The Hole 3D


Dernier film en date de Joe Dante, The Hole est aussi son premier film de cinéma réalisé sur une production indépendante d’Hollywood, où il est désormais blacklisté. Sorte d’hommage à la vague des teen-horror movies des années ’80 et ’90, The Hole est un film brouillon, encore inédit en France.

The Hole movie image Haley Bennett and Chris Massoglia

Une carrière dans un trou noir

La carrière de Joe Dante est autant admirable qu’elle comporte quelques légères sorties de routes. Même si certains films de commandes comme Explorers (1985) ou Small Soldiers (1998) ne sont pas pleinement réussis, on peut facilement y déceler des thèmes chers à son auteur, et un certain charme d’époque. En ce sens, The Hole est à mon sens le premier vrai « film raté » de Joe Dante. Premier film tourné hors des rouages d’Hollywood où il a été totalement blacklisté suite aux échecs commerciaux successifs de Gremlins 2: The New Batch (1990), Panic sur Florida Beach (1993), Small Soldiers (1998) et Les Looney Tunes passent à l’action (2003), Joe Dante est devenu le vilain petit canard au sein des grands studios, l’un de ces Gremlins, génies perturbateurs bannis d’Hollywood, aux côtés d’autres camarades visionnaires comme Terry Gilliam. Après avoir trouvé refuge à la télévision où il a trouvé une manière d’exprimer son politiquement incorrect, Joe Dante peine à trouver des finances pour mettre en route de nouveaux projets pour le cinéma. C’est peut être le manque de moyens de The Hole qui a contraint le talent de Joe Dante, qui est l’un de ces visionnaires fantastiques qui siéent si bien aux budgets confortables d’Hollywood.

Pourtant, en 2008, lorsqu’il lance le projet de The Hole, il a un gros argument sous le bras: il souhaite le tourner entièrement en 3D. Si pour l’époque, il apparaît finalement comme un précurseur – le vrai boom de la 3D ne surviendra qu’à la fin de l’année 2009 avec Avatar de James Cameron – cela a considérablement alourdi la facture, et retardé sérieusement la production du film. Qui plus est, c’est finalement le fait que le film soit en 3D qui a nui à sa distribution, et Joe Dante l’explique très bien:  »Le film a désormais trois ans et il n’est toujours pas sorti aux États-Unis. En fait, il s’est fait complètement ensevelir par la grosse vague de la 3D convertie qui a déferlé sur Hollywood. Quand j’ai terminé le film, des tonnes de films vraiment mauvais sont sortis, tournés en 2D et convertis à la va-vite en 3D. Notre film a été totalement éclipsé par la masse de films qui sortaient, dans un premier temps, puis ensuite par le ras le bol des gens pour la 3D convertie de mauvaise qualité. Le réel problème c’est que ces films convertis sont souvent des films d’horreur, et du coup, The Hole a tout de suite été associé à cette vague, alors qu’il avait été tourné en 3D deux ans avant, et n’avait pas été regonflé pour suivre la mode! ».

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Le film est un hommage assumé à toute cette époque s’étendant de la fin des années ’80 jusqu’au milieu des années ’90, qui a vu émerger tout un sous-genre du cinéma d’horreur que sont les teen-horror movies. Des adolescents, de l’horreur, voilà le cocktail quasiment répété à l’infini dans la production de genre hollywoodienne de l’époque. The Hole a un petit peu de ça, l’histoire suit un adolescent qui vient de déménager avec sa mère et son petit frère dans une petite bourgade tranquille. Alors qu’il se lie d’amitié – et plus si affinités – avec la jolie voisine, il l’embarque dans une drôle d’histoire puisqu’ils ont découvert un trou (a hole) sous une étrange trappe cadenassée, en plein milieu de la cave. Métaphoriquement, ce trou sans fin se révélera comme la symbolique des peurs de l’enfance d’où sortiront les matérialisations des traumatismes de chacun.

Joe Dante affirme que ce film n’est pas un film de commande mais bel et bien un réel film intimiste. C’est un film sur l’enfance, comme la plupart de ses films, mais qui pèche par un scénario et une intrigue peut être trop légère. Lors de son passage à Amiens, Joe Dante l’a lui même avoué: « Le récit était si peu consistant, finalement, que j’ai tout de suite pensé que la 3D lui donnerait un peu d’épaisseur ». La symbolique de ce puits qui renferme les peurs enfantines arrive si tardivement dans le film que toute la première partie décontenance par son aspect fourre-tout grotesque. On navigue d’une intrigue avec une petite fille macabre façon Ring (Hideo Nakata, 1998) qui s’avérera être la représentation de la peur de la voisine, avec des séquences avec un petit clown sordide qui prend vie – l’un des personnages d’horreur les plus intéressants du film – au carrefour d’un Gremlin et du clown de Ça – Il est revenu (Tommy Lee Wallace, 1990), métaphore de la peur du petit frère, et enfin, d’une figure horrifique de l’Ogre paternel, terreur du héros. Cette succession de sous-intrigues est un peu brouillonne, et rend le film et son scénario assez difficile à suivre. On a tellement l’impression de voir un catalogue des figures d’horreur des années ’80 à ’90 qu’on attend de voir le bébé tueur et le psychopathe costumé.

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S’additionne à un scénario faiblard, le manque évident de budget technique, qui semble avoir été dilapidé uniquement dans les caméras 3D. Le film dans sa forme initiale, en relief, est totalement invisible, puisqu’il n’a quasiment jamais été montré en salles. Le reste de l’aspect technique du film a la patine d’un film de télévision tourné en numérique. Peu inspiré, la mise en scène s’enfonce dans un classicisme distant, et on ne retrouve pas l’humour de la Joe Dante touch, ni son inventivité de visionnaire. Quelques étincelles existent, mais elles ne sont même pas assez puissantes pour allumer la mèche. Alors qu’il a avoué, lors de son passage en France au Festival International du Film d’Amiens, qu’il recherchait actuellement de l’argent en Europe, nous espérons grandement que ce film de loup-garou et de vampires intitulé Monster Love qu’il essaie désespérément de monter, lui permettra enfin de retrouver son génie sarcastique et ses yeux de visionnaire enfantin et macabre à la fois.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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