Les Noirs dans le Cinéma Américain (3/3)


Troisième et dernière partie du dossier de Freddy Fiack. Au programme : blaxploitation, slavploitation et cool attitude.

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Les prémices de la Blaxploitation

Avant de parler de la blaxploitation, il est utile de préciser que dans le cinéma d’exploitation américain, on avait déjà abordé la situation des noirs aux États-Unis. On peut citer par exemple le film The Intruder (Roger Corman, 1959) dans lequel William Shatner joue un ségrégationniste qui empêche les noirs d’aller à l’école. On peut aussi citer l’excellent The Black Klansman (Ted V. Mikels, 1966) dans lequel un noir très clair de peau intègre le Ku Klux Klan dans le but de venger la mort de sa fille (le thème du noir clair de peau qui se fait passer pour un blanc a été souvent repris dans les films d’exploitation). De plus, Hollywood avait réalisé quelques films sur les noirs, comme le très bon et très méconnu Le sergent noir de John Ford (1960). J’ai volontairement mis ce film dans la catégorie des prémices de la blaxploitation car le sujet était assez osé pour l’époque (un soldat noir haut gradé est accusé d’avoir violé une femme blanche). Il y a aussi eu des films n’ayant que des acteurs noirs : on peut citer comme exemple Les Verts Pâturages en 1936 . Ce film eut droit à un remake français en 1964 avec Darling Legitimus (la mère de Pascal), qui déclencha d’ailleurs un scandale lors de sa diffusion (comme dans le film de 1936) car les personnages de la Bible étaient joués par des noirs). Ce n’est qu’à la fin des années 1960 que l’on va assister à une explosion de films mettant en scène des acteurs noirs.

Black is beautiful

Le premier film de blaxploitation fut réalisé en 1968 par Melvin Van Peebles : il s’agit de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song. A cause de ses scènes explicites, il fut classé X par le MPAA. Le réalisateur se servit de cette censure pour promouvoir son film : en effet, il écrit sur l’affiche « Classé X par un jury entièrement composé de blancs ». A la surprise générale, le film est un succès et la blaxploitation est lancée. A la même époque, les Black Panthers défilaient dans les rues, les noirs ne se défrisaient plus les cheveux, les portaient crépus et leur couleur de peau comme un symbole de leur fierté : le Noir était devenu beau. Dans les films de blaxploitation, les noirs portent les cheveux crépus longtemps dénigrés par la société américaine comme l’emblème de leur pouvoir. D’ailleurs, dans les films de blaxploitation, les situations sont inversées par rapport à ce que faisait Hollywood auparavant. En effet, les noirs sont les héros et la plupart du temps leurs domestiques sont joués par des acteurs blancs. Les personnages ne sont plus des buppies mais des noirs du ghetto ; on peut voir d’ailleurs dans ces films les principaux problèmes du ghetto : la drogue, la violence. Le film Cleopatra Jones (Jack Starrett, 1973) illustre très bien le problème de la drogue dans les quartiers noirs : on voit dans ce film un quartier noir en train de s’autodétruire à cause de la drogue.

Morceaux choisis de la blaxploitation

Au même titre que Abby (une version black de L’Exorciste), Docteur Jekyll et Mister White et Blackenstein (je pense que vous avez deviné), le film Blacula fait partie de ces films de blaxploitation qui ont adapté des grands mythes de la littérature avec des personnages noirs. Malgré le manque apparent de budget (on voit bien que la cape de Blacula a été acheté dans un magasin de farces et attrapes), le film, devenu culte avec le temps, reste excellent.

Mommy, une trafiquante de drogue, décide de noyer le ghetto noir avec sa nouvelle drogue. Cleopatra Jones, une James Bond au féminin, va s’opposer au plan diabolique de Mommy et sauver la communauté noire. Le film fut un tel succès que les ZAZ le parodieront dans leur film Kentucky Fried Movie (Hamburger Film Sandwich en français), co-écrit et co-réalisé par John Landis. Mais la blaxploitation, ce n’est pas seulement des films, c’est également des acteurs qui symbolisent à eux seuls le mouvement.

– Richard Roundtree (né en 1942) est surtout célèbre pour avoir interprété le rôle de Shaft, un flic noir des quartiers chauds de New York. On le retrouve d’ailleurs dans le remake de 2000 réalisé par John Singleton.

-Pam Grier est l’une des plus célèbres actrices de blaxploitation ; son premier rôle au cinéma fut en 1970 dans le film Beyond the Valley of the Dolls de Russ Meyer. On l’a vue après dans des Women In Prison. Sa carrière décolle au milieu des années 1970 avec plusieurs films de blaxploitation, comme Coffy, la panthère noire de Harlem dans lequel elle assure toutes ses cascades. Ce film lui vaut une reconnaissance et elle apparaîtra dans plusieurs longs-métrages par la suite dont Foxy Brown en 1974. Sa carrière décline dans les années 1980 mais dans les années 1990, Quentin Tarantino lui donne le rôle titre dans le film Jackie Brown (qui rend surtout hommage à la blaxploitation) et Tim Burton dans le film Mars Attacks. Récemment, elle a joué dans les séries The L Word et Smallville.

– Fred Williamson est né en 1938. Après une carrière dans le football américain, il commence dans le cinéma en 1972 avec le western Libres à en crever. C’est en 1973 que sa carrière démarre réellement avec le film Black Caesar. Après la fin de la blaxploitation, il part en Italie où il tourne des dizaines de films (dont le très drôle Les guerriers du Bronx). Acteur à la filmographie impressionnante, il demeure l’un des acteurs les plus célèbres de cette décennie.

Le déclin et la slavploitation

Les premiers films de blaxploitation étaient des films faits par des noirs et destinés à un public noir. Petit à petit, Hollywood va s’accaparer de ce mouvement, ce qui va conduire les noirs à les rejeter. De plus en plus de films, bien que comportant que des acteurs noirs, étaient entièrement réalisés et produient par des blancs. A la fin des années 1970, les films de blaxploitation déclinent, et dans les années 1980 aucun film de ce sous-genre cinématographique n’est produit.

Avant d’aborder ce que j’appelle la slavploitation, je vais tout d’abord parler du succès de la série Racines, qui réunissait les plus grands acteurs noirs de la décennie. C’était la première fois qu’à la télé américaine on parlait de l’esclavage du point de vue des noirs, alors que dans tous les films américains des décennies précédentes, on voyait l’esclavage du point de vue des blancs. Dans les films des décennies précédentes, les esclaves étaient vus comme de grands enfants et les propriétaires comme des maîtres bienveillants. La série suivait les aventures de Kunta Kinté et de ces ancêtres après que celui-ci ait été arraché de force à sa terre natale. On voyait la misère de cette famille et les conséquences que cela eu sur les noirs. La série fut un tel succès qu’une deuxième saison fut tournée. Les studios hollywoodiens décidèrent de faire des films parlant de l’esclavage pour le meilleur et pour le pire. On peut citer comme très bon film sur l’esclavage Mandingo de Richard Fleischer et dans la catégorie des très mauvais films Black Snake de Russ Meyer.

Depuis 1980

A partir des années 1980, de nombreux réalisateurs noirs vont émerger. On ne peut pas parler de blaxploitation étant donné que les thèmes abordés sont plus sérieux. Le plus célèbre des réalisateurs de la décennie est Spike Lee. Ses films n’abordent plus les problèmes de la communauté noire en montrant des héros blacks musclés et cool comme dans la blaxploitation ; ici, on a affaire à des héros de tous les jours qui se débrouillent dans leurs vies quotidiennes malgré la violence auxquels ils sont confrontés. Les thèmes abordés par Spike Lee sont toujours différents dans chacun de ses films. On peut citer par exemple le métissage aux États-Unis (Jungle Fever, 1991), l’aliénation des noirs aux États-Unis (Malcolm X, 1992, ou Au delà des barrières, un téléfilm qu’il a produit en 2003)… On peut aussi, comme grand réalisateur noir contemporain, citer John Singleton qui a réalisé l’excellent Boyz N the Hood. Récemment, le très méconnu Tyler Perry a réalisé l’excellent For Colored Girl (une version afro de Sex and the City) ; on le compare à Spike Lee. Parallèlement à ces films sérieux on peut voir des films comédies noires comme How High et la célèbre trilogie des Friday. On retrouve aussi des acteurs noirs dans des films tout public où ils tiennent le premier rôle : on peut citer comme exemple les acteurs Denzel Washington, Will Smith et Halle Berry…. On peut donc dire qu’en un siècle, la situation des noirs dans le cinéma américain s’est améliorée, à l’instar de leur place dans la société.

Freddy Fiack

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