissons au moins qu’il se termine sur une note positive puisque Scott la ramona.
Mesdames, messieurs, merci bonsoir.


A propos de Nicolas Dewit

Maître Pokémon depuis 1999, Nicolas est aussi champion de France du "Comme ta mère" discipline qu'il a lui même inventé. Né le même jour que Jean Rollin, il espère être sa réincarnation. On sait désormais de source sure , qu'il est l'homme qui a inspiré le personnage du Dresseur "Pêcheur Miguel" dans Pokemon Rouge. Son penchant pour les jeux vidéoludiques en fait un peu notre spécialiste des adaptations cinématographiques de cet art du pauvre, tout comme des animés japonaises pré-Jacques Chirac, sans vraiment assumer.


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