Paranormal Activity 2


Je l’annonce sans craintes, quitte à faire tomber le mythe de l’homme à la casquette, génie du sensationnel, mais… Spielberg est une mauviette. Car oui, il est difficile de comprendre pourquoi et comment Steven Spielberg a put être terrifié par ce Paranormal Activity, lui-même qui avait produit le dérangeant Poltergeist…

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Si Katie ne dort plus très bien, c’est qu’elle sent bien qu’une présence s’anime dans sa chambre la nuit, et même si son abruti de mec ne la prend pas tellement au sérieux, il propose de garnir la chambrée d’une caméra de surveillance. C’est bien, officiellement, pour capter les possibles manifestations de cet esprit malin, mais en réalité, il semble évident qu’il trouve en cette histoire, l’opportunité de convaincre sa donzelle épeurée d’enregistrer une sex tape. Manque de chance pour lui, la demoiselle n’est pas d’accord… D’autant plus que la caméra capte réellement d’étranges phénomènes auxquels ils vont bien finir par devoir s’intéresser de plus près. Une porte s’ouvre puis se ferme doucement, sans faire de bruits, les draps vacillent, s’animent, puis mademoiselle est prise de crise de somnambulisme – au point de dormir debout des heures – et voilà que vous, dans votre fauteuil, vous devez trembler et sursauter ? Foutaises.

Tourné en une semaine dans un contexte plutôt amateur, avec un budget avoisinant seulement les 15 000 dollars, Paranormal Activity avait tout pour être de ces petits films d’horreur indépendants, savamment orchestrés, débordant d’ingéniosité, suintant la créativité. Si on ose le comparer au Projet Blair Witch, il ne faut alors s’arrêter qu’au contexte de production, et à l’idée maintenant bien usée de faire passer des images pour des bandes documentaires amateur récupérées post-mortem. Rien de plus. Si la vision de Blair Witch pouvait nous flanquer les chocottes au point d’éviter les balades en forêt, ce n’est pas ce Paranormal Activity qui nous empêchera de dormir paisiblement dans un bon gros lit douillet.

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Accumulant des séquences clichés à l’angoisse faiblarde voire inexistante, le réalisateur se contente d’appliquer la recette minimaliste des portes qui bougent, des parquets qui grincent, des toc-tocs sur les murs ou des ombres qui passent subitement. Alors certes on ne demandera pas à un film de poltergeist d’avoir un scénario profond et psychologique, mais le réalisateur ne tire pas profit du sujet et de toutes ses possibilités. Enfin, pour un esprit vilain, il est sacrément docile. Si l’un d’entre eux était à côté de moi dans la salle de cinéma, en train de savourer son pop corn, il devait bien se foutre de la gueule de son pote à l’écran, capable, tout de même, de ne pas voir la farine étalée au sol, et ainsi, marcher lamentablement dedans et laisser ses traces sur le parquet de la chambre… Oui. Oui. Vraiment. Le réalisateur tend quelques perches scénaristiques qui pourraient nous intéresser (une mystérieuse histoire de photo, la visite prochaine d’un exorciste), mais à chaque fois, n’accepte même pas de tenter l’aventure, annihilant ces pistes avant même qu’elles ne soient entrouvertes. Il préfère alors s’en tenir aux manifestations bien faiblardes de ce petit malin d’esprit, qui finira carrément par choper la demoiselle par les pieds et l’emmener avec lui : le vilain ! Le film s’achève par un crescendo de trois petites minutes – et encore – puis par un twist final très efficace, qui ne dure pas plus de dix secondes. Sur son fauteuil, on se dit alors : « Eh bah voilà, c’est bon, c’est parti ! », mais la fameuse réalité du générique de fin accuse le coup, et nous frustre. « Voilà donc ce qu’est le film le plus terrifiant de l’histoire du cinéma »…

A quelques pas de mon siège, un adolescent – certainement de ceux qui aiment tant Twilight – pleurait d’effroi (véridique), et c’est la sueur perlant le long de la tempe et les yeux rouges qu’il soupira de soulagement lorsque le film se termina. Tous les autres, un peu plus âgés, ou initiés au genre, avaient le rire facile et moqueur, et un brin de déception au coin des yeux. Ils n’ont d’ailleurs fait que ça, de toute la séance : rire du ridicule de ces petites gamines terrorisées par si peu d’horreur. Car eux, ils savent ce que ça signifie réellement, l’effroi. Ils les ont vus, les Poltergeist, les Exorciste, Blair Witch, et tant d’autres. La réflexion faite, Paranormal Activity, est en soit au film d’horreur, ce que Twilight est à Dracula. Une atteinte.

Dès demain, c’est décidé, je branche ma petite DV, braquée sur mon lit. Je préviens Maurice, mon voisin, de frapper toutes les demi-heures sur les murs. J’ouvre les fenêtres, pour que mes portes claquent de temps en temps. Et la charmante demoiselle qui m’accompagne, se lèvera d’un coup d’un seul pour crier théâtralement : « Tu as entendu ? Mon dieu, c’était quoi ? ». Je me lèverai alors tel ce Micah, Don Quichotte de pacotille, héros des temps modernes en caleçon et chaussettes, pour hurler dans l’escalier : « Qu’est ce que tu veux ! Montre-toi, Démon ! Tu as peur, c’est ça ?! ». Je ne manquerai pas d’étaler de la farine partout sur le sol, et de veiller à bien agrafer les fils de pêche aux draps pour que le mec planqué sous mon lit puisse réussir correctement ce trucage époustouflant. « Oh ! Mais regarde la photo brulée qui est comme de par hasard dans le grenier ! » « Bien sûr ! La photo dans le grenier, pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt ! » « Y a plus de farine ! » « Bah prends du sucre ! » « Et Monsieur l’Exorciste, il vient quand ? » « Il s’est barré en Suisse, il pourra pas venir ! « Bon et puis tu peux demander au voisin d’arrêter de frapper dans le mur ? Dis-lui qu’on a fini de tourner le film et que c’est bon, c’est fait, on est milliardaires ! »

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Cela me fait penser que j’ai toujours été très amusé des farces de nos amis du Québec. Surtout lorsqu’il s’agit de leurs traductions des titres de films américains. Car oui, chez les Caribous, il est inconcevable de laisser un titre en anglais, alors, ainsi, Inglourious Basterds fut renommé « Les Bâtards sans gloire », Dirty Dancing fut appelé « Danse lascive », ou encore Vanilla Sky devint « Un ciel couleur vanille ». Vu leur perspicacité de traduction, je ne doute pas qu’ils appelleront Paranormal Activity : « Troubles du Voisinage » ou bien « Tapage Nocturne ». Parce que ça va cinq minutes, faut pas se foutre de la gueule des Québécois, et de la notre non plus d’ailleurs.

Joris Laquittant


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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2 commentaires sur “Paranormal Activity