Hobgoblins, les lutins diaboliques


En 1984, sort le premier opus des Gremlins : le succès en salle incroyable de ce film pas tellement familial en soi, va donner lieu à une saga culte mais aussi à une tonne de films dérivés. Parmi ceux-ci, Hobgoblins, un film qui tente de réutiliser tous les éléments clés de Gremlins, à savoir l’horreur mêlée à l’humour, mais voilà, Rick Sloane n’est pas Joe Dante.

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Manuel pour l’art martial
ancestral du combat de râteau.

L’histoire se passe dans un théâtre, ou bien dans un cinéma, ou bien dans un entrepôt où sont installés des décors de cinéma, ou bien en fait on ne sait pas trop, c’est pas très clair. Dans ce lieu pas très clair, donc, vivent de petits gobelins. Ces derniers sont apparemment venus de l’espace, sont pas très sympas, même vachement diaboliques, ou démoniaques, ou maléfiques selon les traductions qui varient entre les dix sept versions de la jaquette française du film. C’est en tout cas à peu près sûr que ces hobgoblins, ou gobelins, ou lutins – encore une fois selon les traductions des dix sept versions – influencent les esprits humains de façon parfois emplie de bonté, ou parfois plutôt de manière diabolique, ou en fait on sait pas trop. En tout cas, le film démarre dans ce lieu que nous prendrons donc comme un studio de cinéma en pas crédible, avec un vieil homme, maître des lieux, et son apprenti – qui lui coute 654 euros par mois, ou bien 828 euros si l’apprenti a plus de 21 ans, je sais de quoi je parle – qu’il forme à ce métier passionnant. Le maître d’apprentissage – son statut lui permet de ne pas payer de charges patronales – met en garde son apprenti – ce que gagne l’apprenti est exonéré d’impôts, mais comme il gagne rien de toute façon… – de ne jamais essayer d’ouvrir une porte apparemment très mystique, ou bien on ne sait pas trop en fait, non plus. Mais évidemment, l’apprenti est con, et ouvre la porte le soir même et se fait agresser par une créature un peu étrange. Comme un Gremlin trisomique raté.

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Vous l’aurez compris, le scénario de Rick Sloane est à peu près aussi incroyablement incohérent qu’une interview de Raphaël Mezrahi. On est constamment en train de ne rien comprendre, et je me demande même si les acteurs comprennent une once de la trame narrative du film, ou si, comme nous, il se savent pas où ils en sont. Ces acteurs, parlons en, sont tous à peu prêt aussi mauvais que Franck Ribéry l’est en grammaire française, avec leur look très daté années ’80, ils ont des airs de Scooby-gang du pauvre. Et en plus de tout ça, le héros s’appelle Kevin. Enfin, si on peut appeler ça un héros : sa seule véritable aptitude qui le démarque des autres, c’est sa faculté surhumaine dans le combat de râteau. Car ouais, Kevin utilise le râteau de jardinier façon temple de Shaolin, et il déconne pas avec ça. Il démontre ses talents dans le maniement du manche à râteau dans un combat long de quelques bonnes minutes, durant lequel le compositeur a trouvé le rythme idéal d’un coup de synthétiseur à chaque fois que les deux manches s’entrechoquent.

Le réalisateur Rick Sloane – il a signé plusieurs gros nanars, tels que la série des Vice Academy – est un fan absolu de série B, et souhaite ici rendre hommage à ce genre qu’il aime tant. C’est pas vraiment réussi, mais avec Hobgoblins, il signe au moins l’un des films les plus catastrophiques de l’histoire du septième art. Et même les créatures, ces fameux gobelins maléfiques, sur qui tout le film devrait reposer, ne sont finalement qu’un prétexte, parce que leurs apparitions sont d’un kitsch absolu, bien moins efficaces que celles des Gremlins ou des Critters, leurs attaques et leur mise à l’image sont donc tout simplement limitées, pour des scènes d’une nullité incroyable, à côté de quoi les effets spéciaux de Gremlins apparaissent comme révolutionnaires !

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La fin du film, qui se déroule dans une discothèque minable bien nommé « Club Scum » – traduisez par « club pourri » – fait tourner ce film de série B, au film de sexploitation minable, racoleur à souhait, dans lequel des donzelles allument allègrement Kevin et ses confrères masculins, entre deux attaques de créatures, des attaques très drôles car les actrices se débattent sur le sol en tenant une peluche qui se veut être le monstre démoniaque affamé. Les scènes interminables (mais surtout minables), qui couvrent toute la dernière partie du film, finissent par achever le spectateur dans le torrent de l’ennui, car Hobgoblins oublie d’être drôle. Il reste toutefois, simplement pathétique. Mais vraiment, très « simplement ». Et c’est ça le seul charme du film de Rick Sloane.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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