Jackboots on Whitehall


Une fâcheuse tendance chez les critiques et blogueurs ciné est de vouloir catégoriser chaque film, histoire d’avoir un plan pas trop compliqué à tenir pour en parler, et ça, ça fait dire aux gens que Le Marsupilami est bien, donc méfiance. Jackboots on Whitehall, sorti en 2010, a souffert de ce phénomène, et on comprend vite pourquoi, quand on imagine les attentes des internautes lorsqu’on leur vend un film résultat d’un amour contre nature entre Inglourious Basterds et Team America.

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Le Gouffre de Helmut

Pour reprendre cette comparaison, on ne peut pas non plus dire qu’elle soit infondée, après tout il est bien question d’un scénario inventant un nouveau déroulement à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et d’animatronics (un terme hautement technique pour désigner les marionnettes contenant des dispositifs électro/mécaniques). Le film imagine que les nazis sont parvenus à marcher sur Londres et apprennent aux anglais les bonnes manières, finie l’heure du thé, place aux plats de charcuterie à l’heure du petit déjeuner, ces sagouins entendent bien imposer leurs traditions farfelues partout en Europe. Heureusement, quelques résistants s’opposent farouchement à la crainte de devoir tremper leur saucisson dans leur bol de lait dès les premières lueurs et parmi eux, l’homme qui n’a rien à apprendre de Monsieur Spock, celui à qui le cigare au bord des lèvres sied si bien: Winston Churchill.

Le film est l’œuvre des frères Mc Henry (Edward and Rory), jusque là pas trop connus, puisque contre les avertissement de leurs parents et de leurs professeurs, ces messieurs semblaient préférer faire des films avec leurs figurines plutôt que de réviser leurs cours d’histoire. Ceci dit, on nous avait bien prévenus en terminale de ne pas négliger les matières à faible coefficient comme l’histoire-géo car ce sont elles qui feraient la différence. Mais on n’a pas écouté. On n’a pas écouté. Néanmoins, on voit bien où ça mène, leur film n’est même pas sorti en France et lorsqu’on les compare à de grosses pointures dans le domaine, on ramène sur le tapis les fantaisistes dissertations de Tarantino sur le IIIème Reich et les insolences des deux petits diables Trey Parker et Matt Stone. Chouette tableau. Cependant, là où les frères McHenry sont allés plus loin que les pitreries de leurs ainés, c’est dans la dimension « fresque épico-parodique » (oui, j’invente des termes, il va falloir s’y faire) qu’ils dressent tout au long du film pour aboutir sur un final qui fatigue des globes à force d’enchaîner les clins d’œil au bien célèbre épisode du Gouffre de Helm issu du fameux Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (de St. Peter Jackson) et à Braveheart. Oh oui, grösse poilad, d’autant qu’évidemment, rien ne se fait dans la demi-mesure, nos troupes de résistants anglais occupent le mur d’Hadrien (construit an l’an 122 par les Romains sur toute une largeur de l’Angleterre pour repousser ces misérables porteurs de kilts, oui, Intervista est un blog qui vous instruit, il est comme ça) et entendent bien le tenir jusqu’à l’extermination de la menace hitlérienne qui n’aura jamais été aussi ridicule à l’écran, à moins que vous ne soyez des porteurs de robe. En fin de compte, les références pleuvent et alternent des scènes plus ou moins connotées (« Eh mais y’a la même chose dans les Deux Tours, non ? »), et d’autres qui lorgnent clairement du côté de Braveheart (notez ici que, comme au bac, on peut très bien citer des trucs sans jamais les avoir vus).

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Si on commence maintenant à comprendre le rapprochement fait entre Jackboots on Whitehall et Inglourious Basterds, il serait temps de s’intéresser à ce qui le rapproche de Team America, parce que là où le film des parents biologiques de South Park bluffe par sa maîtrise des marionnettes, Jackboots a décidé de s’aventurer sur un autre terrain et même si de prime abord les animatronics des frères McHenry sont moins articulés, ils permettent l’élaboration d’un diorama remarquablement vivant. En effet, alors que l’un réussit l’exploit de se dresser au niveau de n’importe quel film d’action avec des pantins, l’autre bénéficie d’une image remarquable pour finalement donner vie aux plus belles maquettes du genre à faire échapper des « waaah » et des « ooooh » au Salon du Modélisme. De ce fait, le statisme des animatronics qui déçoit de prime abord quand on s’attend aux chorégraphies de Team America prend un autre sens lorsque l’on envisage le film, d’un point de vue esthétique, comme un diorama animé (Cette phrase vous a été offerte par Scrabble®). En fait, c’est presque là son seul défaut: souffrir de la comparaison avec Team America, et injustement en plus, puisque les deux films ne concourent pas dans la même catégorie en ce qui concerne la maîtrise de leurs animatronics.

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Au final, Jackboots on Whitehall est une réussite, aussi bien en terme de comédie, de blague historique que d’intérêt esthétique, puisque l’image rend parfaitement honneur aux formidables maquettes qui provoqueraient des montées de sève à n’importe quel modéliste un tant soit peu sérieux, et surtout: parce que Hitler porte une robe.

Nicolas Dewit


A propos Nicolas Dewit

Maître Pokémon depuis 1999, Nicolas est aussi champion de France du "Comme ta mère" discipline qu'il a lui même inventé. Né le même jour que Jean Rollin, il espère être sa réincarnation. On sait désormais de source sure , qu'il est l'homme qui a inspiré le personnage du Dresseur "Pêcheur Miguel" dans Pokemon Rouge. Son penchant pour les jeux vidéoludiques en fait un peu notre spécialiste des adaptations cinématographiques de cet art du pauvre. Il aime aussi les animés japonaises pré-Jacques Chirac, sans vraiment assumer.

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