Joe Dante: une carrière Dantesque 4


A l’occasion du 31ème Festival International du Film d’Amiens qui lui rendait un double hommage avec une rétrospective et une carte blanche, le réalisateur Joe Dante a donné aux festivaliers une masterclass exceptionnelle. L’occasion de revenir sur la carrière atypique et dantesque d’un réalisateur en marge à Hollywood.

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A Teenager from Outer Space

« Alors que j’étais tout petit, mon grand père regardait avec moi des westerns à la télévision, c’était dans les années ’50 au tout début de la télévision, on se posait devant et il me montrait à l’écran les personnages, il me disait :  »Tu vois, lui, il s’appelle Tim Kaye, c’est le propriétaire des chemins de fer, c’est le méchant ». Peu à peu j’ai compris que derrière les personnages il y avait des acteurs, qu’il y avait une intelligence. Mais la télévision a fini par tomber en panne, et on a pas eu de télé pendant deux ans car on avait pas l’argent pour en racheter une. Donc, très vite j’ai commencé à aller au cinéma du coin, en particulier pour les fameuses  »Matinee » du samedi. C’était royal, on pouvait voir deux films, dix dessins animés et une série! Et si on arrivait avant onze heures du matin on pouvait même rentrer gratuitement! D’habitude je regardais juste les dessins animés, puis un jour j’ai décidé de rester voir le  »film pour les grands » qui était Le météore de la nuit (It came from outer space de Jack Arnold, 1953), un film de science fiction qui m’a ouvert les yeux sur d’autres horizons. En voyant ça je me suis dit :  »Ah oui, c’est vrai que c’est plutôt cool!’. J’ai donc réitéré l’expérience, j’étais le seul gamin de la ville à aller au cinéma, je me rappelle avoir été ensuite à un double programme qui jouait les films Abott & Costello meet the Mummy et World Without End (1956). J’ai vu les deux films, deux fois de suite, et finalement mes parents ont appelé la police car ils ne me voyaient pas rentrer! Pour moi, c’était un rituel, c’était comme aller à l’église, on ne savait pas ce qu’il allait se passer. Enfin, pour conclure sur ma cinéphilie, en grandissant je suis devenu un vrai collectionneur de films, en 16mm ou 35mm, de tous genres et plus ou moins rares. »

Influences & Cartoons

J’ai toujours voulu être un  »cartoonist », il s’agit de mes premières envies de cinéaste. Très jeune j’ai fait vingt cinq films que j’appelle  »de boite à chaussures », c’était des cases que je collais les unes aux autres et que je faisais tourner avec un crayon pour les animer à l’intérieur d’une boîte. J’ai été très influencé par tous les dessins animés de l’époque. Les Walt Disney bien sûr, mais surtout les premiers films des Looney Tunes de la Warner, ou les films de Woody Woodpecker. Je n’étais par contre pas très fan des choses comme Casper, c’était pour moi révoltant, c’était un trop gentil fantôme! Mais ma référence suprême reste Chuck Jones et ses Looney Tunes, puis par affiliation, le cinéma de Frank Tashlin. En fait, pour comprendre l’univers d’où je viens et mes influences, il faut avoir vu les films de Chuck Jones, Frank Tashlin, Douglas Sirk et Jack Arnold. J’ai été très influencé par Frank Tashlin, car il a commencé lui aussi par le cartoon puis par la suite est passé aux films de prise de vue réelles. Il a opéré ce changement tout en gardant sa vision de réalisateur de dessins animés. Tous ses plans et ses trouvailles visuelles, ses gags, sont dans l’esprit du cartoon. Ses films étaient avec Jerry Lewis et Bob Hope dans lesquels on regardait la caméra et qui rappelait aux spectateurs qu’ils étaient devant un film. J’ai toujours voulu ressembler à Frank Tashlin: j’ai essayé tout au long de ma carrière, de le copier, de lui rendre hommage. Douglas Sirk, lui, dépeignait dans les années 50 la superficialité de la vie de cette époque, et j’ai essayé de conserver cet aspect dans tous mes films. Quant à Jack Arnold, c’est parce qu’il avait cette faculté à parler de cette paranoïa qui nous gagnait à l’époque, en pleine guerre froide, où l’on était tétanisés par la possibilité d’une guerre atomique. Sous la surface de ses films, qui étaient de la science-fiction, il y avait toujours autre chose à voir, sous la carapace. Et le style de ce dernier a largement déteint sur tous mes films.

Montage de Bandes Annonces
& Grands Détournements

« J’ai commencé par être monteur de bande-annonces pour la New World, le studio de Roger Corman. Lorsque l’on est chargé de monter des trailers, on doit regarder les films, entièrement, plusieurs fois, on dissèque chaque scène, puis on doit sélectionner les trois ou quatre séquences clés, voir parfois moins. Ainsi, un film d’une heure et demie en devient réduit à deux petites minutes. Donc très vite j’ai été capable de discerner ce dont on a besoin dans un film, et ce dont on peut se passer. A l’époque Corman ramenait en Amérique des films européens, cela m’a permis de découvrir plein de réalisateurs comme Fellini ou Truffaut. D’ailleurs Fellini m’avait félicité car il trouvait ma bande-annonce d’Amarcord (1974) beaucoup mieux que celle qui était diffusé en Italie! Cette expérience de monteur m’a amené à faire The Movie Orgy avec Jon Davison. On a remplacé nos manipulations d’images sur la table de montage pour aller plutôt derrière les projecteurs, où l’on projetait en direct et alternativement des extraits de films de série b, de publicités ou d’émissions de télévision à l’aide de deux projos qui envoyaient les images l’un après l’autre. C’était une sorte de happening, un essai artistique, dans sa forme initiale l’expérience durait plus de sept heures. Aujourd’hui la compilation que l’on en a fait dure quatre heures et quarante cinq minutes… seulement. C’est suite à cette expérience de détournement que Corman m’a laissé réaliser mon premier « vrai » film, qui est Hollywood Boulevard (1976), une comédie légère qui faisait partie d’une trilogie mise en route par Roger Corman et qui reposait sur un concept simple: un film avec des teenagers qui se déshabillent, un autre avec des profs qui se déshabillent, et un dernier avec des infirmières… qui se déshabillent. C’était un film assez absurde qu’on a fait très vite, avec peu d’argent, et à deux réalisateurs puisque je l’ai co-réalisé avec Allan Arkush. Là aussi il s’agissait de détournement, on récupérait des scènes de films d’action que l’on collait avec nos propres prises de filles à forte poitrine, et on avait donc des nanas dénudées qui se battaient en duel contre des philippins armés jusqu’aux dents! J’avais peur à l’époque que ce soit le premier et dernier film que je puisse faire, donc j’ai tout fourré à l’intérieur, tous les styles possibles et inimaginables, il y a même dedans des mises en scène à la Mario Bava ou un cousin de Godzilla! Tous ces détournements nous ont surtout permis de faire de très gros progrès en montage et de commencer à appréhender la réalisation, cela a été une bonne école pour faire après nos propres films. »

Eclosion dans la Corman school

« Dans l’écurie de Roger Corman il y avait un sentiment de camaraderie très fort, mais aussi pas mal de coups de couteau dans le dos. On était tous « les enfants de Roger Corman » et on avait tous comme motivation suprême d’obtenir la bénédiction du père. Alors bien sûr, tout le monde voulait faire mieux que les autres. Il en a résulté de très grandes amitiés, mais aussi des haines tenaces. La méthode Corman était très particulière, notamment sur sa manière de travailler les scénarios. Parfois on avait des retours de nos scripts avec des petites annotations « plus de seins nus » ici, « plus de violence » par-là, mais malgré ça on était extrêmement libres, il respectait beaucoup nos univers créatifs, du moment que l’on dépassait pas le budget. Roger Corman était quelqu’un de profondément de gauche, il avait même des affiches des révoltes françaises de Mai 68 dans son bureau! Donc tous les films que l’on produisait au sein de la New World Pictures étaient très politiques, comme Piranhas (1976) qui était un film avec un discours anti-establishment très fort. Mais l’intelligence de Corman, c’est qu’il a toujours su remplir les films avec des personnages révolutionnaires, des gauchistes, avec des idées sous-jacentes très politiques, mais en gardant à l’idée, toujours, que tout cela ne devait jamais interférer ou mettre en danger le succès commercial du film. D’ailleurs, ce n’est pas étonnant si tous les films de Roger Corman ont été rentables, exceptés son meilleur, The Intruder (1962). Lorsque Roger m’a proposé Piranhas, le script était déjà très politisé. Il avait été réécrit par John Sayles sur la base d’un mauvais scénario. John Sayles est un des amis que je me suis fait dans l’écurie Corman, il m’a accompagné dans beaucoup de mes projets. Il a été le scénariste de Hurlements (The Howling, 1981) et a joué dans plusieurs de mes longs-métrages. Ensemble nous avions même essayé de monter un remake de La Momie mais il n’a jamais vu le jour, finalement c’est ce film désastreux façon Indiana Jones qui a été préféré par les studios. »

Le Cadeau de Spielberg

« Steven Spielberg m’a repéré la première fois quand il a vu Piranhas. A l’époque le film avait été très mal vu par le studio Universal car il devait sortir en même temps que Les Dents de la Mer 2. Le studio a tout essayé pour que Piranhas soit alors interdit de sortie. C’est Spielberg lui même qui a sauvé Piranhas, en apaisant un peu la furie de la major en leur disant: « Non, ce n’est pas un plagiat c’est une parodie, rien qu’une grosse blague! ». Il a eu beaucoup de flair, car Piranhas était bien meilleur que Les Dents de la Mer 2! Il a ensuite vraiment voulu travailler avec moi lorsqu’il a vu Hurlements, tout de suite après il m’a proposé le scénario original de Chris Colombus, Gremlins (1984), que Steven voulait produire comme un petit film de monstres un peu en marge. Le scénario original de Chris était beaucoup plus gore, il y avait plus de sang et de morts, mais au fur et à mesure qu’on a commencé à concevoir le design des créatures, on s’est rendus compte qu’il y avait une part amusante dans ces petits monstres, et qu’il fallait l’exploiter. Steven est intervenu principalement autour du personnage de Gizmo, il n’aimait pas le fait que ce soit lui qui devienne le méchant Gremlin avec la crête, il m’a dit: « C’est une star, il est tellement mignon, il faut le garder et qu’il devienne le pote du héros! », et comme toujours chez Spielberg, il a eu le flair pour prendre exactement la décision qu’il fallait. Cela a posé quelques soucis, car à l’origine Gizmo ne devait pas apparaître autant, et manipuler la petite marionnette de mogwaï était assez délicat car comme on avait pas beaucoup d’argent, tout était manipulé à la main et pas en CGI. Gremlins était donc un film à petit budget au sein d’un grand studio. Je n’ai pas du tout été ennuyé personnellement par les producteurs sur ce film, principalement parce qu’ils ne voulaient pas se fâcher avec Steven! Mais même s’ils nous ont laissé faire notre film, ils ne cachaient pas le fait qu’ils n’aimaient pas du tout le script, ils n’y voyaient aucun intérêt, ils n’aimaient pas non plus le nom des monstres, et auraient bien voulu remplacer le nom de Gremlins par « Peoples ». Même si ce film a changé le paysage hollywoodien dans les années 80 et par la même occasion ma carrière, personne n’y croyait à l’époque. Une fois le film terminé, le studio voulait tout changer, mais l’avantage avec Steven Spielberg c’est qu’il est toujours du côté des réalisateurs. Il les a convaincus de laisser le film se faire jusqu’à son terme et d’organiser une projection-test. A la surprise générale ça a été un énorme succès, les gens criaient, riaient, applaudissaient. En une heure trente les gens du studio se sont totalement métamorphosés, ils étaient ravis, leurs yeux faisaient des Gling-Gling, Dollars-Dollars comme dans un cartoon et ils se sont dit; « Chouette, on va se faire plein de fric avec le merchandising ». En trois semaines tout était déjà prêt: peluches, jouets, c’était incroyable. Après ça ils n’avaient qu’une idée en tête: me signer pour la suite. Mais j’ai longtemps refusé, j’étais trop fatigué par le tournage et la promotion du premier. On a donc attendu quand même cinq années entre les deux films. On me dit souvent que les Gremlins c’est Les Muppets dans un trip au LSD et je dois vous avouer que si on a attendu cinq années pour faire le deuxième, c’est parce que l’on était dans l’attente que Gizmo sorte de sa cure de désintoxication! »

Le Gremlin d’Hollywood

« Quand on fait un film, on essaie toujours de faire passer son message, ses préoccupations, sa personnalité, mais pour le studio ce n’est pas la priorité, c’est d’abord le public et l’identité, l’idée de plaire au plus grand monde. L’intérêt c’est de réussir à l’intérieur de ces grands studios à imposer son esprit, sa touche personnelle; et plus on a de succès, plus on essaie de le faire, de gagner du terrain. Le succès du premier Gremlins m’a clairement ouvert des portes et m’a permis justement d’avoir plus de terrain pour imprégner mes films de mon propre univers. Juste après, vu que j’avais refusé de faire Gremlins 2 pour l’instant, j’ai réalisé Explorers (1985) pour la Paramount. Je n’ai pas eu assez de temps pour faire ce film, la Paramount a eu des soucis internes, et la nouvelle direction m’a demandé de rendre le film deux mois avant. Ils n’ont pas voulu non plus organiser de projection-test. Finalement il en est sorti quelque chose d’assez mauvais, le montage proposé en salle n’était même pas terminé! Même si ce film a ses fans ce n’est vraiment pas le film que j’affectionne le plus. Je préfère largement L’Aventure Intérieure (Innerspace, 1987) qui a été un film beaucoup plus fun à faire. Le premier scénario du film était un film de science-fiction dramatique, c’est moi qui ai pensé que cela devait être une comédie. Je pense que c’est un très bon film mais il n’a pas eu plus de succès que Explorers, tous les deux ont été des gros flops. Le succès mondial des Gremlins s’était transformé en film culte, les studios me faisaient toujours plus du pied pour que je signe la suite, j’ai finalement accepté cinq ans plus tard. J’ai eu une totale liberté sur le deuxième opus, ils n’avaient pas trop de craintes, du moment que je rendais ma bobine finale à temps pour la sortie en salle. J’avais plus d’argent, plus de temps, et les technologies avaient bien évolué. Je me suis senti tellement libre sur la création de ce film que j’y ai placé plein d’éléments de ma propre cinéphilie et de mon amour du détournement. Beaucoup de gags de Gremlins 2 sont empreints aux films de Frank Tashlin, aux cartoons agressifs et cruels de Tex Avery ou au film Hellzapoppin (1941) de Henry C. Potter. Beaucoup le considèrent comme mon chef d’oeuvre, personnellement c’est un de mes films que je préfère, je le considère en tout cas largement supérieur au premier opus. Je crois que les studios ont beaucoup regretté de m’avoir laissé carte blanche, le film était très satirique, corrosif et fou furieux. Ils ne s’y attendaient pas, ils ont dû se souvenir qu’il ne fallait plus jamais me filer carte blanche sur un projet. L’autre film qui me tient beaucoup à cœur mais qui n’a pas eu non plus de succès public est Panic sur Florida Beach (Matinee, 1993). C’est mon vrai film de cinéphile, né d’un désir de parler du cinéma que j’aime et que j’ai aimé enfant. Toute l’histoire du film est donc un peu la mienne. J’avais le même âge que le gamin du film durant la crise des missiles cubains et durant un weekend on était tous persuadés qu’on allaient plus jamais avoir école après ça… C’est aussi un hommage à tous ces films de science-fiction et d’horreur qui m’ont marqués étant gosses. William Castle à qui je rend hommage dans Panic sur Florida Beach n’était pas un très grand réalisateur… Le seul grand film qu’il ait fait, il ne l’a pas réalisé lui même en réalité, il s’agit du Désosseur de Cadavres (The Tingler, 1959). Mais par contre, c’était un grand showman. Il savait investir son argent sur le marketing. Il avait par exemple eu l’idée de faire de la pub sur une idée géniale: « Si vous mourrez devant mon film, votre famille sera indemnisée ». Il avait aussi remarqué que Alfred Hitchcock avait réussi à faire de la marchandisation avec sa propre personnalité, qu’il avait sa propre émission, qu’on reconnaissait sa silhouette, alors il a décidé de faire la même chose! Il utilisait plein de petites animations dans ses soirées, des squelettes qui allaient dans la salle, des appareils sous les sièges pour faire sursauter le public. Encore aujourd’hui, quand Le Désosseur de Cadavres repasse aux Etats-Unis, on réinstalle ces sièges avec les décharges électriques pour faire bondir les gens. J’ai beaucoup aimé ce côté cabotin, et j’ai donc trouvé que ce personnage était le mec idéal pour transmettre l’idée des « Matinee » de l’époque dans mon film. Je voulais aussi à la manière de Jack Arnold, faire transparaître cette peur qui nous hantait alors, puisqu’on craignait vraiment une troisième guerre mondiale compte tenu de la situation très tendue entre les Etats-Unis et les Soviétiques. Ces deux films sont donc mes films les plus personnels et les deux films que je préfère de ma filmographie, mais leur insuccès en salle m’a refermé un peu la porte des studios au nez, d’ailleurs Panic sur Florida Beach était déjà en soi un film indépendant qui a eu du mal à se monter. »

Un naufragé à la dérive

« Après ça, tout a été très difficile, je n’ai réalisé que trois films de cinéma en dix ans, des films moins personnels et qui en plus n’ont jamais vraiment rencontré leur public. J’ai eu beaucoup de mal à monter mes propres projets à Hollywood. Des films comme Small Soldiers (1998) ou les Looney Tunes passent à l’action (2003) étaient des films de commande que j’ai essayé tant bien que mal de me réapproprier. Je ne suis plus vraiment celui à qui on donnerait une carte blanche. On ne m’a même pas appelé pour le projet autour d’un Gremlins 3, c’est dire, on ne m’en parle même pas, même si je suis certain que cela se fera un jour, peut-être pas sous la forme d’une suite mais probablement un nouveau film avec des nouvelles créatures, des nouveaux héros… Je suis actuellement en train de chercher des financements, ici, en France, pour mon prochain film Monster Love qui a aussi beaucoup de mal à se monter (ndlr: le film est annoncé comme un Roméo et Juliette entre un vampire et un loup garou, quelque chose comme Hurlements rencontre l’humour gore des Gremlins). Aujourd’hui, Hollywood a beaucoup changé, les films qu’on y fait ne sont plus les mêmes. On est d’accord que c’est difficile d’aller en famille voir des films où l’on voit des gens se faire découper ou passer au broyeur, et justement aujourd’hui Hollywood a décidé que les films d’horreur devaient passer en revue toute les techniques inimaginables pour détruire un corps humain. Dans les années 80, le cinéma d’horreur était beaucoup plus familial, car plein d’humour et de second degré. En 2011, on veut du spectacle, de la haute technologie, il est difficile de dire si cette césure qui s’est opéré entre le film d’horreur et la comédie familiale est intentionnelle au studio ou non, mais elle existe. Néanmoins, on me parle quand même depuis cette année d’un revival du genre, beaucoup de monde me demande ce que j’ai pensé de Super 8 de J.J. Abrams, et de ce qu’on m’en a dit, on dirait bien que cela ressemble à certains de mes films, mais je ne l’ai encore jamais vu. J’aime beaucoup aussi ce qu’a fait récemment Joe Cornish avec son film Attack the Block, c’est un film très frais et intelligent avec plein de trouvailles, et on y retrouve un peu l’esprit de l’époque. Tous ces gens sont des jeunes qui grimpent les échelons comme nous à l’époque. Mais rester dans l’industrie du cinéma n’est pas si facile, il y a beaucoup de gens qui y entrent, beaucoup de gens qui en sortent. Plus on vieillit, comme moi (ndlr: il a 65 ans!), moins on intéresse les studios, car leur politique dit qu’il faut continuellement balancer du sang neuf sur les écrans. Donc quand on arrive aux années dites de la maturité, ce que l’on veut juste, c’est pouvoir simplement continuer à travailler et vivre de sa passion… Alors tout ce que j’espère, c’est pouvoir le faire encore quelques années supplémentaires…

 

Propos de Joe Dante
Recueillis par Joris Laquittant, lors du 31ème Festival International du Film d’Amiens
Rencontre animée par Michael Henry Wilson et Fabien Gaffez.


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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