13 tzameti vs. 13 2


Jusqu’ici, les rares réalisateurs ayant remaké leurs propres films étaient des génies, des vrais. Du moins, s’ils ne l’étaient pas, les films qui ont eu droit à un remake relevaient du génie: Funny Games de Michael Haneke, The Grudge de Takashi Shimizu, et l’intouchable film d’Hitchcock, L’homme qui en savait trop. Bon, il est vrai qu’au vu de la situation actuelle, c’est plutôt Fenêtre sur Cour qui devrait être qualifié d’intouchable, mais j’ai décidé d’arrêter les jeux de mots dignes des meilleures blagues de Stéphane Collaro, du moins pour ce paragraphe. Exception faite du grand (du gros?) Alfred, tous les autres cinéastes ayant relevé ce défi ont au final produit des films au niveau largement inférieur que celui de l’original. Mais quand un réalisateur franco-géorgien inconnu sort un premier film et en livre un remake américain six ans après, en n’ayant pas fait grand-chose entre temps, c’est un peu déstabilisant… Géla Babluani vs. Géla Babluani, fight of the remake!

Russian roulette

ROUND 1 – Le scénario

Dans les deux films, l’histoire est sensiblement identique, et Géla Babluani est aux commandes des deux scripts (mais en collaboration avec Greg Pruss pour la version 2010). L’intrigue est amenée exactement de la même manière, Géla Babluani ne modifie vraiment rien à ce niveau, et on ne peut pas lui donner tout à fait tort, le script de 2005 faisant déjà preuve d’une grande originalité. Du coup, on est en droit de se poser cette question: POURQUOI Géla Babluani a-t-il fait appel à Greg Pruss pour l’aider à réécrire son film en sachant qu’il n’a rien changé dans l’intrigue? A ce moment, on se dit qu’il serait judicieux de regarder qui est cet homme mystérieux au nom étrangement laid. Et quand la Bible (comprendre: l’IMDB) nous donne la réponse, on imagine (on espère, plutôt) qu’il n’a servi à rien d’autre que de traduire le scénar’ en anglais, puisque son fait d’armes le plus glorieux est… sa collaboration au storyboard d’Alien 3. Dans la version 2010 de 13, on y retrouve absolument tout ce qu’il y avait dans l’original, mais à une seule différence près: au lieu de se dérouler en Normandie, ça se passe près de New York. Un lieu de tournage qui importe peu, à vrai dire, puisque la majorité du film se passe en huis-clos.

ROUND 2 – Les acteurs

On rentre maintenant dans une catégorie intéressante: les acteurs. A ma gauche, un casting composé presque uniquement d’illustres inconnus. A ma droite, une distribution all-stars à base de testostérone de synthèse. Et on en a vraiment pour tous les goûts: Jason Statham, Mickey Rourke, Ray Winstone, Michael Shannon, Alexander Skarsgård… Bref, ça namedroppe à plein pot, mais c’est pour donner une vue d’ensemble. Et puis, on a bien vu à plusieurs reprises dans l’histoire du cinéma actuel que grand casting ne rime pas forcément avec chef-d’œuvre, mais voir Jason Statham, feu Ben Gazzara et Michael Shannon dans un même plan, ça n’a pas de prix (pour tout le reste, il y a The Expendables). Des acteurs confirmés pour servir le film, certes, mais enfin, y’en a quand même beaucoup qui cabotinent, à tel point qu’on en oublie la moitié du casting à la fin du film, tellement leur prestation n’a pas été marquante. On retient surtout Michael Shannon, irréprochable jusqu’à présent, dans le rôle du MC, qu’un Jack Nicholson plus jeune n’aurait peut-être pas refusé… Même Ray Winstone, qui depuis quelques années frappe fort (avec des rôles coup-de-poing, donc) dans le nouveau cinéma policier british, est réduit à l’état de larve alcoolique, et son duo avec Jason Statham est très loin d’égaler celui de leurs homologues français. Tandis que la version 2005 était plus dans la spontanéité, dans l’authenticité et le brut de décoffrage au niveau acting, la version 2010 pue le jeu d’acteurs trop (mal) travaillé, et perd beaucoup au change. Ah, j’oubliais l’acteur principal, un inconnu qui répond au nom de Sam Riley. Une tête à claques, pas vraiment insupportable dans le film, mais qui a l’air de se demander vraiment ce qu’il fout aux côtés de tels piliers du cinéma. Ce qui, en soi, n’est pas si grave, puisque son personnage est également un paumé. A la différence près que le personnage, lui, a su s’adapter à la situation.

ROUND 3 – La technique

Ce qui déçoit le plus dans 13 version 2010, c’est la technique visuelle. Passer d’un film indépendant réalisé avec un budget modeste (1 million d’euros) à son remake produit par des studios américains plus conséquents (Paramount Vantage – le budget du film n’apparaît nulle part, mais à vue de nez, ça doit taper dans les 10 millions), ça implique forcément certaines règles, aussi infimes soient-elles, édictées par les producteurs. Je l’espère, du moins, car je serais peiné de savoir que Géla Babluani aurait lui-même décidé des changements visuels du film. D’abord, le noir et blanc oppressant, nerveux et (parfois) triste de la version 2005… dégage, tout simplement, pour laisser place à une couleur des plus banales. Peut-être que ça ne serait pas arrivé après The Artist. Idem au niveau montage, tout est plus banalisé: si les séquences de roulette russe, dans le film original, installaient une tension forte et jouaient sur le contraste noir/blanc, ce n’est plus le cas ici, le passage à la couleur ayant fait perdre beaucoup de sa force. Si 13 n’avait pas été le remake d’un film nerveux et puissant, il n’y aurait rien eu à dire d’intéressant puisqu’objectivement, la réalisation n’est pas si dégueulasse que ça. Elle est juste décevante.

Le grand vainqueur de ce match est indubitablement 13 tzameti, qui gagne par KO. Si le remake a sans doute ses qualités, il n’en reste pas moins un mauvais remake, et un film assez moyen. Dommage, car Géla Babluani avait pondu un vrai film culte, et aurait pu envisager ce remake comme la possibilité de voir d’un œil neuf sa masterpiece.

Valentin Maniglia


A propos Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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2 commentaires sur “13 tzameti vs. 13

  • Serge Chambon

    Beaucoup moins d’un million d’€ la version 2005, juste l’aide du CNC, puis acheté par MK2 sur la table de montage. Et affichée seulement pendant 48 h sur les colonnes Morris à la sortie. Non, il y a des différences dans la version 2 : les parcours des personnages sont plus aboutis et ciselés, c’est dans le contenu que les choses ont changé. C’est une version customisée pour les USA, ici les épithètes utilisés pour décrire le film dans la presse en France ont fait fuir le public, là bas, je ne sais pas.

    • Valentin Maniglia Auteur du billet

      Cher Serge,

      En faisant des recherches pour compléter cet article, j’ai trouvé que le budget total du film était de €1.400.000. Cela me paraissait beaucoup, mais ce sont les informations que j’ai trouvées, et sur plusieurs sources. Mais vous êtes certainement mieux placé que moi pour parler de ça…

      Par contre, quand vous parlez d’une « version customisée pour les USA », je ne trouve pas cette version si américanisée que ça, malgré le passage à la couleur qui, je le répète, fait perdre beaucoup à la première version. J’ai même l’impression que le processus de réalisation a été bien plus compliqué, malgré le support de nombreuses boîtes de prod’ et de distribution, y compris Paramount. Son succès reste à vérifier, mais je n’y crois pas tellement, il est sorti directement en vidéo aux USA. Et malgré certaines qualités indéniables – j’en parle vaguement dans l’article mais elles sont bien là – la seconde version n’arrive pas à captiver autant que la première, et c’est dommage.