Historique du film de Monstres 1


Depuis le succès planétaire de King Kong (1933), le film d’attaque de monstres est devenu un genre cinématographique à part entière. D’abord cantonné au sous-genre du film d’aventure, il a finalement été une réelle institution qui donna naissance à bons nombres de films. De Hollywood et ses mondes perdus, au Japon et ses combats de titans, les kaiju eiga, retour sur un genre cinématographique et ce qu’il en reste en 2011.

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Les Monstres à Hollywood

En 1933, Ernest Schoedsack et Merian C. Cooper réalisent King Kong pour la RKO, un film dans lequel ils mettent en scène l’attaque d’un gorille géant dans New York, un personnage devenu mythique, comme une emblème de la suprématie d’Hollywood. Animé par le géniale Willy O’Brien, magicien des effets spéciaux. King Kong donnera lieu à des tonnes de produits dérivés et/ou inspirés. Lui-même est déjà un peu le rejeton du film Le Monde Perdu, sortie en 1925, pour lequel Willy O’Brien expérimentait alors les effets de stop-motion qu’il réutilisera en 1933. Le Monde perdu comme beaucoup d’autres films Hollywoodiens, raconte l’exploration d’un territoire exotique jusqu’alors préservé de l’activité humaine dans lequel la nature règne en maître. Les dinosaures et autres créatures gigantesques qui y vivent sont les marques de fabrique des films d’attaque de monstres géants Hollywoodiens.

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Hollywood a utilisé une panoplie de monstruosités, il y a bien sûr le grand singe, utilisé dans de nombreux films tel que dans Mighty Joe Young (1949), King Kong (1933) ou La Planète des Singes (1968). Mais aussi la figure du Dinosaure, qu’il vienne de l’espace comme dans 20 millions miles to earth (1956), de la terre, Le Monstre des Temps Perdus (1953), Dinosaurus (1960) ou bien des eaux, Behemoth, The Sea Monster (1959), Repticilius, Le Monstre des Mers (1961). On peut rencontrer aussi d’autres figures tels que l’oiseau géant apparaissant par exemple dans Giant Claw (1957), ou bien encore le Kraken dont la plus célèbre apparition reste celle de Vingt Mille lieux sous les Mers (1955), sans oublier l’Araignée géante présente dans Tarantula (1955) voir même l’humanoïde géant comme The Amazing Colossal Man (1957), ou The 50 Foot Woman (1958). Si la figure du monstre géant à de nombreuses variantes, c’est d’abord parce que cette figure varie selon les époques, transposant les peurs de chaque génération : la force de la nature, l’inconnu exotique, les mutations génétiques et les progrès de la science, jusqu’à l’envahisseur Alien. Dans sa période dorée s’étalant de 1925 à 1965, le film de monstres géants a connu un véritable engouement en Amérique, avant de progressivement disparaître malgré quelques remakes – King Kong (1976), King Kong 2 (1978) – c’est surtout au Japon que le genre a connu un vrai essor, avant d’avoir quelques beaux représentants parmi les blockbusters du nouvel Hollywood des années 80 à de nos jours.

Le Kaiju Eiga Japonais

Il y aura probablement matière à consacrer beaucoup plus de lignes au Kaiju Eiga (films de monstres géants en Japonais) car ce genre cinématographique est tellement développé au Japon qu’il fait même partie de la culture populaire du pays.

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Le premier film considéré comme un kaiju eiga est bien évidemment Godzilla (1954) réalisé par Ishirô Honda qui deviendra l’un des réalisateurs attitré du mouvement, sous la houlette des productions Toho. Plus qu’un simple monstre, Godzilla devient l’iconographie des désastres des bombes atomiques de Hiroshima et Nagazaki, comme le symbole du traumatisme de tout un pays. Car à chaque fois, dans chacune de ses apparitions, Godzilla est un dinosaure sorti des entrailles de la terre par les radiations nucléaires. Il n’est pas spécialement mauvais, il représente plutôt le réveil de la nature face aux activités humaines qui lui sont néfastes, et caractérise toute la puissance de celle ci. Aussi, Godzilla a beau ravagé des villes, il apparaît aussi dans plusieurs films comme le sauveur, allié de l’armée pour combattre d’autres monstres. Godzilla est un peu une entité, un divin des mers et de la terre, une divinité protectrice, un symbole écologiste. Très vite, le succès du film de 1954 va donner des idées à la Toho qui va franchiser les films avec Godzilla, et inventer d’autres kaiju qui auront leurs films indépendants : l’oiseau préhistorique Rodan (1956), l’insecte géant Mothra (1961), le crabe géant Ebirah dans Godzilla, Ebirah et Mothra (1966), ou les kaiju venus de l’espace comme King Ghidorah, le monstre à trois têtes (1964) et Dagora, le Monstre de l’Espace (1964). En parallèle, une autre firme très célèbre, la Daïei, créera Gamera (1954) la tortue géante, pour des films d’attaques de monstres d’avantage destinées au jeune public. Autres protagonistes souvent présent, le Robot Géant, qui fait autant partie de la culture nippone que le Kaiju. Il est souvent appelé pour se débarrasser des monstres, et la plupart de ces derniers possèdent leurs avatars robotisés, comme MechaGodzilla (1974) ou MechaKong dans King Kong Escapes (1967). Très vite, chacun des monstres aura le droit à son propre film, mais aussi à sa rencontre avec Godzilla ou d’autres monstres de la firme. Car l’une des particularité des productions Toho, c’est de faire se rencontrer et s’affronter entre eux les différents titans. Le premier film a utiliser ce concept de duel est le fameux King Kong vs. Godzilla (1962) toujours réalisé par Ishirô Honda. Si King Kong a inventé le film d’attaque de monstre, et que Godzilla l’a exporté et redéfini au Japon, leur confrontation a créé un autre sous-genre qu’est : le film de duel de monstres géants.

Le style tout particulier des kaiju eiga les distinguent très vite de leurs homologues américains qui utilisent la surenchère de moyens, et des techniques d’animation pointues pour l’époque. Au Japon, par manque de moyen de production, on utilise des acteurs dans les costumes de monstres, et des maquettes de villes en carton pâte. Les comédiens se déplacent alors dans les maquettes et les piétinent littéralement. Chacune des techniques de mise en scène, qu’elles soient américaines ou japonaises, permettent de différencier les genres, et contribuent aux charmes de l’une comme de l’autre.

De 1980 à Aujourd’hui : Amorce d’un Revival ?

Si au Japon, le kaiju eiga n’a jamais vraiment cessé d’exister – même si depuis 2000 la production a considérablement diminué – aux États-Unis quelques films ont tenté de raviver le films d’attaques de monstres géants.

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Les plus célèbres sont bien évidemment les films de Steven Spielberg, qui avec Les Dents de la Mer (1975) et Jurassic Park (1993) a redynamisé la production de genre comme des spectacles grands publics, redorant l’image des monstres avec la création des premiers blockbusters. Les squales géants et les dinosaures de Spielberg ont inspirés la production bis qui a largement ré-épuisé le concept, je pense notamment à Roger Corman et sa série Carnosaur (1993-1995) et Raptors (2001) ou bien aux productions un peu plus récentes de The Asylum tel que Megashark vs Giant Octopus (2009) ou Megapiranha (2010). Tous ces films sont pour le coup, de réels revivals du film de duel et d’attaques de monstres géants, avec tout le charme des productions sans budget. D’autres films Hollywoodiens ou non ont abordés plus récemment le film d’attaque de monstres géants avec un certain succès critique et public : d’abord et surtout, la saga Alien, initiée par Ridley Scott, puis d’autres plus récents encore comme l’étrange Cloverfield (2008) de Matt Reeves, qui voit New York attaqué par un monstre géant – qui n’est pas le Ctulhu de H.P Lovecraft – ou bien le coréen The Host de Bong Joon-Ho, véritable réussite en la matière. Par ailleurs, les Coréens ont eux aussi apporté leur culture à ce genre, avec des films de duels de dragons tels que D-WAR (2007) qui a connu un très grand succès à travers le monde. Les remakes des deux classiques, en 1998 d’abord avec le Godzilla de Roland Emmerich puis en 2005 avec le King Kong réalisé par Peter Jackson ont eux aussi contribué à faire perdurer un sous-genre cinématographique à part entière.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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