The Troll Hunter 6


Ce petit film norvégien a fait beaucoup parler de lui lors de son passage au dernier Festival de Gérardmer. Sorte de mélange entre un film fantastique et cette mode du mockumentary rendue célèbre par Le Projet Blair Witch, The Troll Hunter est un film inégal mais finalement pas inintéressant.

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The Fjord Troll Project

Ce film norvégien a connu un joli destin: d’abord présenté au Festival du Film de Sundance où il a reçu un accueil timide, il a finalement fait beaucoup parler de lui lors de sa présentation au Festival du Film Fantastique de Gérardmer, où, même s’il est reparti bredouille, il a fait une bonne sensation. C’est ce parcours festivalier atypique, complet – il faut ajouter des prix aux festivals de Bruxelles et Neuchâtel – qui a permis au film une sortie en salles partout en Europe, et même (plus timidement) aux Etats-Unis. Il faut bien le dire, le plus souvent, un film de genre comme celui-ci, de surcroît venu d’un des pays du Grand Froid, sort directement en dvd. Mais alors, qu’est-ce-que ça raconte ? Bah, tout est dans le titre ! On suit un groupe d’étudiants qui cherche à faire un documentaire sur le braconnage d’ours. Pour cela, ils suivent un supposé chasseur, le couillu Hans, qui en français, a la voix de Sylvester Stallone : c’est dire si il en a dans le pantalon, le barbu ! Les petits jeunes, armés de leur caméra, font des plans bancals, avec une mise au point aléatoire, et des interviews à peine exploitables dans un documentaire (parole de monteur). Mais bon, ils ont le mérite de tenir un putain de sujet, puisqu’il découvre très vite que Hans est en fait un chasseur de Trolls et qu’il est mandaté par le Gouvernement de préserver ce secret d’état en exterminant un à un tous les monstres.

Vous l’aurez probablement déjà compris, la mise en scène ré-exploite le filon des mockumentaries – ou documenteurs – et donc dès le début, on nous prévient que le film est fait à partir de rushes retrouvés, et que le montage est sommaire. Il m’apparait dès lors amusant de sortir ma science professionnelle pour dire que le film est présenté comme un « ours »: c’est ainsi que l’on nomme un montage sommaire, un bout à bout de rushes sans travail préalable, sans rien de couper, juste des plans accolés. Si je vous précise cela c’est que je trouve juste marrant cet espèce de parallèle avec le film – purement analytique, s’entend – à mon avis pas du tout voulu : puisque dans le film, on fait croire que ce sont des ours qui sont à l’origine des dégâts causés par les Trolls, de la même façon qu’on essaie de nous faire croire que ce film ultra-monté et découpé est en fait…un ours. Elle est bien bonne. Hum. Bref. Revenons à nos Trolls. Personnellement, je deviens vraiment allergique à ce type de film. Depuis Le Projet Blair Witch (Daniel Miryck, 1999) on a le droit très régulièrement à des films réexploitant cette manière de faire. La caméra subjective amateur se retrouve dans des tonnes de succès des dernières années, de l’espagnol REC (Paco Plaza/Jaume Balagueró, 2008) en passant par les daubes de la saga Paranormal Activity (2009-2011) ou le très moyen Le Dernier Exorcisme (Daniel Stamm, 2010). Le pire dans tout cela, c’est qu’il existe encore des gens qui se font avoir par cette technique de merchandising, et pensent véritablement que les images de Blair Witch sont vraies – néanmoins, si un membre de votre famille vient à croire que The Troll Hunter présente des images réelles, faites le interner : cela voudrait dire qu’il croit lui aussi que les Trolls existent !

Esthétiquement, le film emploie donc les mêmes techniques de mise en scène que dans un Lars Von Trier, sauf qu’ici, c’est pas pour faire film d’auteur, mais plutôt pour faire film amateur (cherchez l’erreur). Je ne sais pas si les facs de cinéma en Norvège sont côtées ou non, mais en tout cas, on ne peut pas dire que ces étudiants savent cadrer. Ce genre de films tend aujourd’hui à « professionnaliser » les images (même si il s’agit d’étudiants, ils ont l’air d’être du milieu audiovisuel) et c’est plus particulièrement ce qui m’énerve : c’est cette manière qu’on a de montrer que faire des images de merde devient professionnel. Pardonnez moi, mais un cadreur qui ne sait pas tenir un cadre stable, qui zoome pendant qu’il filme et qui ne fait pas sa mise au point, ne fera jamais carrière ! Bon, je suis un peu mauvaise langue, dans The Troll Hunter, le mec fait quand même plein de fois sa balance des blancs. C’est déjà ça. Enfin, il faudra quand même lui dire que faire sa balance des blancs puis passer en vision nocturne, ça s’annule, bon bref, désolé, j’arrête.

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Coup de gueule passé, parlons un peu du film. Parce qu’en dehors de sa forme, le film reste un très bon divertissement, au scénario enlevé, sans perte de rythme et qui plus est, non dénué d’un certain humour rafraîchissant. Le personnage du chasseur est un sacré Mac Gyver, un savoureux mélange entre les héros de Crocodile Dundee (1986) et Le Dernier Trappeur (Nicolas Vannier, 2003). Toute la mythologie qui tourne autour du film le rend vraiment charmant (peut-on dire « exotique »?) , car plus qu’un petit film typé amateur, il devient très vite étonnant par son caractère fantastique, avec ses créatures inspirées du folklore local et des légendes nordiques. Et elles sont nombreuses. Car il y en a plein de races de Troll, des centaines, je soupçonne même Björk d’en être une espèce (ndlr: Björk est islandaise, et pas norvégienne. Depuis cette erreur impardonnable, l’auteur de cet article a été invité à s’inscrire au Pôle Emploi). Aussi, le film regorge d’effets spéciaux plutôt époustouflants pour un petit film comme celui-ci, et je ne serais pas surpris d’apprendre que les quelque trois millions d’euros employés à la réalisation sont passés presque uniquement dans les effets numériques – je ne pense pas qu’ils aient payé cher un directeur de la photographie de renom pour lui dire simplement de faire comme s’il était mauvais. On peut néanmoins regretter que le design de ces Trolls les représentent un peu comme sortis d’une bande dessinée du Donjon de Naheulbeuk. Vous l’aurez compris, ils n’ont rien de bien « réaliste ». Pour résumer, si l’on peut apprécier leur animation, plus que correcte comme je l’ai dit plus haut, leur look les rend très vite peu crédibles. Gros pif, tête disproportionnée, ils ont aussi des petits airs de ressemblance avec les créatures de Max et les Maximonstres (Spike Jonze, 2009).

Toute la mythologie autour de ces bébêtes amuse tout particulièrement, notamment pour ces scènes non dénuées de second degré durant lesquelles le chasseur leur explique tous les détails sur ces Trolls : ils mangent du charbon et des pneus, on les arrête avec des lignes à haute tension, ils ont parfois trois têtes (dont deux qui servent à rien) lorsqu’ils grandissent, et surtout, ils repèrent rien qu’à l’odeur les chrétiens et aiment tout particulièrement les bouffer. C’est parce qu’il s’aventure sur d’autres terrains que l’horreur, que le procédé finit par apparaître comme autre chose que vomitif, la caméra embarquée n’est pas utilisé pour faire peur, car les rares moments qui pourraient s’avérer effroyables ne sont pas montrés. Le scénario s’enlise finalement dans le guignolesque, et dans la surenchère du « pas crédible », mais on accepte, puisqu’on est résolument dans une atmosphère qui rend hommage aux contes et légendes qu’on relient le plus souvent à du fantastique. C’est ce qui nous fait finalement comprendre que l’utilisation de la caméra subjective, façon J’irai dormir chez vous… en Norvège (enfin, plutôt, version Pekin Express du pauvre, avec seulement un euro par jour) est peut être tout simplement une autre « blague » du réalisateur, qui semble vraiment s’amuser avec l’expression « plus c’est gros, mieux ça passe », en témoigne cette scène finale épique – attention spoiler – avec un combat contre un Troll de plus de dix mètres, le genre de mec que t’aimerais pas rencontrer. Bon finalement chérie, on ira pas en Norvège, c’est dangereux, et puis c’est bien aussi l’Ardèche non ?


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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