Dragon Ball (1991)


Le cinéma des petits pays asiatiques émergents s’est spécialisé depuis le début des années 80 dans la production de petits films sans budgets, adaptés d’oeuvres cultes, ou bien un peu trop inspirés des gros blockbusters américains. En Asie, quoi de plus culte que le manga. Et quoi de plus culte côté manga, que l’oeuvre d’Akira Toriyama Dragon Ball. Aussi en 1991, les Taiwanais ont eu l’audace d’adapter le début des aventures de San Goku, l’enfant singe aux supers pouvoirs… Bien avant le désastre Hollywoodien.

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Le Dragon, l’Enfant Singe et le Pervers

Œuvre colossale, monument du manga, devenu partout dans le monde l’un des produits de la culture nippone le plus exporté, l’œuvre de Akira Toriyama Dragon Ball a obtenu le rang d’œuvre culte avec le temps. Le manga possède des fans innombrables tout autour du monde, des fans dans le sens strict du terme, souvent fanatiques d’un univers avec lequel ils ont grandi, d’un univers dont ils connaissent par cœur l’histoire, et le nom des centaines de personnages rencontrés par San Goku lors de ses périples. Alors, se risquer d’adapter au cinéma Dragon Ball c’est un peu comme se risquer à dire à la communauté gay que Lady Gaga n’est pas lesbienne. C’est dangereux. Hollywood en a elle-même fait les frais, en produisant en 2009 une adaptation affligeante du manga Dragon Ball evolution, en ne respectant pas grand chose de l’univers initial, une bonne grosse bouse, qui n’a pas le charme des nanars, car elle a été faite avec 45 millions de dollars. Heureusement pour nous, fans de Dragon Ball ou non, mais surtout fans de nanars, le cinéma philippino-taiwannais avait déjà fait l’essai, en 1991 en produisant Dragon Ball : La Légende des 7 Boules de Cristal dont je vais donc vous parler dans cet article.

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Le film a été réalisé par deux réalisateurs sur-exploités à Hong Kong dans la production de films à petits budgets destinés à alimenter le marché asiatique des petits pays. Joe Chan et Leung Chung, tels sont les noms des deux prophètes à l’oeuvre. Leur adaptation du manga – on ne sait pas par ailleurs si c’est une adaptation pirate ou bel et bien autorisée par Akira Toriyama – ravira sans aucun doute les fans du manga, s’ils sont fans, aussi, de nanars. C’est mon cas. J’ai grandi avec le Club Dorothée, et ai redécouvert par la suite tout l’univers Dragon Ball, dans ma période durant laquelle je me cherchait, pensant que lire à l’envers, c’était sacrément cool. Bref, je voue une admiration au sens de la réplique culte de Végéta, je rêve toujours de devenir aussi fun que Great Sayaman, et considère Tortue Géniale comme mon guide spirituel. C’est avec le regard aiguisé du fan du manga initial, que j’ai regardé cette adaptation fauchée.

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D’abord, il faut constater que, contrairement à l’adaptation made in USA, les Taiwanais ont veillé à être assez fidèles à l’histoire originale. On ne saura dire s’il s’agit d’un manque d’idées de mise en scène (en effet, la plupart des scènes sont des copier-coller des plans de la version animée) mais on retrouve en tout cas la plupart des moments clés du début des aventures de San Goku, de sa rencontre avec Bulma, ou bien des pulsions sexuelles de Tortues Géniales. Visionnaire, futuriste, le manga est véritablement difficile à adapter sans argent. Mais l’adaptation de Joe Chan et Leung Chung parvient à faire oublier le manque de moyens, en utilisant justement ces défauts, comme des points forts pour constituer un univers complétement démentiel. Et ça marche. Le film est véritablement « charmant », maladroit, très mal interprété, tous les éléments s’adaptent bien à l’univers irrationnel de Dragon Ball qui encore une fois, est assez bien respecté.

Le doublage français permet quelques fous rires supplémentaires, il s’agit d’un des doublages les plus catastrophiques qu’il m’ait été donné d’entendre et de voir. Aucune parole n’est synchronisée avec le mouvement des lèvres, le décalage est perturbant et véritablement flagrant. Le film déborde aussi d’un sens du dialogue parfait, avec des répliques du genre « Je n’étais qu’un nourrisson. Il m’a élevé, il m’a éduqué. Et il m’a enseigné le Kung fu ! » dit avec un ton ultra convaincant. L’univers proposé est bien servi par des costumes en plexiglas, avec des méchants dont le look rappelle celui des sbires de Power Rangers, tiens d’ailleurs, le film en lui même rappelle beaucoup l’univers graphique des Power Rangers… Les effets numchinese-dragonballériques, complètement fauchés, sont des accumulations de trucs et astuces de débutants en infographie, avec un nuage magique qui n’est autre qu’une grosse tâche lumineuse sur la pellicule, ou bien encore, l’apparition d’une chauve souris, qui est une bat redessinée par dessus l’image… Incroyablement…. charmant. C’est vraiment le mot. Charmant.

 

La sortie au cinéma en 2009 de la nouvelle adaptation made in Hollywood, a forcé la ressortie en DVD de  Dragon Ball : La Légende des 7 boules de cristal , avec une nouvelle version complètement reliftée, des effets numériques ont été modifiés, pour donner un sérieux coup de jeune aux effets archaïques initiaux. Si j’ai pu voir quelques scènes « refaites », la version du film que nous nous sommes passés dans notre soirée nanar, n’était pas cette dernière retouchée. Je vous conseille en tout cas de privilégier la version d’époque, si vous êtes assez ouverts d’esprits pour apprécier un effet bien merdeux. Nous, on adore.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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