Les Noirs dans le Cinéma Américain (1/3)


Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne compte pas dire dans cette article que le cinéma américain est raciste. En effet, ne serait-ce que par ses actions et ses films, Hollywood a contribué à faire changer les esprits (même si dans certains cas, c’était pour des raisons financières). De plus, selon moi, qui déteste le cinéma américain est franchement bizarre. Qu’on se le dise, on apprécie tous le cinéma américain, même les gens qui se disent fan de cinéma d’auteur (et qui friment en te parlant de films tchécoslovaques qui durent trois heures et que personne n’a vu) aiment les films américains. Mon but ici, est de parler de l’histoire des Noirs aux États-Unis en me basant sur le cinéma américain. On a pu voir dans le cinéma américain, une évolution des personnages de couleur dans les films qui entre en corrélation avec les évolutions qu’a connu la société. En quoi peut-on dire que le cinéma américain reflète l’évolution de la société américaine ?

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Naissance d’une nation : l’Anti-Tom

Naissance d’une nation est un film réalisé par David Wark Griffith et sorti en 1915. Hormis le fait que ce film a des qualités indéniables (l’un des premiers films à avoir introduit la notion de mise en scène), le propos du film est assez tendancieux. En effet, le réalisateur adopte un point de vue antitomiste (nous reviendrons plus tard sur la signification de ce terme). En 1915, l’esclavage était encore dans l’esprit des nombreux américains et ce film donne une vision non-objective de l’esclavage. En effet, il ne montre pas les horreurs de l’esclavage mais son coté positif (?). Le propriétaire d’esclave est un homme bon qui gâte ses esclaves, les Noirs sont vus ici comme des serviteurs dociles (vision qui sera reprise dans de nombreux films). Aussitôt l’esclavage aboli, ceux-ci ne peuvent pas être intégrés dans la société et commettent des exactions que le Ku Klux Klan en vaillant justicier vont punir.

Cependant, certains faits évoqués dans ce film sont vrais. En effet, de nombreux noirs ont combattu dans l’armée sudiste (oui, celle qui était pour l’esclavage). De plus à la fin du film,les noirs se font « punir » par le Ku Klux Klan et il est vrai que le Ku Klux Klan a tué de nombreux noirs après l’abolition de l’esclavage. Malgré son propos, Naissance d’une Nation reste un grand film. A sa sortie, les membres du NAACP ont appelé les studios à l’interdire, ce qui ne s’est pas fait. D’ailleurs, le président de l’époque Woodrow Wilson dira à propos de ce film : « Les hommes blancs ont suscité l’instinct de l’auto préservation… Jusqu’à ce que naisse le Ku Klux Klan pour protéger le sud ». Il faut aussi savoir que ce film est à l’origine de la renaissance du Ku Klux Klan qui avait disparu au début du XXeme siècle. En réponse à ce film, la NAACP produisit le film Birth of a Race, et Griffith, pour répondre aux accusations de racisme qui le concernaient, a produit et réalisé l’année suivante Intolérance, un autre chef-d’œuvre qui sera, malheureusement pour le réalisateur américain, un échec cuisant.

Les minstrel shows

Les minstrel shows sont apparus aux États-Unis au début du XIXème siècle. Il s’agit de spectacles où des acteurs grimés en Noirs les caricaturent en s’amusant des préjugés sur eux. Je tiens tout de même à rappeler qu’il y aussi les Juifs, les Irlandais et les Allemands qui ont été caricaturés dans ces spectacles, mais les personnages les plus joués dans ces shows sont les Noirs. Les minstrel shows sont d’abord des spectacles comiques mais, avec l’apparition du cinéma, ils vont connaître leur apogée. Le plus célèbre film de minstrel show est bien sûr, Le chanteur de jazz, premier film parlant réalisé en 1927 par Alan Crosland. Dans ce film, on pouvait voir Al Jolson grimé en noir interpréter différents morceaux de jazz. A part le fait que ce soit le premier film parlant, Le chanteur de jazz a peu d’intérêt. On retrouve dans beaucoup de films américains, jusque dans les années 1930, des acteurs blancs grimés en Noirs ; le plus célèbre étant Jim Crow, qui a donné son nom à la loi ségrégationniste. Dans Naissance d’une nation on peut voir l’acteur blanc Walter Long grimé en Noir. Il y a plusieurs raisons qui justifient le choix d’acteurs blancs pour jouer des personnages Noirs :

– Certains films étaient dégradants pour des comédiens noirs, c’est le cas de films comme Tarzan chez les singes de Scott Sidney où l’on voyait des acteurs blancs grimés en Noirs interprétant des sauvages de pacotille.

– Plusieurs réalisateurs faisaient ces films pour se moquer des Noirs.

Après la fin de la ségrégation aux États-Unis, on assiste aussi à la fin des minstrel shows. Cependant, dans certains films, des réalisateurs utilisent les blackfaces pour parler du racisme. C’est le cas dans des films comme Watermelon Man de Melvin van Peebles où un homme d’affaire blanc devient Noir à cause d’une maladie et découvre la difficulté d’être afro-américain aux États-Unis. Le film Docteur Jekyll et Mister White montre un cas de blackface inversé : un scientifique Noir teste une invention sur lui qui le rend blanc et méchant. Dans ce film, l’ex footballeur Bernie Casey interprète un blanc grimé en noir (quand il se transforme). L’un des meilleurs films sur les minstrels est The Very Black Show de Spike Lee. Dans ce film, Spike Lee analyse la situation des Noirs dans les médias américains et se demande si cela a changé depuis les minstrels. A partir de cette décennie, les minstrels ne seront plus joués par des blancs, mais par des Noirs.

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