Kill Buljo 2


On parle souvent du cinéma américain, de nos contrées d’Europe de l’Ouest ou bien de l’émergence du cinéma de genre Asiatique, mais on oublie parfois trop de pépites qui viennent des pays du Grand Nord. Danemark, Suède, Finlande ou Norvège, sont des viviers de jeunes talents, loin d’être des héritiers de Bergman, à des lieues du cinéma d’auteur indé de Lars Von Trier et consorts. On décèle plutôt dans ce vivier prometteur, de véritables talents pour les films de genres. Il n’est pas étonnant que certains grands succès des Festivals spécialisés, ont été ces dernières années des films comme Morse, venu de Suède, ou comme Troll Hunter, cette année à Gérardmer, qui vient de Norvège. La Norvège en particulier, développe un cinéma bis particulièrement riche, riche en parodie, en quasi-film d’exploitation, ou bien même dans le burlesquo-gore. Il faudra peut être que je vous parle une autre fois de Dead Snow, ce film de zombie délirant venu du froid, mais pour l’heure, attelons-nous à Kill Buljo, parodie de Kill Bill et Borat à la fois.

KILL+BULJO

La Mariée avait une moustache

L’histoire va surement vous rappeler un autre film. Jompa Tormann, interprété par Stig Frode Henriksen – un benêt avec la moustache Freddie Mercury sous le pif – sort d’un long coma, et décide de se venger de ceux qui l’ont placés dans ce coma, des assassins, une troupe de police en fait, qui a buté l’ensemble de sa famille lors de sa « super boom de mariage ». La parodie de Kill Bill de Quentin Tarantino est d’abord totalement assumée, on y retrouve les personnages, leurs look, les scènes clés. On tombe même dans un pastiche très étonnant, car il rappelle les films de Rodriguez, et surtout les films d’exploitations que les deux potes s’étaient amusés à reproduire avec Planet Terror/Boulevard de la Mort. La première partie de Kill Buljo flirte vraiment avec cet esprit. Les répliques badass s’enchaînent à tour de manivelle. L’un des personnages les plus hilarant est l’équivalent norvégien du sheriff Earl McGraw, ici, il porte la moustache et est un poil macho : « T’es une femme, t’es blonde, alors comment veux-tu que je te respecte ? ». Il est surtout l’as des as pour sortir des répliques cultes, en véritable king de la punchline avec du style : « Ces enfoirés ont buté toute la famille, y compris le renne. Tu vois, ils peuvent buter les convives, à la limite, car ce sont des fonctionnaires, mais putain, buter le groupe de rock, ça se fait vraiment pas putain ! » ou bien encore « J’ai mené ma première enquête à l’âge de neuf ans » ou bien « Je veux des barrages de routes tellement compacte qu’un pet d’enfant pourrait pas passer à travers ! » mais encore « Tu veux aller au bout de tes rêves ? Alors tu vas prendre mon Rêv’olver ! ».

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Les clins d’oeil à Kill Bill sont nombreux, et les scènes clés de l’intrigue du Tarantino sont réutilisées. On découvre le héros dans le coma, qui se fait violer par des enfoirés de passage, comme Uma dans le film parodié. Une scène d’anthologie et particulièrement graveleuse, qui mènera à une dissertation poétique sur « l’éclatement de chou fleur et son influence sur l’anucalypse ». Autre point intéressant, c’est que le réalisateur en se moquant de Kill Bill, soulève aussi une question. Lui, son héros, veut non seulement se venger, mais là n’est pas sa seule quête, il veut aussi comprendre : « pourquoi il a autant mal au cul ». Chose que Beatrix Kiddo, il est vrai, ne se demande jamais dans le film de QT. Parmi les autres scènes cultes parodiées, on reconnaît l’entraînement de Pai Meï , qui ressemble pas vraiment à un chinois, mais fait bien semblant. Le duel face à O-ren Ishii est remplacé par un duel de sabre en moto des neiges. Et Bill, est remplacé par Buljo, qui a le charisme d’un méchant dans les Power Rangers : Dino Tonnerre. Autrement, quelques scènes sont vraiment drôles, surtout les scènes d’enquêtes, car le personnage du Shérif et ses associés sont hilarants. Lorsqu’ils découvrent le premier cadavre qu’a laissé le vengeur sur sa route, décapité, ils en viennent tout simplement à conclure, que l’assassin doit être un fan de Louis XVI.

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Mais voilà, la parodie débutait bien, mais tourne très vite à vide. Les idées s’épuisent, et le scénario est trop vite embourbé dans des « private jokes » qui finissent par façonner une histoire complexe sans véritablement le vouloir. La deuxième partie du film perd largement en rythme. Ayant épuisé toutes ses cartouches dans la première, le réalisateur ne va pas au bout de sa parodie, et tente de proposer un autre film sur la deuxième moitié. Raté. On ne rit plus, on a l’impression de décrocher, et le film fun se déroule, minute par minute, pour devenir un film décevant. Si les personnages sont bien caricaturés – quoi de plus caricatural que de remplacer Uma Thurman par un ersatz de Borat – on regrette toutefois plusieurs éléments de Kill Bill qu’il aurait été intéressant de parodier, à commencer par la mythique scène des Crazy 88, complètement absente de cette relecture nordique.

On conservera simplement à l’esprit, que le Shérif de ce film, est certainement l’un des personnages les plus badass qu’il nous ait été donné de voir, comme maigre consolation. Puis, déçus, on éjecte le DVD – sans regarder entier le bêtisier en Norvégien non sous-titré, sûrement plus drôle que le film, mais bon, on ne peut pas le comprendre – pour changer d’atmosphère avec un film de guêpes tueuses. Pourquoi pas.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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2 commentaires sur “Kill Buljo