The Movie Orgy 1


Petit objet culte au sein de la cinéphilie mondiale, The Movie Orgy c’est ce Saint-Graal que tout amoureux du cinéma essaie de toucher. Comme le dit lui-même Joe Dante, il faudrait distribuer des badges à la sortie I survived The Movie Orgy à tous les courageux complètement fous qui ont tenu l’esprit éveillé durant les quatre heures trente du programme. Plus qu’un film, The Movie Orgy tient plus du happening artistique, puisqu’il n’est qu’une succession d’extraits de films de série B, de publicités, de films institutionnels, d’émissions et de séries télé. Un collage destiné à donner une définition de la culture pop américaine des années ’50 et ’60. L’article qui va suivre est à l’image de ce film de montage, monument du détournement, et plus encore à l’image de l’expérience de spectateur: foutraque, déjanté, confus parfois, drôle toujours, mélangeant associations d’idées absurdes et références cultes.

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How I Survived The Movie Orgy

Shpack. Une porte s’ouvre. Joe Dante, la mèche grise toujours bien coiffée au coin du front, beau manteau de cuir sur les épaules, rentre sous un tonnerre d’applaudissements. Son petit sourire en coin fait ombre d’un sadisme conscient. Il a l’air de toiser du regard le public en imaginant qui de tous ces gens tiendra éveillé jusqu’au bout de la surprise. Puis vient le moment de prévenir, toujours avec son irascible humour: « Le film que vous allez voir est une œuvre d’art. Donc si vous n’aimez pas, l’argument est irrecevable. C’est de l’art ». Voilà qui est clair. L’expérience qu’il nous propose durera quatre heures et quarante cinq minutes; un instant, on sent qu’il attend que plusieurs personnes se lèvent de leur siège pour courir et fuir vers l’extérieur. Mais il nous sous-estime tonton Joe, à Amiens, on tuerait pour rester dans une salle de cinéma, d’abord parce qu’on est des cinéphiles aguerris mais aussi et surtout parce que dehors, il gèle. Alors il surenchérit. Il dévoile le mode d’emploi. Interdit de se lever durant le mini-entracte qui servira à changer les disques, là haut, dans la cabine de projection. Non. Si vous vous levez, c’est durant le film, car c’est conçu ainsi. De sorte à ce que tu puisses sortir, boire un coup, fumer une clope, uriner sur les murs du cinéma ou combler un risque de crise de claustrophobie aigüe. Puis revenir t’asseoir en te faisant huer par les autres parce que tu es faible. Les règles du jeu dévoilées, il ajoute, avec son sourire de gamin sadique, qu’il passera de temps en temps pour vérifier que la salle n’est pas vide. La pression est mise. Personne dans la salle ne veut décevoir le maître. Juste avant de refermer la porte et d’aller probablement s’empiffrer de bonne bouffe bien franchouillarde, il nous jette un dernier regard amusé mais plein de compassion:  »Bonne chance ».

Shpack. Cette fois ce n’est pas la porte. C’est le projecteur. C’est parti. Pour un cinéphile, être assis dans un siège – même peu confortable – pour survivre à quatre heures quarante cinq de ce monument culte est un peu l’épreuve d’une vie. Je soupçonne certains êtres faibles qui ont quitté la salle, d’avoir été pleurer dans les toilettes en se lamentant: « Mais pourquoi! Pourquoi ai-je failli! Pourquoi suis-je si fatigué, spécialement ce soir! Pourquoi, seigneur, pourquoi ce jour là! ». On se sent donc un peu missionné. On a l’impression d’avoir signé pour un Viet-Nam cinéphile et d’ailleurs on a préparé notre bagage pour survivre aux épreuves de la vie en conséquence. Se nourrir, se rafraîchir. Tout est prêt, les yeux rivés à l’écran, les mains elles, ne servent qu’à croiser les doigts. « Non. Non. Je ne m’endormirai pas ». Tout commence par un énorme Z sur l’écran. Comme un supplément d’âme aux instructions de Joe Dante, le film annonce: « Pour son contenu complètement trop long, ce film devrait être classé Z, comprenez: déconseillé ». A partir de ce moment, le cerveau est propulsé dans une autre dimension, les yeux se figent contre l’écran, on s’apparente très vite à Alex dans Orange Mécanique, forcé à regarder des images, sauf que nous, on est encore plus graves, car on est consentants. Aussi, ne vous étonnez pas si cette ligne est la dernière ligne à la syntaxe à peu près bien construite, le reste ne sera qu’à l’image du film, et de l’effet qu’il provoque.

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Tout a un début. Le nôtre, c’est un couple de cow-boys qui ne fait rien sous les tentes, mais qui a un copain cheval nommé Midnight. Midnight est trop cool. Midnight c’est un peu le Clint Eastwood des chevaux. Il a pas besoin d’avoir sur son dos un cow-boy, parce que Midnight est lui-même un cow-boy. Le premier cheval cow-boy. Il galope au cul des méchants pour les rattraper et leur flanquer une bonne raclée. Ouais. Il est comme ça Midnight. Tiens. Voilà une femme de plus de cinquante pieds bientôt chassée par une publicité Colgate qui explique aux enfants pourquoi ce dentifrice est le plus fort des dentifrices. C’est important, c’est vrai, et c’est pas parce que le début de Attack of the 50 foot Woman paraissait intéressant qu’on doit oublier de se laver les dents. A ce moment du film, deux personnes dans la salle se lèvent et sortent sous les regards plein de dédain et de suffisance du reste du public: moi je crois qu’elles ont été se laver les dents. Lorsqu’elles reviennent, Groucho, le fameux, s’amuse avec deux candidats dans sa célèbre émission You Bet your Life. C’est la fête sur le plateau du Marx Brother, les dames touchent même le corps des messieurs body-buildés, c’est dire. Eh bah bravo. C’est du propre tout ça, moi qui croyais que l’Amérique de l’époque était encore un brin puritaine… Et ce n’est rien, regardez moi ces jeunes, qui se dandinent comme des cul-de-jattes épileptiques sur du twist de bas étage. Vrooooom! Oubliés. Retenez plutôt Speed Crazy et son acteur de grand talent, Nick Barrow, qui au volant de sa Austin Healey nous tient d’emblée au courant! Ne me poussez pas! Tout le monde me pousse! Il ne faut pas pousser Joe! J’en ai marre qu’on me pousse! Pouce! On joue plus! C’est sûrement ce qu’ont dû se dire à cet instant les trois qui sortent en enjambant les courageux survivants. C’est dommage, ils ratent le moment où Alfred Hitchcock nous explique que le film que l’on va voir se terminera par des images de filles nues. Une motivation de plus pour nous tenir éveillés.

Booaaam. Quel souffle! Hitchcock a été désintégré et c’est un nuage atomique qui le remplace. Le nuage radioactif repeint le ciel et se confond avec les nuages. Ce sont ces même nuages qui sont percés par une soucoupe volante à peu près crédible. Oh mon dieu, je n’en crois pas mes yeux, ne me dites pas qu’il s’agit… eh bien si, ce sont les Teenagers from Outer Space! Interruption des programmes, Sir Alfred revient à la charge pour annoncer que finalement, ils n’ont pas eu ni le budget, ni le temps, pour tourner les scènes de filles nues. Le mec devant moi décide finalement d’abandonner, son dernier moteur à survivre étant maintenant désintégré. Il s’assoupit. Dommage pour lui, parce qu’il y en a eu des filles nues, et juste après. Même qu’une femme les a pris en photo. Je l’ai vue. Et des enfants aussi l’ont vue. Je vous jure. Ils se sont même réunis dans un petit cinéma pour venir voir les filles nues. Bien sûr que non je ne fabule pas. Je vous jure que je l’ai vue. J’ai tout vu. Même Hiroshima. Je l’ai vu. J’ai vu aussi The Lone Ranger et son fidèle copain indien Tonto, je peux donc témoigner que le masque du Lone Ranger est vraiment ridicule. La vision de ce dernier galopant en accéléré avec son pote sioux à ses côtés raccorde presque parfaitement avec le groupe de country qui chante en cœur Je suis né dans le Texas, mais j’ai grandi dans le Tennessee. On ne peut pas toujours faire de la bonne musique. C’est ce que l’on nous explique plus ou moins de l’histoire de celui qui a écrit je ne sais plus quelle grande chanson américaine. Ce que j’en retiens, c’est qu’au début sa femme pleure beaucoup, et qu’à la fin aussi. Peut-être pleure-t-elle parce qu’elle sort de la projection des Warner Pathé News. C’est gratiné. Sale journée. Des simulations d’attaques atomiques à New York et Washington. Y’a plus fun. L’élection de Miss America. Y’a plus fun. Le Vietnam qui vote pour la première fois en élisant son « président » à 98% des voix. Ça, par contre c’est fun. Surtout quand la voix off nasillarde des infos racole en décrétant: « une sacrée victoire pour la liberté! », sans oublier de préciser que si vous êtes d’une âme plutôt charitable, vous devriez fortement aider le Vietnam, vous-mêmes, en envoyant des bons à l’armée américaine. Bah tiens.

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L’armée américaine. On en parle beaucoup. Parce que leur meilleur représentant Rintintin sponsorise les céréales Nasco entre deux remises de médailles. D’ailleurs, elles sont trop bien ces céréales, si tu en manges souvent jusqu’à devenir obèse, tu peux collectionner des cartes postales de l’armée américaine. Ainsi tu connaitras tout par cœur des tanks et des missiles atomiques, ça peut te servir, durant la Guerre du Golfe, quand tu seras plus grand. Si tu préfères mourir avant, petit, tu peux acheter les céréales Alphabets, tellement énormes qu’une cuillère suffit à t’étouffer. A, B, C, D-LICIOUS! Jolie chanson d’accroche, mais absolument terrifiante chantée par ces deux gamins en train de mourir face caméra à force d’avoir refait la scène où ils s’empiffrent de ces immondes et trop grosses céréales. Voilà une fille qui pleure sur Greensleeves. Rien ne m’étonne. Toutes les filles pleurent sur Greensleeves. A ce moment de l’expérience, je tiens encore le coup. Ma première crainte était d’avoir trop faim, mais les gros plans des gamins avalant leurs céréales dégueulasses ont coupé toutes ces envies. C’était trop espérer que cela dure. Parce que par contre, cette recette de sandwich avec du beurre de cacahuètes Skippy et des bananes me provoque un effet assez étonnant, un mélange d’envie subreptice de manger et d’envie de dégueuler ses tripes. Quelques personnes sortent en file indienne, il va y avoir une sacrée odeur aux toilettes. Pendant qu’ils déglutiront en pleurant au dessus de la cuvette, ils manqueront l’un des moments les plus cultes, issus du Andy Gang, animé par le pétillant Andy Devine: il s’agit un peu d’un Jacques Martin américain en un peu plus horrible. Juste un peu plus. Enfin, il est quand même capable de forcer un chat à jouer du piano et une souris à moitié desséchée à jouer du tambour. Et le pire c’est que les gamins sont hilares et se mettent même à chanter en cœur: « Yes, Jesus loves me! ».

Et puis l’Amérique, ce n’est pas que ça. C’est aussi des héros. C’est Superman qui vole sur un fond bleu mal détouré mais qui a la classe parce que quand il plie les barreaux de ta chambre pour rentrer et botter le cul du méchant, il repart en oubliant pas de remettre les barreaux correctement. Quant à Robin des Bois, on comprend pourquoi il met une petite toque ridicule, c’est sûrement pour cacher ses cheveux parce qu’il sponsorise un super shampooing au cholestérol! C’est le principe étonnant du shampooing qui te rend les cheveux gras. On aime bien être sales en Amérique. En témoigne cette publicité pour une baignoire géniale sur laquelle il y a un produit qui permet de ne pas changer l’eau, et de se laver dedans plusieurs fois! Il y a aussi ce savon qui sert aussi un peu de désodorisant, et qui permet à la petite bourge d’aller à son bal de promo sans prendre de douche pendant deux jours! Sympa! Une fille sort de la salle. Elle avait dû dépasser les deux jours. Les autres n’ayant pas peur des odeurs, continuent l’expérience, droits comme des i sur leurs fauteuils. Ils assistent alors entre deux leçons sur les fleurs et leur pistil à des révélations incroyables autour de Lassie: oui, Lassie est un chien fidèle dans Lassie’s Rescue Rangers. Les Rangers américains sont les meilleurs. En témoigne American Cop, qui commence même par nous le dire avec une voix qui en a dans le pantalon: De tous les policiers du monde, les meilleurs des meilleurs sont les Rangers américains, car ils possèdent l’équipement le plus à la pointe par delà le monde. Sauf face à un dinosaure, vu la tronche du Texas Ranger qui vient juste de se faire bouffer. The End. Quant à George Raft, il le dit lui même: I’m the Law! Lui, il est tellement balaise qu’il fait passer Les Experts de TF1 pour des amateurs. Il a quand même élucidé le mystère de l’acide sulfurique contenu dans l’eau qui tombe des tuiles par le trou dans le plafond et qui aurait donc délogé le buste de Platon de son étagère, jusqu’à tuer le mec super important qui travaillait sur son bureau juste en dessous! Qui dit mieux? Du dit « brave Texan » de Tales of the Texas Rangers jusqu’aux Green Berets, on ne peut pas dire que l’armée américaine soit pas équipé pour botter le cul des méchants. Ça. Non. D’ailleurs. Au passage. Faites un don à l’armée américaine. Faites un don à l’armée américaine. Est-ce que ça vous a plu? Vous en voulez encore? Faites un don à l’armée américaine.

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Un autre film démarre. Oh, un péplum, ou un mélo historique, je ne sais pas trop. Queen Esther que ça s’appelle. « Ma fille, tu as beau être Reine, sache que toute ta vie, il sera difficile dans ce monde d’être juive ». The End. Ça, ça a le mérite d’être clair. Parlons justement de religion. Dieu est un instant chef d’orchestre du monde, une énorme symphonie. Jésus essaie de descendre de sa croix mais le prieur le ré-agrafe mine de rien. Et est-ce une blague que ce monsieur judéo-chrétien qui présente un téléachat particulier, dans lequel tu peux acheter des accessoires de torture diversifiés pour être le bon judéo-chrétien, comme des fouets (les mêmes que dans la Bible!) ou bien des piloris? Ah et pour tout achat, tu reçois un poster de l’amitié judéo-chrétienne avec les Musulmans. Pour avoir l’impression d’avoir un vrai ami musulman. Un petit personnage de cartoon nous fait quitter le sujet délicat de la religion pour nous ramener à d’autres réalités: Est ce que ça vous a plu? Alors vous aimerez… Bam. Les tampons spéciaux menstruation douloureuse! S’en suit toute une explication détaillé du cycle féminin et de comment il faut faire pour bien positionner son tampon! Ragoûtant! Toujours mieux que le mode d’emploi imagé de comment soigner une cloque. Avec gros plans sur comment la percer correctement. Sans oublier le catalogue ultra sexy de toutes les variantes de mycoses des pieds! Hum. C’est marrant parce que justement Tarzan nous rappelle que lui, pour continuer à être le Roi de la Jungle, il suit une hygiène de vie stricte. Il a dû voir comment soigner les mycoses et les cloques. A coup sûr.

Voilà maintenant successivement toute sorte de monstres. Il y a Tarantula, l’araignée géante, mais aussi The Amazing Colossal Man, un mec géant et chauve qui ressemble vachement à Lou Ken. Le lézard géant de The Giant Gila Monster, lui, a l’air de beaucoup terroriser les Texans, et là bizarrement, ils n’ont pas de Texas Rangers capables de lui botter le cul. Ils ont bien Wyatt Earp, mais il repart aussi vite qu’il n’arrive. Comme Joe Dante, qui rentre une première fois pour contrôler le degré d’épuration dans la salle. Il ressort sur un énième: « Il ne faut pas pousser Joe ». Il ne faut pas pousser non plus sa gamine à expliquer pourquoi elle est rentrée à trois heures du matin. Parce que très vite, on peut avoir de sacrées surprises, comme apprendre qu’elle prend des cours très particuliers avec un prof de sciences pervers. Mon dieu, que le monde fait peur. Qu’il est horrible. Heureusement que les Beatles sont là pour nous chanter des She Loves You salvateurs! Cela donne en tout cas plus d’espoir en la beauté de la vie que Elvis Presley chantant son tube Hound Dog dans les yeux d’un basset déprimé. Cela fait presque deux heures et demie qu’on est ici. Une femme sort. Le basset d’Elvis a dû lui rappeler qu’il faut qu’elle aille sortir son chien. A moins que ce ne soit le documentaire Every Dog is a Gentleman ou l’extrait très canin de Return of Rusty.

Moi, je me mouche. Je ne fais que ça. Le froid qui règne à Amiens a eu raison de moi depuis des jours. Alors autant dire que je vis assez mal la publicité pour les vaporisateurs nasaux Dristan. Pendant que j’use un mouchoir de plus, entre deux explications du fonctionnement du super Hach-o-matic, The Lone Ranger et son pote Tonto arrivent au pont de Abilen. Ils auraient pu y arriver plus vite mais entre-temps ils ont rencontré les motards aux cheveux longs de Motor Psycho, qui leur ont fait une démonstration de dérapages ringards. Boom. Encore une fois. Interruption des programmes. On nous annonce les News of the President! Nixon démissionne entre deux publicités pour laxatifs. Mais pas n’importe quels laxatifs, ceux là ils n’attaquent pas l’estomac, mais seulement le bouchon! Charmant. Un autre homme politique, lui, s’explique sur ses finances, et accuse allègrement ses enfants de le corrompre en lui faisant acheter des tonnes de choses inutiles, notamment des chiens. Son interminable intervention – mais plus minable que inter – est ponctué par une annonce sur les migraines. Certaines personnes seraient plus sensibles aux migraines que d’autres. Les quatre personnes qui sortent fumer doivent en être et ils ne prennent pas Bufferin. N’oubliez pas. Prenez Bufferin! Bufferin. Plus que la migraine, je crois que c’est la peur des criquets géants qui les a fait fuir. Mais comme le film s’appelait The Beginning of the End, peut être qu’ils se sont dit que c’était enfin la fin, et sont sortis un peu en avance pour éviter les bouchons. Il y avait pourtant les laxatifs pour ça. Joe Dante rentre à nouveau, il reste sur le côté, la salle est déjà quelque peu désemplie, mais beaucoup résistent tant bien que mal. On est un peu comme enfermés dans un abri anti-atomique, ce n’est donc pas pour rien si les spots de prévention sur les consignes à respecter en cas d’attaque nucléaire nous intéressent. Plus encore, elles nous font bien marrer. Nous, on est bien à l’abri. Alors forcément, entendre la voix off expliquer que si les habitants de Hiroshima et Nagasaki avaient respecté ces consignes de sécurité, des morts inutiles auraient été évitées, ça nous fait bien rire. Vraiment beaucoup d’humour ces américains.

La dernière heure s’entame sur le chant dépressif du groupe The Animals qui jouent leur fameuse chanson The House of the Rising Sun dans une mise en scène vraiment visionnaire pour l’époque. Elle démarre finalement bien, cette dernière heure, surtout avec la publicité pour la Batmobile avec dedans un enfant trop ridicule déguisé en Batman nain. Cet enfant, en grandissant, sera peut être l’un des jeunes dépravés de Young Americans. Un film mieux que La Vallée du Bonheur, dixit l’annonceur, et en plus, c’est en couleur! C’est en couleur! C’est en COULEUR! Par contre, le film Le Cordonnier et les lutins, lui, n’est pas en couleur, mais puisqu’on parlait juste avant de nains, vous en trouverez tout une ribambelle dans ce petit film pour enfants! C’est un joli film qui délivre de beaux messages. On y dit un peu que les nains ne sont pas des vrais humains, et qu’on peut les exploiter allègrement en leur faisant faire tout et n’importe quoi à l’écran! Petit interlude. Un couple se court après au ralentit, une voix d’homme doucereuse commente avec tendresse les images: Nous nous courrions après, nous vivions une vie d’amour comme nulle autre, nous étions libres. Puis je l’ai saisie à la taille, et nous avons roulé dans l’herbe, roulé, roulé. Et c’est là que j’ai eu un flash: j’ai su que je devais voter socialiste!. C’est peut être parce qu’il y’a trop de socialistes dans son pays que The Giant Claw, un des monstres géants du cinéma les plus ratés – on dirait véritablement qu’il est passé dans un mixeur à la naissance – décide d’attaquer les villes. En tout cas, cette dernière heure lobotomise les cerveaux des spectateurs à mesure que le rythme des transitions s’accélèrent. Plus personne ne semble assimiler quelque chose. La femme de plus de cinquante pieds est mêlée avec le colosse chauve qui apprécie mal les piqures. Puis c’est au tour de Moby Dick de faire une brève apparition, au détour d’une escale maritime qui met en jeu la fameuse Créature du Lagon Noir. Les criquets continuent de semer la zizanie, Nick Barrow ne veut toujours pas qu’on le pousse. Quelques rafales d’avions poussent King Kong du haut de l’Empire State, il s’écrase dans un dernier râle. Tous les méchants monstres finissent par perdre. C’est vraiment beau l’Amérique.

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A cet instant. Le monteur fou Joe Dante s’amuse une dernière fois. Une panoplie de « Bonsoir! » et autres « Au revoir, à bientôt! » s’enchaînent durant de longues minutes. Les « The End » prennent leur tour. La fin de The Movie Orgy devient donc officiellement la fin la plus longue de toute l’histoire du cinéma. Le petit Porky Pig de la Looney Tunes finit par un « That’s All Folks! » qui éteint à jamais le projecteur. Quelques nuls se réveillent. La lumière se rallume. Les applaudissements sont nourris, les gens sont ravis: exténués mais ravis. Lorsque l’on sort, dans le couloir on sent que tout le monde se regarde avec un sentiment de respect profond, comme une forte camaraderie: « On a tous vécu le Vietnam les gars, jamais je l’oublierai! ». La lumière du jour. On ne la verra pas. Seulement le brouillard. Tout le monde est dans le brouillard. Il est déjà demain et il faut rentrer pour dormir, car demain, le Festival continue. Et c’est pas ce satané Vietnam qui va nous arrêter. Au contraire. Ça ravive une cinéphilie. Oui. Ça ravive un cinéphile de pouvoir dire: J’y étais. I survived The Movie Orgy.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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Commentaire sur “The Movie Orgy

  • DEWIT

    « Je heu. Je sors pour heu, fumer une clope parce que Joe Dante a dit que j’avais le droit et … »

    *regard chargé de mépris des spectateurs »