Drive 3


Le plus grand des cinéastes danois revient en force avec une nouvelle perle sanglante, belle, aboutie. Il ne s’agit donc pas de Lars Von Trier, mais bien de Nicolas Winding Refn et son magnifique Drive (prix de la mise en scène à Cannes) qui nous narre l’aventure noire et violente d’un mécanicien/cascadeur/chauffeur pour la mafia.

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I’m in love with my car

Opinion personnelle: Nicolas Winding Refn est le cinéaste le plus génial au monde après Paul Thomas Anderson. Découvert avec Fear X (2003), je me suis empressé de voir ses deux précédents films dans la foulée, Pusher (1996) et Bleeder (1999). Depuis, les deux autres volets de la trilogie Pusher (2004 & 2005), ainsi que Bronson (2009) et Valhalla Rising (2010) n’ont fait qu’accroître son succès, le talent étant toujours au rendez-vous. Autant dire que Drive, sa première tentative outre-Atlantique, était attendue, autant qu’elle était crainte.

Mais Refn prouve une fois de plus son génie en livrant un vrai chef-d’œuvre, qui marque pour lui le film de la consécration. Une histoire de bagnoles, de fric et de sang dans laquelle Ryan « beau gosse »-ling interprète le Driver, cascadeur et mécanicien le jour, chauffeur pour des gangsters la nuit (et là vous allez me dire: mais il dort quand alors? Ce à quoi je vous répondrai d’aller voir là-haut si j’y suis. Et si j’y suis, c’est pas par hasard), qui va se retrouver engagé dans une guerre des gangs, après avoir aidé le mari de sa voisine, à peine sorti de prison.

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Pourquoi Drive est-il un chef-d’œuvre? Parce qu’on sent que NWR est inspiré comme jamais, il filme une Amérique différente de celle des grosses productions hollywoodiennes, et paradoxalement, pas si éloignée. Parce que Ryan Gosling mérite bien d’être l’acteur de l’année (il avait déjà ébloui les écrans aux côtés de Michelle Williams dans le sublime Blue Valentine, et revient dans quelques semaines dans le très attendu Les marches du pouvoir de George Clooney), il est de tous les plans dans un rôle quasi-muet, et prouve que même avec une veste satinée au motif scorpion de chez Azzedine Alaia ou de chez Yohji Yamamoto, on peut avoir la classe. Bon, en réalité, ça marche que sur lui, parce que si on essaie de mettre cette horreur dans la vraie vie, on perd même ses meilleurs potes. Parce que NWR opte pour une ambiance déroutante, mais qui repose sur une parfaite harmonie entre le jeu des acteurs, le montage, le cadrage et la bande son.

L’une des forces majeures de Drive, c’est son casting exceptionnel. Carey Mulligan n’est pas sans rappeler, justement, la Michelle Williams de Blue Valentine: elle joue à merveille Irene, la voisine du Driver, qui élève seule son enfant depuis que son mari est en prison, et qui est prise d’affection pour son voisin. Bryan Cranston est excellent comme toujours: le protagoniste de Breaking Bad joue Shannon, ami et patron du Driver, qui fricote avec la mafia. Et les deux salauds sont interprétés par Albert Brooks, ancien comique vu chez Scorsese, Landis et récemment dans la saison 4 de Weeds, et Ron Perlman, une vraie gueule du cinéma américain, qu’on ne présente plus. Dans de plus petits rôles, on note surtout Christina Hendricks dans un rôle aussi court qu’inattendu, Oscar Isaac en ex-taulard et le mythique Russ Tamblyn dans une petite apparition. Ryan Gosling, lui, est parfait. Le rôle du Driver lui va comme un gant en cuir, et il lui permet de s’affirmer comme une valeur sûre du cinéma américain actuel.

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Drive est peut-être le film parfait, il dégage une certaine magie à laquelle seront seulement insensibles ceux qui ne jurent que par Fast & Furious et autres Autoroute Racer. NWR réalise un vrai film de série B, présenté et vendu avec une démarche d’auteur; bien loin du revival grindhouse à chier partout que Tarantino nous avait pondu en 2007, Drive est un long-métrage intense, qui démarre sur les chapeaux de roues et qui a tout d’une œuvre de cinéma bis (musique pop, voitures rétro, violence exacerbée), mais qui se présente sous les traits d’un film d’art et essai. La romance est lente et belle, elle se construit doucement, progressivement. La violence au contraire, éclate d’un coup, elle fait rage et est très destructrice. Cervelle éclatée, crâne défoncé à coups de pied, aucun répit n’est donné aux personnages, autant qu’au spectateur. C’est une dualité qui caractérise également le personnage principal, et qui est rappelée par le montage, tantôt doux, tantôt rapide et nerveux.

Parfaitement maîtrisé de bout en bout, magistralement interprété et doté d’une BO fascinante et qui mérite d’être réécoutée, Drive est LE film qu’on rêvait de voir, mais auquel on ne s’attendait pas.

Valentin Maniglia


A propos Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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3 commentaires sur “Drive