Effraction 1


Forrest Gump aurait pu dire: « Un film de Joel Schumacher, c’est comme une boîte de chocolats: on ne sait jamais sur quoi on va tomber ». En effet, la qualité de ses films (en moyenne, sur les dix… non quinze dernières années) varie de « moyen » à « très mauvais ». Néanmoins, avec trente-cinq ans de carrière et quasiment un film par an, le réalisateur ne fléchit pas. Son nom ayant longtemps été associé aux studios Warner (et à un pilote de formule 1, mais pour d’autres raisons), le réalisateur américain a été capable de faire de vrais chefs-d’œuvre (8 mm, Chute libre) comme de pures daubasses plus ou moins cultes (l’inénarrable Batman et Robin, Bad Company). On se penche maintenant sur Trespass, son petit dernier, et on essaie de comprendre la légende.

Quand Schumacher se prend le bac à sable… encore une fois

Je l’aime bien, moi, Joel Schumacher. En fait, je crois que je l’ai toujours bien aimé. Non pas que je sois particulièrement attiré par la médiocrité (je vois déjà venir les mauvaises langues), mais il y a une sincérité dans sa filmographie qui se fait rare dans le paysage hollywoodien. Il a un savoir-faire confirmé, est un technicien de l’image averti, à défaut d’être un scénariste talentueux (il n’a écrit que trois de ses films), mais malheureusement, ça ne marche que très rarement. La preuve: pour un budget de 35 millions de dollars, Trespass (Effraction en VF) a engrangé… 12 000 dollars, ce qui place le film en tête des bides les plus monumentaux de sa carrière, devançant même ses trois derniers films, qui se sont pourtant bien ramassés eux aussi.

Mais Trespass au juste, c’est quoi? Eh bien c’est l’histoire d’un couple pété de thunes, Kyle et Sarah Miller (Nicolas Cage et Nicole Kidman), qui se retrouve pris en otage dans leur propre maison pendant que leur fille Avery (Liana Liberato) est partie s’amuser à une fête, pour rencontrer des garçons, boire de l’alcool, fumer des joints, et pourquoi pas, se faire déchirer l’hymen en fin de soirée. En fait, Kyle est dans le commerce de diamants, donc forcément, ce n’est pas par hasard si on vient le dérober. Il l’a même bien cherché; mais cette fameuse prise d’otages sera l’occasion pour le couple de régler quelques comptes, découvrant par la même occasion que leur relation amoureuse est principalement fondée sur le mensonge mutuel. Un thriller plutôt banal, donc, qui ne promet pas grande chose, mais qui livre encore moins que ça. Ça commence pas trop mal, il faut le reconnaître, le film étant construit à peu près sur le même principe que Chute libre, le chef-d’œuvre de Schumacher, mais il s’embourbe vite dans une mare de conneries insensées.

Les deux têtes d’affiche font rêver, certes, d’autant plus que le duo Cage/Kidman était encore inédit à l’écran. Et puis le mythe s’effondre. Vite. Très vite. Étrangement, Nicolas Cage n’est pas le pire, mais c’est bien Nicole Kidman, qu’on préférait largement dans Australia, puisque l’on a préféré ne pas le voir. La plus célèbre des actrices rousses nous gâte: non seulement elle tient son pire rôle (quoique, y’avait Ma sorcière bien aimée aussi…), mais en plus elle est insupportable, sa performance se limitant à un jeu de regard niais et à une série incalculable de soupirs, pour bien faire comprendre qu’elle ne se plaît pas dans son couple. Oh, et j’allais oublier le meilleur: Cam Gigandet, qui met minable Paul Newman ou n’importe quel autre grand séducteur du cinéma américain. S’il n’était pas si mauvais que ça dans Priest, il faut rappeler qu’il a tendance à jouer des rôles nuls dans des films nuls, sa plus « grande » contribution à ce jour restant Twilight chapitre 1: Fascination. Ici, il est l’un des braqueurs, qui cache sans aucun doute un secret lié à la famille, que je ne révèlerai pas pour ne pas gâcher le suspense, mais qui se devine très vite dans le film. En réalité, seule Liana Liberato s’en sort plutôt bien, elle qui était déjà excellente dans le très bon Trust (2010) de David Schwimmer. Je ne pense pas me tromper en promettant à cette jeune actrice de seize ans un beau parcours dans les années à venir.

Si Joel Schumacher reste un bon technicien du cinéma (d’autant plus qu’il retrouve le directeur photo Andrzej Bartkowiak, dix-huit ans après Chute libre), le scénariste Karl Gajdusek ne peut pas se vanter d’être un scénariste accompli, tombant facilement dans la banalité et la facilité scénaristique. Le climax est tout à fait ridicule, et le morceau de bravoure de Nicolas Cage vaut son pesant de cacahuètes. Mais le meilleur dans tout ça reste les flashbacks, réalisés à base de ralentis et de fondus enchaînés montrant Cam Gigandet sortir d’une piscine, et Nicole Kidman qui le regarde, manifestement sous le charme du torse sans poils du blond.

Il est donc bien clair que Trespass bat des records de médiocrité, le plaçant en-dessous même de le plupart des pires films du réalisateur. Il ne marquera pas, c’est certain, l’histoire du cinéma, à tel point que l’on oublie même que deux des plus illustres acteurs américains des années ’90 y partagent l’affiche. La date de sortie française n’est pas encore connue, mais on entend par-ci par-là qu’il devrait arriver à la fin de l’année ou au premier trimestre 2012, probablement en direct-to-video, comme tous les films de Schumacher d’après Le nombre 23, les sociétés de distribution jugeant à raison qu’une sortie en salles serait foutre de l’argent en l’air. Désolé, Joel, je t’aime bien, mais là, tu craques, sérieux…


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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